D’autres pays, dont le Japon, le plus proche allié des États-Unis en Asie, paient déjà les tarifs.

Réactions de colère et indignation face aux tarifs douaniers

WASHINGTON — De multiples pays ont riposté vendredi à la décision du président Donald Trump d’imposer des tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium, en annonçant des contre-mesures de représailles et en avertissant que la décision américaine nuira aux consommateurs américains.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré vendredi dans un communiqué qu’il avait dit à M. Trump, lord d’un appel téléphonique, que les nouveaux tarifs américains sur les produits européens, mexicains et canadiens étaient illégaux et constituaient une «erreur». M. Macron a promis que la riposte serait «ferme» et «proportionnée», et conforme aux règles de l’Organisation mondiale du Commerce.

Volkswagen, le plus grand constructeur automobile d’Europe, a averti que la décision pourrait déclencher une guerre commerciale qu’aucune partie ne gagnerait. L’Union européenne et la Chine ont déclaré qu’elles approfondiraient leurs liens commerciaux et leurs investissements.

Sur les ondes de la BBC, l’ancien ministre britannique du Commerce Francis Maude a dénoncé une décision «stupide» et contre-productive. Il a prévenu que «tout gouvernement qui s’engage dans une voie protectionniste s’inflige le plus de dégâts».

M. Macron a averti que «le nationalisme économique conduit à la guerre, c’est exactement ce qui s’est passé dans les années 1930».

Le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, a déclaré que les tarifs - 25% sur l’acier importé, 10% sur l’aluminium du Canada, du Mexique et de l’Union européenne - entreraient en vigueur vendredi.

Les droits d’importation pourraient gonfler les prix pour les consommateurs et les entreprises américaines, et sont susceptibles d’accroître l’incertitude pour les entreprises et les investisseurs du monde entier.

Le Mexique s’est plaint que les droits de douane «déformeront le commerce international» et a déclaré qu’il pénaliserait les importations américaines, y compris le porc, les pommes, les raisins, les fromages et l’acier plat.

Au Canada, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré jeudi que les tarifs étaient «totalement inacceptables». Le Canada a annoncé qu’il prévoyait imposer des tarifs douaniers sur des produits américains d’une valeur de 16,6 milliards $, allant de l’acier au yogourt et au papier toilette.

«Le Canada est un fournisseur sûr d’aluminium et d’acier pour l’industrie de la défense américaine, mettant de l’aluminium dans les avions américains et de l’acier dans les blindés américains, a déclaré M. Trudeau. Que le Canada puisse être considéré comme une menace pour la sécurité nationale des États-Unis est inconcevable.»

Au début, M. Trump avait imposé les tarifs en mars, affirmant qu’une dépendance aux métaux importés menaçait la sécurité nationale. Mais il avait exempté le Canada, le Mexique et l’Union européenne afin de gagner du temps pour les négociations - un sursis expiré jeudi à minuit.

D’autres pays, dont le Japon, le plus proche allié des États-Unis en Asie, paient déjà les tarifs.

«C’est du protectionnisme, pur et simple», a déclaré Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

L’UE avait déjà menacé de contre-attaquer en ciblant des produits américains, notamment le bourbon du Kentucky, les jeans et les motos.

Les tarifs de l’acier et de l’aluminium pourraient également compliquer les efforts de l’administration pour renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain avec le Canada et le Mexique, un pacte que M. Trump a condamné comme une «catastrophe» meurtrière.

La Maison-Blanche a publié jeudi soir un communiqué dans lequel on lit que «plus tôt aujourd’hui, ce message a été transmis au premier ministre Justin Trudeau du Canada: Les États-Unis seront d’accord pour un accord équitable, ou il n’y aura pas d’accord à tout».

M. Trump avait offert aux deux voisins américains une exemption permanente des tarifs de l’acier et de l’aluminium s’ils acceptaient les exigences américaines sur l’ALENA. Mais les négociations de l’ALENA sont dans l’impasse.

