Réunis en session plénière à Strasbourg, les eurodéputés ont été 408 à se prononcer en faveur du texte, 254 à voter contre et 33 à s'abstenir.

Ratification du traité Canada-UE: un signal aux protectionnistes, dit le ministre Champagne

Le Canada et l'Union européenne envoient aux voix protectionnistes qui s'élèvent dans plusieurs pays occidentaux un puissant message avec la ratification, par les autorités européennes, du traité de libre-échange, juge le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne.
Le Parlement européen a approuvé mercredi l'Accord économique commercial et global (AECG, CETA, en anglais). Après trois heures de débats et des années de négociations, 408 parlementaires européens ont voté pour l'accord, 254 ont voté contre, tandis que 33 se sont abstenus.
Environ 700 personnes, selon la police, ont manifesté dans Strasbourg contre le texte, jusqu'au Parlement européen. Plusieurs dizaines d'autres ont bloqué en se couchant par terre l'entrée du bâtiment dès le matin, retardant le débat de quelques minutes.
«Dire oui au CETA, c'est piétiner le peuple», clamait une banderole, tandis que d'autres affirmaient «Démanteler la démocratie? Hors de question!» et «Plus vous insistez, plus nous résistons».
Les adversaires du AECG le jugent antidémocratique, trop favorable aux multinationales, léger sur l'environnement ou encore dangereux pour l'agriculture européenne.
Le texte supprimera 99 % des droits de douane. Mais il prône également la coopération en matière sociale, sanitaire et environnementale.
L'accord était essentiellement soutenu par les eurodéputés de droite, ainsi que les libéraux et la plupart des socialistes.
Le ministre Champagne, qui était sur place à Strasbourg, en France, pour assister au vote, s'est réjoui de l'adoption du traité, qui venait d'ailleurs d'être approuvé la veille en troisième lecture par le Parlement canadien.
«C'est le bon accord au bon moment. Je pense qu'aujourd'hui, on a démontré que la voix du commerce ouvert, la voix du commerce inclusif, existe, et qu'elle est forte», a-t-il plaidé en entrevue téléphonique.
«Et je pense que ceux qui lèvent les boucliers du protectionnisme seront confrontés à des choix difficiles, parce que cet accord favorise la croissance et les emplois», a fait valoir François-Philippe Champagne.
Discours de Trudeau
Le ministre sera bientôt rejoint à Strasbourg par Justin Trudeau. Le premier ministre prononcera jeudi un discours devant les eurodéputés et saisira l'occasion pour vanter les vertus de l'AECG, qui unira quelque 35 millions de consommateurs canadiens à environ 500 millions d'Européens.
Plus précisément, il «soulignera l'engagement commun du Canada et de l'Union européenne (UE) à l'égard d'échanges commerciaux progressifs et exclusifs et y présentera les avantages de l'accord, tant pour les Canadiens que pour les Européens», a indiqué son bureau.
Le long processus d'adoption du pacte commercial n'est pas encore tout à fait terminé, son entrée en vigueur intégrale nécessitant l'approbation des 38 Parlements nationaux et régionaux de l'Union européenne.
Le Pen opposée
Et avec la montée des partis populistes en Europe, ce n'est pas gagné d'avance. En France, la leader du Front national, Marine Le Pen, y est opposée, et il faudra aussi surveiller ce qui se passe du côté des Pays-Bas, qui pourraient organiser un référendum sur la question.
Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a évoqué une «étape importante» et dit que «les entreprises et les citoyens de l'Union européenne commenceront à récolter les bienfaits de cette entente dès que possible».
Si tout se déroule comme prévu, le Sénat du Canada approuvera l'AECG au printemps
Industrie laitière
Les inquiétudes sont encore vives quant à l'impact que l'entente aura sur l'industrie laitière et fromagère au pays. Pour aider les producteurs à composer avec l'arrivée de 17 700 tonnes de fromages européens, Ottawa a concocté un plan de compensation de 350 millions $. Cette indemnisation est jugée insuffisante par certains représentants de l'industrie au Québec, en particulier du côté des producteurs de fromages artisanaux.
Le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois partagent le même avis. Chez les bloquistes, on a donc voté contre l'accord en Chambre, mardi soir, car l'AECG «intervient au détriment, au préjudice, de nos producteurs de fromages fins», a exposé mercredi le chef intérimaire Rhéal Fortin.
De l'autre côté de l'Atlantique, les détracteurs du pacte craignent notamment que celui-ci ne nuise aux normes de sécurité alimentaire ou aux droits des travailleurs, ce que réfutent les dirigeants de l'UE.
Parmi les principales critiques, figurent les tribunaux arbitraux amenés à être mis en place une fois que le traité aura été définitivement approuvé. Ces juridictions pourront être saisies par une entreprise afin de demander réparation à un État qui aurait pris une réglementation contraire à ses intérêts.
Le Parlement de la région francophone belge de Wallonie s'en était vivement inquiété en octobre 2016, entraînant une brève rébellion et une mini-crise diplomatique avec le Canada, point d'orgue de la contestation. Au final, la signature formelle du traité par l'UE et le Canada en avait été retardée de quelques jours.

