Dans l’ordre, de gauche à droite, Geneviève Drouin, directrice principale des ressources humaines à La Capitale, Édith Grenier, directrice corporative, Acquisition de talents, Services de paie et aux partenaires chez iA Groupe financier, Nathalie Tremblay, directrice principale du Centre d’acquisition des talents au Mouvement Desjardins et Martin Robert, vice-président, Développement du talent, Culture et Communication à la SSQ.

Recrutement de la main-d'oeuvre dans l'industrie des assurances: l'union fait la force

Autour de la table, la discussion porte sur le recrutement de la main-d’oeuvre et ses mille et un défis.

Ce matin-là, des dirigeants des services de ressources humaines de quatre grandes compagnies d’assurances et de services financiers de Québec et de Lévis échangent sur leur enjeu commun qui n’a rien d’un jeu d’enfant: pourvoir 3000 postes d’ici la fin de 2020.

Une joyeuse et étonnante complicité lie Geneviève Drouin (La Capitale), Nathalie Tremblay (Desjardins), Esther Grenier (iA Groupe financier) et Martin Robert (SSQ Assurance).

«N’êtes-vous pas censés être de féroces concurrents à la recherche des trop rares talents disponibles ?», pose Le Soleil.

D’une même voix, ils prennent le soin de signaler que lorsqu’il s’agit d’attirer de nouveaux clients, les assureurs ne se font pas de quartier. Chacun protège jalousement ses parts de marché et tente d’en gruger un peu à ses adversaires.

En matière de recrutement, par contre, ils sont comme les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas. Tous pour un et un pour tous !

Une collaboration qui remonte à 2007 alors que les présidents des 11 compagnies d’assurances ayant pignon sur rue à Québec et à Lévis mettaient au monde le Centre de développement en assurances et services financiers, aussi connu sous le nom Puissance Onze.

Pas plate, les assurances

Une décennie plus tard, sa mission n’a pas changé, soit de proposer une image plus humaine et plus innovatrice de l’industrie des assurances notamment auprès des jeunes, et ce, dans une volonté d’assurer un renouvellement des troupes au sein des compagnies.

«Chaque fois qu’un jeune du secondaire, du cégep ou de l’université se dit que ça pourrait être intéressant d’aller faire carrière dans le monde de l’assurance, nous sommes tous gagnants», affirme Martin Robert. «L’important, c’est que le bassin dans lequel nous puisons les talents soit le plus riche possible.»

Signe encourageant: les taux d’inscription et de diplomation dans le programme Conseil en assurances et en services financiers offert par les cégeps de Sainte-Foy et de Lévis-Lauzon sont à la hausse.

«Il y a beaucoup de travail qui a été accompli au cours des dix dernières années pour démystifier le secteur de l’assurance et pour faire disparaître cette perception que notre industrie est plate, bureaucratique et se résume au porte-à-porte des vendeurs», fait remarquer Geneviève Drouin.

Du pareil au même

Une fois qu’un jeune choisit l’industrie de l’assurance, les compagnies entrent alors en compétition pour l’attirer dans son camp.

Immanquablement, elles se croisent dans les foires et les salons d’emploi.

La Capitale, Desjardins, iA Groupe financier, SSQ, Promutuel ou Ledor, du pareil au même ?

«Loin de là», intervient Esther Grenier. «Nous avons tous notre marque employeur qui nous distingue. Nous possédons des cultures différentes. La taille de nos organisations n’est pas la même.»

Chacune des entreprises a sa stratégie pour recruter les meilleurs talents.

«Je ne vais certainement pas vous dévoiler la nôtre en présence de mes homologues !», lance Geneviève Drouin.

Encourager la mobilité

Les assureurs ont compris qu’un employé ne fera plus toute sa carrière au sein de la même entreprise.

C’est pourquoi ils favorisent la mobilité.

Nombreux sont les travailleurs du monde de l’assurance qui passent d’une compagnie à une autre.

Martin Robert explique que SSQ embauche environ 350 nouveaux employés par année et gère un peu plus d’un millier de mouvements de personnel à l’interne au cours de la même période.

«À une époque, ça ne se faisait pas. Tu travaillais dans l’assurance de dommages, tu n’allais pas dans l’assurance des personnes. Les gestionnaires se faisaient un devoir de protéger leurs ressources. Aujourd’hui, tout ça a changé.»

«Les salariés veulent diversifier leurs expériences professionnelles. Notre travail, c’est de les accompagner dans leur cheminement», ajoute Nathalie Tremblay de Desjardins.
«Et ce n’est pas une affaire de génération», intervient Geneviève Drouin de La Capitale.

Cette dernière ne croit pas que les milléniaux soient si différents de leurs aînés. «J’ai de la difficulté à cloisonner les gens en fonction de leur appartenance à une génération ou à une autre.»


Nathalie Tremblay, directrice principale du Centre d’acquisition des talents au Mouvement Desjardins.

Baragouiner l'anglais, ce n'est plus suffisant

À l’origine de Puissance Onze, il y avait la volonté des compagnies d’assurances de brasser la cage afin que les cégépiens et les universitaires terminent leur formation avec une meilleure connaissance de l’anglais.

Baragouiner la langue de Shakespeare, ça ne suffit plus dans un secteur dans lequel plus 50 % des affaires se passent en dehors de la Belle Province.

