Si Alain Aubut se fait critique envers la classe politique provinciale et fédérale, il épargne le maire de Québec, Régis Labeaume, qui selon lui a «pris le leadership dans plusieurs projets qui se sont réalisés et qui ont fait avancer les choses» à Québec.

«Québec ne reçoit pas l'attention qu'elle mérite»

Les dossiers économiques qui traînent en longueur à Québec s'empilent. Le transport en commun. Le pont de Québec. Le désintérêt des transporteurs aériens pour l'Aéroport international Jean-Lesage où le nombre de vols directs pour les gens d'affaires se réduit comme peau de chagrin.
«À un moment donné, ça prend du leadership politique!» s'impatiente le président et chef de la direction de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec (CCIQ), Alain Aubut.
D'entrée de jeu, il épargne le maire de Québec, Régis Labeaume. «Il a pris le leadership dans plusieurs projets qui se sont réalisés et qui ont fait avancer les choses. La Ville de Québec ne peut tout faire seule.»
Son courroux, celui qui parle au nom de 4600 membres de la CCIQ le dirige vers la classe politique qui siège à l'Assemblée nationale et à la Chambre des Communes.
Pour Alain Aubut, les bonnes intentions de Québec et d'Ottawa ne suffisent plus. «Québec ne reçoit pas l'attention qu'elle mérite de la part des élus provinciaux et fédéraux.»
Il ne digère pas encore l'aide gouvernementale de 40 millions $ accordée à la Ville de Montréal pour l'illumination du pont Jacques-Cartier dans le cadre du 375e anniversaire de la ville de Denis Coderre. 
«Nous autres, à Québec, nous avons le pont de Québec qu'il faut mettre en valeur et préserver sans plus tarder», rappelle Alain Aubut, qui ne veut surtout pas déterrer la hache de guerre avec la métropole, mais qui ne peut s'empêcher de parler d'un courant de «montréalisation» qui tend à faire ombrage à la capitale.
«Le SRB [service rapide par bus], on a en parlé depuis 2010 dans la capitale avant de tourner la page et de se retrouver, aujourd'hui, exactement au point de départ. À Montréal, avec la Caisse de dépôt et placement dans le coup, la décision d'aller de l'avant avec le projet de réseau électrique métropolitain (REM) s'est prise rapidement.»
Manque de pouvoir
Pour le président et chef de la direction de la CCIQ, il est clair que le pouvoir n'est pas à Québec, et ce, en dépit de son statut de capitale provinciale.
«Comment expliquer le fait que le gouvernement du Québec n'avait nommé aucun représentant de la région sur le Comité consultatif sur l'économie et l'innovation présidée par Monique Leroux? Il a fallu monter aux barricades pour faire comprendre raison au gouvernement.» Une semaine après l'annonce de la création de ce comité, le gouvernement Couillard corrigeait le tir en ajoutant les noms de quatre entrepreneurs de la région de Québec au sein du comité.
Alain Aubut attire l'attention sur les dossiers du pont de Québec et de celui de la diminution du nombre de liaisons aériennes.
Pour la CCIQ, il est incompréhensible que le pont de Québec soit encore la propriété d'une entreprise privée, le CN. «Il doit redevenir une propriété publique», martèle Alain Aubut.
«Le fédéral a déjà annoncé qu'il était prêt à investir. Le provincial, par l'entremise du ministère des Transports, dépense beaucoup de sous, chaque année, pour assurer qu'il soit carrossable. Il est temps qu'il se passe quelque chose.»
Or, il ne se passe rien. 
«Unanimement, les membres de l'Assemblée nationale ont voté une résolution en faveur de la préservation du pont de Québec. Qu'ont-ils fait de plus? Je pose la question.»
Le leadership des députés provinciaux et fédéraux serait également apprécié afin de faire pression sur les compagnies aériennes, notamment sur Air Canada, afin d'accroître le nombre de vols directs à partir de Québec.
«Actuellement, la plupart des vols qui décollent d'ici pour se rendre aux États-Unis passent par Montréal ou Toronto. Les gens d'affaires perdent un temps fou à se déplacer. À long terme, cette situation va nuire au pouvoir d'attraction des travailleurs et des investisseurs.»
«Nous vivons le phénomène de l'oeuf et de la poule. Parce que l'offre des compagnies aériennes est inadéquate, les voyageurs s'y prennent autrement pour se rendre à destination. Puisque les gens d'affaires s'organisent autrement, les compagnies ne jugent plus rentable d'offrir des vols directs.»
Dorloter les entreprises plutôt que les multiplier
Et si la Ville de Québec se mettait à dorloter un peu plus les entreprises en croissance de son territoire plutôt que de multiplier les subventions pour accroître le nombre de jeunes pousses?
Tel est le voeu du président et chef de la direction de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec (CCIQ) à l'occasion de la rentrée économique automnale qui coïncide, cette année, avec le début de la campagne électorale municipale à Québec.
L'entrepreneuriat est en bonne santé dans la capitale, fait remarquer Alain Aubut qui constate, cependant, que trop de jeunes entreprises, souvent subventionnées par les pouvoirs publics, finissent par tomber au combat.
C'est pourquoi, à son avis, il faudrait plutôt aider les entreprises - dont les assises sont solides -, mais qui, dans leur élan de croissance, sont confrontées à des enjeux cruciaux de recrutement et de rétention de la main-d'oeuvre, d'internationalisation de leurs affaires, de financement ou de transformation numérique.
À ce chapitre, la CCIQ fait sa part en proposant des programmes d'accompagnement permettant à des entrepreneurs de bénéficier de l'expérience de gens d'affaires qui ont emprunté les mêmes chemins qu'eux.
Depuis un quart de siècle, la région surfe sur une vague de croissance économique. À 4 %, son taux de chômage est le plus bas au pays.
Plafonnement des emplois
N'empêche qu'Alain Aubut montre une petite «inquiétude» qui pourrait risquer de freiner la poussée de croissance : le plafonnement des emplois. 
En mars 2017, il y avait 443 600 personnes en emploi dans la région de Québec. Il y en avait 438 200 en juin.
Une situation qui s'explique, selon lui, par le fait que beaucoup de travailleurs qui prennent le chemin de la retraite et que des postes sont abolis en raison du recours accru à la robotisation.
Dossiers chauds
Au cours de la campagne électorale, les gens d'affaires vont vouloir entendre parler de revitalisation des quartiers centraux et de révision de fiscalité pour les petites entreprises «qui ont un petit chiffre d'affaires et des taxes très élevées», mentionne Alain Aubut.
«Il n'est pas équitable de financer une entreprise pour qu'elle reste dans Saint-Roch alors que ses voisines, avec une bonne facture de taxes sur les bras, doivent se débrouiller sans l'aide de la Ville.»
La CCIQ n'organisera pas un débat des chefs, mais prévoit accorder une tribune à chacun des candidats à la mairie.
Elle entend également sonder l'opinion de ses membres sur les enjeux qui devraient occuper l'attention des formations politiques en présence.