«Les problèmes sont différents, mais la quantité de problèmes, elle, ne baisse pas», déplore Magali Picard, vice-présidente à l’Alliance de la fonction publique du Canada.

Ratés du système de paie Phénix: «Loin d’être réglé» quatre ans plus tard

MONTRÉAL — Quatre ans après son implantation dans la fonction publique fédérale, en février 2016, le système de paie Phénix a encore fait plus de 100 000 victimes dans la dernière année à cause de ses ratés.

Les problèmes sont «très loin d’être réglés», a déploré en entrevue avec La Presse canadienne Magali Picard, vice-présidente exécutive nationale à l’Alliance de la fonction publique du Canada — le plus grand syndicat de fonctionnaires fédéraux.

Selon le dernier questionnaire transmis par le Conseil du trésor fédéral pour l’année 2019, auquel 182 000 employés ont répondu, 74 % d’entre eux ont rapporté avoir éprouvé des problèmes de paie avec le système Phénix, à un moment ou à un autre. C’est donc dire qu’environ 134 500 d’entre eux ont été touchés.

De ce nombre, 59 % ont rapporté avoir eu de nouveaux problèmes avec Phénix au cours des 12 derniers mois. Cela signifie qu’environ 107 000 travailleurs ont encore été touchés dans la dernière année.

«De toute évidence, les chiffres nous disent que ça ne s’est pas amélioré. Les problèmes sont différents, mais la quantité de problèmes, elle, ne baisse pas», a résumé Mme Picard.

Les problèmes relatés sont une absence de paie; de l’argent en moins sur la paie; de l’argent en trop sur la paie; l’absence ou une erreur dans la rémunération d’heures supplémentaires; l’absence ou une erreur dans une paie reliée à un congé de maternité, de paternité ou d’invalidité, par exemple.

En 2019 toutefois, ce sont 44 % des employés qui ont répondu que leurs problèmes de paie avaient été réglés, comparativement à 35 % en 2018.

Il s’agit là des données du Conseil du trésor, Mme Picard rapporte que les statistiques de l’AFPC sont encore plus déprimantes.

Les ratés du système Phénix ont effrayé ou rendu méfiants tellement de fonctionnaires que nombreux sont ceux qui se sont abstenus de solliciter une promotion ou un changement de poste, de crainte que cela n’occasionne des changements à leur paie, donc d’autres ennuis.

Ils sont ainsi 51 % à répondre que les ratés de Phénix avaient affecté leur décision de chercher ou d’accepter une promotion, une mutation ou une affectation temporaire (réponses «dans une faible mesure», «modérément», «dans une grande mesure» et «dans une très grande mesure» additionnées).

Dédommagement?

Le printemps dernier, le gouvernement avait offert à titre de dédommagement l’équivalent de cinq jours de congé aux travailleurs touchés par les ratés du système de paie Phénix.

L’offre avait été acceptée par certains syndicats, mais pas par l’AFPC qui est le plus grand. L’AFPC compte 209 000 membres, dont 140 000 fonctionnaires fédéraux. Au Québec, elle est affiliée à la FTQ.

D’ailleurs, les syndicats qui avaient accepté l’offre avaient pris soin d’ajouter à leur entente une clause remorque spécifiant que si l’AFPC obtenait mieux pour ses membres, ils devraient en bénéficier aussi.

Les négociations entre le gouvernement fédéral et l’AFPC concernant l’indemnisation des victimes de Phénix ont maintenant été intégrées aux négociations plus globales concernant le renouvellement des conventions collectives.