Sur les terrains de l'Assemblée nationale se dressent les statues d'Idola Saint-Jean, de Marie Lacoste Gérin-Lajoie et de Thérèse Casgrain, et l'extrême droite, la statue de Marie-Claire Kirkland. Idola Saint-Jean est l'une des cinq finalistes retenues pour apparaître sur un billet de banque canadien.

Quelle femme figurera pour la première fois sur un billet de banque canadien?

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, annonceront jeudi l'identité de la toute première femme qui apparaîtra sur un billet de banque au pays - exception faite, bien sûr, de la reine Élizabeth II. Voici un bref portrait des cinq finalistes retenues par un comité de sélection:
Idola Saint-Jean (1880-1945)
Idola Saint-Jean a été une figure marquante du mouvement des «suffragettes» au Québec, notamment avec Thérèse Casgrain et la Ligue des droits de la femme.
Alors qu'elle enseigne les études françaises à l'Université McGill, Idola Saint-Jean fonde en 1927 l'Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec. Elle se présentera ensuite inlassablement, chaque année, à l'Assemblée législative afin d'obtenir le droit de vote pour les Québécoises. Les Canadiennes avaient le droit de vote aux élections fédérales depuis 1918, et les femmes de toutes les autres provinces avaient obtenu le droit de vote entre 1916 et 1925.
Le premier ministre libéral Adélard Godbout accordera finalement le droit de vote aux Québécoises en 1940 - cinq ans avant la mort d'Idola Saint-Jean. Elle a quand même eu le temps d'exercer pour la première fois ce droit au Québec lors du scrutin de 1944 - qui a ramené au pouvoir Maurice Duplessis, farouchement opposé au droit de vote des femmes.
Viola Desmond (1914-1965)
Neuf ans avant que l'Afro-Américaine Rosa Parks ne refuse de céder son siège à un passager blanc dans un autobus en Alabama, Viola Desmond avait posé un geste politique semblable en Nouvelle-Écosse.
Le 8 novembre 1946, au cinéma, elle s'est assise au parterre, alors une section «strictement réservée aux Blancs». Un policier appelé sur les lieux l'a arrachée de son siège et Mme Desmond a passé la nuit en prison. Elle a fait l'objet d'une accusation parce qu'elle n'avait pas déboursé au guichet les trois cents pour un billet au parterre - un cent de plus que ce qu'elle avait payé pour une place au balcon. Elle a finalement été reconnue coupable et condamnée à une amende de 20 $, plus 6 $ de frais.
Le 15 avril 2010, le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse l'a graciée à titre posthume.
Emily Pauline Johnson/Tekahionwake (1861-1913)
Née dans la réserve des Six Nations, dans le sud de l'Ontario, d'un chef mohawk et d'une mère britannique, la poète Emily Pauline Johnson/Tekahionwake a été grandement influencée par son patrimoine autochtone.
Afin de bien marquer ses racines mohawks, elle a adopté le patronyme de son grand-père Tekahionwake lorsqu'elle a commencé à publier et à lire ses oeuvres.
Pendant plus d'une décennie, elle a parcouru le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni en présentant ses oeuvres, qui ont contribué à briser des stéréotypes de race et de genre, à une époque de sexisme et de racisme ambiants. Elle est considérée comme l'un des artistes canadiens les plus éminents de la fin du XIXe siècle.
Elizabeth «Elsie» MacGill (1905-1980)
Elizabeth MacGill a collectionné les «premières». Devenue en 1927 la première Canadienne à décrocher un diplôme en génie électrique, elle est deux ans plus tard la première femme à compléter une maîtrise en génie aéronautique. Tout naturellement, elle est ensuite devenue la première femme ingénieure de profession au Canada.
Durant sa carrière, Mme MacGill a notamment supervisé au Canada la production de l'avion de chasse Hurricane, pendant la Deuxième Guerre mondiale. On la surnomme d'ailleurs «la reine des Hurricanes».
Ardente féministe, Elsie MacGill a été membre de la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme au Canada («commission Bird»), qui a mené ses travaux de 1967 à 1970.
Fanny «Bobbie»Rosenfeld (1904-1969)
L'athlète et journaliste Fanny Rosenfeld a commencé sa carrière à Toronto en dépassant la championne canadienne du 100 m de l'époque, Rosa Grosse. Elle avait pourtant décidé à la dernière minute de participer à cette course, alors que son équipe de softball jouait une partie hors concours pendant un carnaval d'hiver.
Bobbie Rosenfeld remporte une médaille d'or et une médaille d'argent aux Jeux olympiques d'été de 1928 - les premiers à accueillir des femmes aux épreuves d'athlétisme, et les premiers où le Canada a envoyé une délégation féminine.
Écartée ensuite de l'athlétisme par l'arthrite, Mme Rosenfeld se tourne vers le softball et le hockey, puis réoriente sa carrière vers le journalisme sportif, où elle a milité ardemment en faveur de la présence des femmes dans le sport.