La directrice générale adjointe de Clean International, Marie-Ève Labrie

Recrutement des travailleurs étrangers: un chemin de croix administratif pour Clean International

Marie-Ève Labrie pensait être en mesure d’accueillir en même temps, cet automne, ses 22 travailleurs recrutés aux Philippines, le printemps dernier, pour les activités de son entreprise au Québec et en Ontario.

À sa grande déception, l’arrivée en sol québécois de cette main-d’œuvre tant attendue se fera pratiquement quatre mois plus tard qu’en Ontario. Elle arrivera à Cornwall en octobre, puis seulement en février au Québec.

«Que voulez-vous, les procédures pour faire venir des travailleurs étrangers au Québec, c’est très long», laisse tomber la directrice générale adjointe de Clean International, une entreprise de Lévis spécialisée en assainissement agroalimentaire. Ses 800 employés sont déployés de façon permanente dans des usines de transformation alimentaire au Québec et en Ontario pour nettoyer minutieusement les équipements et pour assainir les surfaces de production.

Aux prises avec un sérieux manque de personnel, Marie-Ève Labrie s’est rendue aux Philippines, en avril dernier, pour aller recruter des nettoyeurs spécialisés.

Elle avait préalablement scruté à la loupe une centaine de C.V. Sur place, elle a réalisé 64 entrevues en trois jours. Marie-Ève Labrie a recruté 22 nouveaux salariés : 12 pour les activités de Clean International au Québec et 10 pour celles dans la province voisine.

«Des bonnes personnes», affirme Marie-Ève Labrie. «Des gens travaillants. Plusieurs d’entre eux ont déjà bossé dans une usine de transformation alimentaire dans leur pays. En plus, ils parlent tous l’anglais. Et ils sont heureux qu’on leur permette de venir gagner leur vie au Canada.»

Chemin de croix

À la mi-avril, dès son retour à Lévis, Mme Labrie s’empresse d’acheminer aux deux paliers de gouvernement – contrairement aux autres provinces, le Québec partage certaines responsabilités en matière d’immigration avec le Canada – la documentation requise pour permettre aux 22 travailleurs philippins d’obtenir un permis de travail «fermé» dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires. Ce permis est d’une durée d’un an – il peut être renouvelé – et il est lié à un employeur spécifique.

«J’ai fait une demande d’étude d’impact sur le marché du travail pour démontrer, entre autres, que nous avons déployé tous les efforts possibles et imaginables pour trouver de la main-d’œuvre», indique la dirigeante de l’entreprise fondée par son père, Daniel, il y a un quart de siècle.

«De la main-d’œuvre pour des postes à bas salaire (moins de 21 $/heure), il n’y en a plus sur le marché. Je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai pas reçu un C.V.», rend compte Marie-Ève Labrie, qui paie ses nettoyeurs spécialisés 17,61 $/heure. Ce salaire passera à 18,14 $/heure à compter du 1er novembre comme le stipule décret sur le personnel d’entretien d’édifices publics.

«Rapidement, pour notre demande faite auprès du gouvernement fédéral, une personne-ressource a été assignée au dossier. J’ai pu lui parler à quelques occasions et lui fournir l’information nécessaire à l’étude de notre requête. Au début du mois de juin, j’ai finalement reçu le feu vert des autorités fédérales», témoigne Mme Labrie.

Du côté du gouvernement du Québec, l’autorisation est tombée du ciel le... 21 septembre !

Pratiquement de quatre mois plus tard.

«Pendant tout l’été, mon avocat Maxime Lapointe et moi avons tenté de savoir auprès du gouvernement du Québec si notre demande avait été bel et bien reçue. Impossible d’obtenir la moindre répondre. Il y a une dizaine de jours, nous avons reçu un message nous disant qu’un fonctionnaire venait d’être affecté à notre dossier. Quelques jours plus tard, notre demande était finalement acceptée.»

Marie-Ève Labrie convient que les derniers mois ont été stressants, d’autant plus que la rareté de main-d’oeuvre frappe fort.

«À l’autre bout - et on l’oublie trop souvent -  il y avait 22 Philippins qui attendaient. Par l’entremise de Facebook, je demeurais en contact avec eux. Chaque fois, ils me demandaient des nouvelles. Malheureusement, je n’en avais pas à leur communiquer.»

Le chemin de croix de Clean International est loin d’être terminé. Il lui reste à obtenir le permis de travail pour ses travailleurs. Un délai supplémentaire de huit semaines.


Les 22 travailleurs recrutés par Clean International aux Philippines.

Maintenant, le Vietnam

Aussitôt revenue des Philippines, Marie-Ève Labrie a lancé une nouvelle offensive de recrutement.

Du côté du Vietnam, cette fois. La semaine dernière, elle a réalisé des entrevues avec 53 candidats. Elle aimerait bien attirer chez Clean International une soixantaine de travailleurs de ce pays.

La décision de recourir à l’immigration n’a pas été prise un bon matin autour de la machine à café.

«Nous ne savions pas dans quoi nous allions nous embarquer. Il y avait la question des délais administratifs et celle de l’intégration des nouveaux immigrants.»

Il y avait aussi des coûts pour l’entreprise qui se fait accompagner dans l’aventure par des professionnels spécialisés en immigration et en recrutement international.

Marie-Ève Labrie était cependant convaincue des bienfaits que pourrait apporter l’immigration non seulement pour pourvoir les postes vacants, mais aussi sur le plan de la diversité culturelle au sein de l’organisation.

Les travailleurs philippins sont attendus à bras ouverts par leurs futurs camarades de travail. Ils auront évidemment l’aide nécessaire pour s’intégrer dans le nouvel environnement.

«Nous avons mis nos employés au parfum depuis le début. Ils ont hâte d’avoir de l’aide. Tout le monde vient de passer un été surchargé en raison du manque de main-d’œuvre. Moi-même, j’ai dû mettre l’épaule à la roue et me joindre à des équipes de nettoyage pour faire le boulot dans des usines.»

La directrice générale adjointe de Clean International note que l’attraction et la rétention des travailleurs ne passent pas par l’accroissement des salaires, «mais par le bonheur au travail.»

«Nous mettons de plus en plus l’accent sur ce facteur. Nous avons une ressource à l’interne qui consacre tout son temps à l’écoute des besoins de salariés.» Gilbert Leduc