Le vice-recteur aux affaires externes, internationales et à la santé, Rénald Bergeron, et la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, sont fiers de participer au nouveau Pôle régional en enseignement supérieur de la Capitale-Nationale, qui fait de l’accroissement des étudiants étrangers son cheval de bataille.

Recrutement d'étudiants étrangers: offensive tous azimuts

Le nouveau gouvernement du Québec a promis, en campagne électorale, de réduire le seuil d’immigration de 50 000 à 40 000 nouveaux arrivants par année dès 2019.

«Je ne sais pas en quoi cette proposition du gouvernement affectera l’accueil des étudiants dans nos établissements, mais nous, à l’Université Laval, on veut pouvoir recevoir dans nos murs un plus grand nombre d’étudiants étrangers», tranche la rectrice, Sophie D’Amours.

«Ces étudiants venus d’un peu partout sur la planète obtiennent les mêmes diplômes que les étudiants québécois. Ils sont aussi bons. Ils ont autant de talent. Ils réussissent aussi bien que leurs camarades québécois, sinon mieux.»

La rectrice de l’Université Laval n’est pas la seule à réclamer un accroissement du nombre d’étudiants internationaux dans une capitale qui manque cruellement de bras et de cerveaux.

C’est le cheval de bataille du nouveau Pôle régional en enseignement supérieur de la Capitale-Nationale, un regroupement de 19 partenaires des milieux de l’enseignement supérieur, de la santé, de la communauté des affaires et de la Ville de Québec.

«Nous avons un beau défi d’attractivité de main-d’oeuvre sur les bras dans un contexte au sein duquel la démographie n’est carrément pas de notre côté», avance Mme D’Amours en rappelant que la venue d’étudiants étrangers apportait également une «diversité culturelle» enrichissante pour la communauté.»

«On s’est engagé ensemble pour coopérer afin d’attirer les talents, de les accompagner — au secondaire, au cégep et à l’université — vers la réussite et de les faire connaître aux employeurs de la région, notamment par l’entremise des stages en entreprise», ajoute Rénald Bergeron, vice-recteur aux affaires externes, internationales et à la santé à l’Université Laval.

«C’était devenu une nécessité vitale de mettre de côté nos vieilles rivalités en matière de recrutement international pour frapper fort, tous ensemble, afin de renforcer notre capacité d’attraction, d’intégration et de rétention des étudiants internationaux», insiste le directeur général de l’École nationale d’administration publique (ÉNAP), Guy Laforest.

À cet égard, une stratégie d’intervention «audacieuse» est en préparation pour 2019, informe Rénald Bergeron.

Près de 5000 étudiants étrangers

En 2017, les établissements d’enseignement de la capitale avaient ouvert leurs portes à 4893 étudiants internationaux. Ils provenaient de l’Europe (57 %), de l’Afrique (27 %), de l’Asie (9 %) et de l’Amérique latine (5 %), indique Carl Viel, pdg de Québec International.

Un peu plus de huit étudiants étrangers sur dix fréquentaient une université. On en comptait 3300 à l’Université Laval dont la clientèle était composée de 13 % d’étudiants internationaux tous cycles confondus. À la maîtrise, 19,4 % des étudiants provenaient de l’étranger. Ce pourcentage grimpait à 52,9 % au doctorat.

Leur présence dans les collèges et les cégeps (13,2 %) et surtout dans les centres de formation professionnelle (3 %) est insuffisante étant donné que les besoins de main-d’oeuvre sont généralisés. Les entreprises n’ont pas seulement besoin de professionnels bardés de diplômes, mais aussi des travailleurs manuels spécialisés.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que 50 % des étudiants étrangers travaillent pendant qu’ils fréquentent l’école.

Selon Sophie D’Amours, la mobilité étudiante fait des pas de géants. De 4 millions en 2017, le nombre de jeunes qui vont s’expatrier pour aller étudier loin de chez eux passera à 8 millions en 2023. Une occasion en or pour aller chercher les talents tant recherchés.

Des bâtons dans les roues

Pour les ténors du Pôle régional en enseignement supérieur de la Capitale-Nationale, il y a encore trop d’embûches dans les pattes des étudiants étrangers qui pourraient être tentés par l’aventure québécoise.

Qu’il suffise de mentionner le délai nécessaire pour l’obtention d’un visa d’étude. Il est de huit à neuf semaines dans la Belle Province contrairement à deux à trois semaines ailleurs au Canada.
«Il faut simplifier les démarches à l’immigration», fait valoir Sophie D’Amours.

Un autre exemple.

Données biométriques

Le gouvernement canadien oblige maintenant les demandeurs d’un visa, d’un permis d’étude, d’un permis de travail ou de résidence permanente de fournir leurs données biométriques. Un candidat belge, par exemple, doit se rendre à Paris pour la prise de ses données biométriques. «Ça complexifie beaucoup les démarches pour les étudiants», signale Rénald Bergeron.

Et que dire de la reconnaissance de la formation obtenue à l’étranger.

«Il s’agit d’un enjeu qui dure depuis plus d’une décennie pour lequel les ordres professionnels n’ont pas encore réussi à trouver des solutions», fait remarquer M. Bergeron.

«À tous les niveaux, tout le monde peut faire mieux», martèle Guy Laforest en rappelant que l’immigration était une juridiction partagée entre le Québec et le Canada.

«Je suis content d’entendre la Ville de Québec dire qu’elle va en faire plus. Nous espérons, maintenant, que les élus provinciaux et fédéraux dans un contexte de juridiction partagée vont démontrer qu’ils sont capables de faire les choses ensemble d’une façon encore plus cohérente.»