M. Ross a déclaré qu’il n’y a «plus de date précise à laquelle elles pourraient se terminer» et que, par conséquent, le Canada et le Mexique ont été ajoutés à la liste des pays touchés par les droits de douane.

De même, l’équipe commerciale de M. Trump a cherché à utiliser la menace tarifaire pour faire pression sur l’Europe afin de réduire les obstacles aux produits américains. Mais les deux parties n’ont pas pu parvenir à un accord.

Les droits d’importation donneront un coup de pouce aux fabricants américains d’acier et d’aluminium en rendant les métaux étrangers plus dispendieux. Mais les entreprises aux États-Unis qui utilisent de l’acier importé devront faire face à des coûts plus élevés.

Et les tarifs permettront aux producteurs nationaux d’acier et d’aluminium d’augmenter les prix, ce qui fera mal aux entreprises - des constructeurs automobiles aux producteurs de boîtes de conserve - qui achètent ces métaux.

L’arsenal des Européens contre l’offensive commerciale

La riposte de l’Union européenne à l’offensive protectionniste américaine comporte trois volets  différents : une plainte auprès de l’OMC dans l’immédiat, des taxes plus élevées sur des produits américains dans 20 jours au plus tôt et des mesures pour protéger son acier d’ici à plusieurs mois.

Plainte à l’OMC

La Commission européenne a déposé vendredi une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre ces nouveaux droits de douane qu’elle juge injustifiés.

L’examen de ce type de plainte «destinée à régler un différend commercial» peut prendre des années.

Ainsi au cours du précédent conflit commercial sur l’acier entre l’UE et les Etats-Unis, en 2002, la procédure avait duré un an et demi.

L’OMC avait donné raison à l’Union européenne et le président américain d’alors, George W. Bush, avait finalement renoncé à la hausse des droits de douane.

La différence de taille aujourd’hui, c’est que Donald Trump a de son côté déjà menacé de quitter l’OMC et bloque la nomination de nouveaux juges au tribunal d’arbitrage de l’Organisation.

Des produits américains ciblés

La Commission européenne a établi il y a quelques semaines une liste de marchandises américaines d’une valeur de 2,8 milliards d’euros qui pourraient à leur tour être soumises à des droits de douane punitifs.

Cette liste comprend notamment des produits en acier, le bourbon, le beurre de cacahuète, les motos et les jeans.

Par mesure de précaution, l’UE a officiellement notifié cette liste à l’OMC à la mi-mai. Selon la Commission européenne, la mesure pourrait entrer en vigueur le 20 juin au plus tôt.

La Commission doit toutefois d’abord présenter aux 28 États membres de l’UE une proposition actualisée et détaillée fixant un taux de droit de douane pour chacun des produits.

En s’alignant sur les droits de douane américains sur l’acier - en application du principe «oeil pour oeil, dent pour dent» -, cela pourrait représenter un maximum de 25%. Les États membres choisiront alors d’imposer les droits proposés dans leur ensemble, en partie ou pas du tout.

Mesures dites de sauvegarde

Selon les règles de l’OMC, des mesures dites de «sauvegarde» sont possibles si un afflux soudain d’importations perturbe «sérieusement» ou menace de perturber une industrie nationale.

Les membres de cette organisation peuvent «restreindre à titre provisoire les importations d’un produit». Cela se ferait par le biais de quotas d’importation ou de droits d’importation plus élevés.

La Commission européenne a déjà ouvert une enquête auprès des producteurs européens d’acier fin mars. Elle dispose de neuf mois pour prendre des mesures.

En raison du faible volume de l’acier américain importé, ces mesures de «sauvegarde»risquent de nuire davantage à d’autres pays que les États-Unis.

L’UE craint en effet les «effets secondaires» des restrictions américaines à l’importation. Car les producteurs d’acier du Brésil, de Chine, de Russie, de Corée du Sud, de Taïwan ou de Turquie tenteront de réorienter leurs produits qui ne sont plus compétitifs aux États-Unis vers le marché européen.