En entrevue au Soleil en mars 2007, Yvon Charest, le président et chef de la direction de l’Industrielle Alliance et premier président de Puissance Onze, constatait que plusieurs étudiants en assurances — obnubilés par l’atteinte de grosses notes — faisaient en sorte d’être classés dans des classes d’anglais de base plutôt que dans des groupes avancés.

«Il faut envoyer un message fort aux maisons d’enseignement pour qu’elles réalisent que, même à Québec, l’anglais, c’est important», insistait M. Charest.

Force est de constater qu’il reste encore du pain sur la planche.

Qu’est-il le plus difficile à trouver dans la capitale ?

«Un candidat bilingue que ça soit en finances, en actuariat, en vente, en marketing ou en ressources humaines», répondent sans la moindre hésitation Geneviève Drouin, Nathalie Tremblay, Esther Grenier et Martin Robert.

«Ce qui est encore plus difficile à dénicher, c’est une secrétaire bilingue !», renchérit Geneviève Drouin de La Capitale. «C’est bien simple, il n’y en a pas sur le marché à Québec. Parlez-en aux employeurs de tous les secteurs confondus.»

Le paquebot de l’éducation

Dix ans plus tard, le constat d’Yvon Charest résonne toujours. Le problème de recrutement d’employés bilingues ne s’est pas résorbé. Au contraire.

Il s’est amplifié par le fait que la croissance des compagnies passe en bonne partie par des acquisitions dans le reste du Canada ou aux États-Unis. Qu’il suffise de penser à l’acquisition par Desjardins, en 2015, des 1,2 million de clients de l’assureur américain State Farm au Canada.

«À partir de nos sièges sociaux qui sont établis ici, nous nous devons de bien servir ces clients-là. Et pour y arriver, notre personnel doit posséder un niveau assez avancé de connaissance de la langue anglaise», témoigne Esther Grenier d’iA Groupe financier en mentionnant que les compagnies doivent investir temps et argent pour former leur personnel afin qu’il puisse communiquer adéquatement avec leurs vis-à-vis anglophones.

Quant aux efforts pour faire bouger le monde de l’éducation, ils tardent à porter fruit bien que le courant passe bien entre les entreprises et les écoles. Des interventions faites directement dans les écoles secondaires auprès des conseillers d’orientation ont notamment entraîné une augmentation des inscriptions dans les programmes de formation en assurances.

N’empêche qu’il faut s’armer de patience pour faire bouger le paquebot de l’éducation.

«Il y a cinq ans, nous avons entrepris des démarches avec le ministère de l’Éducation afin d’inclure deux cours d’anglais adaptés à l’industrie dans le programme collégial Conseil en assurances et services financiers. Ce n’est qu’à la rentrée de 2019 que ces deux nouvelles formations s’ajouteront au programme. Ce n’est pas trop tôt», déplore le directeur général de Puissance Onze, Daniel Roussel. Gilbert Leduc



Édith Grenier, directrice corporative, Acquisition de talents, Services de paie et aux partenaires chez iA Groupe financier.

En perpétuel recrutement

En dépit du resserrement du marché de l’emploi, les compagnies parviennent à trouver les travailleurs dont ils ont besoin. Non sans déployer, toutefois, des efforts de tous les instants.

«Nous n’attendons pas qu’une chaise se vide pour offrir un poste. Nous sommes en mode de recherche active», indique Nathalie Tremblay de Desjardins.

Les compagnies ne recherchent pas seulement des perles rares en finances ou en actuariat, mais aussi en architecture, en droit, en géographie, en lettres et en sciences infirmières entre autres.

Le secteur des technologies de l’information est particulièrement problématique.

Trouver un spécialiste des TI n’est déjà pas facile, alors imaginez, maintenant, le défi de recruter un spécialiste en ce domaine détenant plusieurs années d’expérience. Mission quasi impossible.

«Nous finissons toujours par nous arranger en misant sur la formation de nos employés à l’interne», souligne Geneviève Drouin de La Capitale.

Le recrutement international est aussi une solution. Comme le recours à des consultants externes ou à des chasseurs de têtes.

«En raison de la révolution numérique, toute change à la vitesse grand V. Les emplois d’aujourd’hui ne seront pas ceux de demain. Nous ne savons pas, aujourd’hui, ce que nous aurons besoin demain. C’est un peu déroutant lors que nous planifions nos besoins de main-d’oeuvre à moyen et à long terme.» Gilbert Leduc



Geneviève Drouin, directrice principale des ressources humaines à La Capitale.

Puissance Onze en vrac

Dix compagnies forment Puissance Onze

- La Capitale Assurances générales
- La Capitale Assurances et services financiers
- Desjardins Assurances (vie, santé, retraite)
- Desjardins Assurances (auto, habitation)
- Industrielle Alliance (auto, habitation)
- Industrielle Alliance (Groupe financier)
- Ledor
- Promutuel
- SSQ Groupe financier
- SSQ auto

À l’origine de Puissance Onze, il y avait aussi l’Union Canadienne. Son siège social a quitté la région de Québec.


Puissance Onze en chiffres

- 11 100 employés à Québec et à Lévis
- 65 % sont des femmes
- 1 milliard $ en rémunération globale
- 57 700 $ le salaire annuel moyen offert
- 1 milliard $ en investissement immobilier dans la région
- 7 millions $ en engagement communautaire
- 50 % des affaires des compagnies se font hors Québec

Source: Puissance Onze



Martin Robert, vice-président, Développement du talent, Culture et Communication à la SSQ.