Le directeur de Cité Joie, Denis Savard.

Recrutement chez Cité Joie: de peine et de misère

«Nous sommes contents. Nous avons sauvé les vacances de beaucoup de parents de personnes handicapées.»

À l’autre bout du fil, le directeur de Cité Joie est exténué, mais fier du tour de force qui vient d’être réalisé par son équipe, ses partenaires, ses fournisseurs et ses anciens employés. «Il est temps que ça finisse !», pousse Denis Savard.

À la fin du mois de juin, Le Soleil racontait les mille et une misères du centre de vacances et de répit pour les personnes handicapées intellectuellement et/ou physiquement de Lac-Beauport, en banlieue de Québec.

Il disait craindre pour le pire. Être obligé d’annoncer à des parents que Cité Joie ne pourra recevoir leur enfant handicapé cet été.

Au cours des 40 ans d’existence du camp de vacances qui accueille, chaque été, plus de 2600 personnes handicapées, il s’agirait d’une première.

Tout ça en raison de la rareté de la main-d’oeuvre.

Denis Savard expliquait à cette époque au Soleil qu’il lui manquait encore une dizaine de jeunes travailleurs pour compléter son équipe de 70 personnes.

Alors que tout le personnel est généralement embauché à la fin du mois d’avril, il se surprenait de devoir encore réaliser des entrevues à la fin du mois de juin. Et de ne plus trouver de candidats.

Le manque de personnel allait nécessairement affecter certaines activités du camp de vacances comme les sorties extérieures. «Jamais nous ne négligerons l’encadrement des vacanciers», prenait-il soin de préciser au cours de l’entrevue.

Or, le scénario du pire ne se produira pas.

Ou si peu.

En effet, une vingtaine de familles ont reçu un avis que Cité Joie ne pourrait recevoir leur enfant cette année. «Dans la plupart des cas, il s’agissait de vacanciers pour lesquels c’était un deuxième séjour en 2018. N’empêche que ça nous fait un petit pincement au coeur puisque c’est la première fois en 40 ans que nous devons refuser des campeurs», confie Denis Savard qui dirige Cité Joie depuis ses premiers jours.

Un travail de moine

Depuis l’entrevue accordée au Soleil, Cité Joie a convoqué une dizaine de candidats pour une entrevue. Parmi eux, cinq ont été recrutés.

«Pour sortir d’une crise, on dit qu’il faut innover, C’est en plein ce que nous avons fait», explique Denis Savard, un mois plus tard.

Cité Joie a lancé un S.O.S. à ses anciens employés. Ils sont plus de 400. «Plusieurs d’entre eux sont venus nous donner un coup de main.»

«L’article dans Le Soleil nous a aidés. Nous avons aussi mis dans le coup nos partenaires, nos donateurs et nos fournisseurs. Ils ont partagé nos messages dans leur réseau respectif. Pour le camp du 3 au 8 août, il a fallu effectuer un blitz de recrutement Notre message a été partagé 1600 fois sur Facebook.»

Cité Joie a aussi modifié sa façon de rémunérer ses employés.

«Généralement, nous leur faisons signer des contrats d’un minimum de huit semaines. Nous leur accordons un forfait variant entre 325 $ et 500 $ en plus de les nourrir et de les loger. Nous avons ouvert la porte à des contrats de sept, six, cinq, quatre, trois, deux ou une semaines. Tous les gens qui étaient disponibles une semaine ou même une journée, nous les acceptions à bras ouverts.»

«Ça n’a pas été facile. Chaque embauche relevait pratiquement de l’exploit. Ç’a été vraiment un travail de moine qui a nécessité l’intervention de tous les membres de la direction. Je n’avais jamais vu ça», commente M. Savard qui a déjà commencé à planifier la saison estivale 2019.

«Nous savons déjà que ça ne sera pas facile. Pour cette raison, nous allons commencer nos démarches de recrutement en octobre ou en novembre. Nous avons déjà des idées sur la table, notamment le recours à des personnes retraitées pour nous aider à la cafétéria ou à la buanderie. Pour l’accompagnement et l’encadrement des vacanciers, nous concentrerons nos efforts vers les étudiants qui se dirigent vers une carrière en éducation spécialisée ou en psychoéducation.»