Couillard salue l'accord 

Environ 700 personnes, selon la police, ont manifesté dans Strasbourg contre le texte, jusqu'au Parlement européen.
Il appartient aux entreprises québécoises de profiter des opportunités offertes par l'accord de libre-échange Canada-Europe pour se lancer à la conquête de nouveaux marchés, s'enthousiasme Philippe Couillard.
La ratification par le Parlement européen de l'Accord économique et commercial global (AECG), qui fait tomber les tarifs douaniers entre les pays signataires, est une «très bonne nouvelle pour le Québec», a réagi le premier ministre, mercredi. L'Accord ouvre la porte à un marché de 500 millions de consommateurs. Le Québec y apposera sa signature.
«Abordons ça de façon offensive, conquérante, a déclaré M. Couillard. Il y a de très bons marchés en Europe. Les gens sont curieux. Ils vont vouloir goûter nos produits.»
Les producteurs fromagers québécois ont des inquiétudes. Les importations sans tarif douanier de fromages européens au Canada passeront de 13 500 tonnes à 32 000 tonnes. Le gouvernement fédéral a annoncé une aide annuelle de 350 millions $ pendant cinq ans, mais les négociations ne sont pas terminées en ce qui a trait à la part du Québec.
«On veut s'assurer que la répartition des sommes correspond à la répartition de l'enjeu, a dit M. Couillard. C'est le Québec qui est largement affecté par cette question des fromages fins. On veut s'assurer que la répartition du soutien soit dirigée spécifiquement vers le Québec.»
«Des conquérants»
Néanmoins, le premier ministre martèle que les entreprises québécoises, qui seront soutenues par un plan d'exportation, doivent voir les possibilités qui s'offrent à elles. «C'est un peu le genre de Québec que l'on veut, a dit M. Couillard. On ne veut pas un Québec défensif, étriqué, replié sur lui-même, craintif. On veut un Québec confiant, ouvert sur le monde, qui va à la conquête du monde. On a tout ce qu'il faut au Québec pour être des conquérants, surtout pas des victimes, des gens menacés. Nous sommes des gens forts et nous allons le démontrer avec cette grande occasion qu'apporte le libre-échange européen.»
L'accord est aussi un «puissant message» contre la montée des protectionnismes dans le monde. «La voie de l'avenir, ce n'est pas la fermeture des marchés, a dit le premier ministre. Ce n'est pas le populisme non plus et ses fausses solutions. Je ne connais aucun exemple d'un pays qui a prospéré en fermant ses marchés. C'est le contraire.»
Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, juge que la ratification de l'entente est une «avancée». Il juge par contre «inacceptable» que le Québec la ratifie sans un débat à l'Assemblée nationale. «Aucun Québécois, aucun syndicat, aucune entreprise ne peut être entendu dans une commission pour dire aux députés : "Ça, c'est bon, ça, c'est moins bon, faites attention à ça, où sont les mesures compensatoires?"»  Simon Boivin

Charest: l'AECG très important

Les visées protectionnistes du président américain Donald Trump ainsi que la décision du Royaume-Uni de quitter l'Union européenne rendent la ratification de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe encore plus importante, estime l'ex-premier ministre québécois Jean Charest, l'un des instigateurs des négociations qui ont débuté il y a maintenant une décennie. «Tout cela rend l'entente encore plus importante parce qu'elle nous permettra davantage de diversifier nos échanges commerciaux vers l'un des plus importants marchés en termes de consommateurs», a-t-il expliqué, mercredi. M. Charest s'était déplacé à Strasbourg, en France, pour assister au vote du Parlement européen.  La Presse canadienne