Québec boude les produits usagés

L'économie de seconde main, vous connaissez? Alors que cette pratique gagne de plus en plus d'adeptes dans l'Ouest canadien, les Québécois, eux, tournent toujours le dos à des milliers de dollars chaque année.
Selon le rapport 2017 de l'Indice Kijiji, qui attribue une cote aux villes et aux provinces, selon le volume de transactions d'objets de seconde main, la ville de Québec occupe l'avant-dernier rang d'un marché qui génère à travers le pays entre 35 et 38 milliards $ en activité économique. 
Quant à la province (avec sa note de 67), elle n'a guère fait mieux, siégeant tout juste devant les Maritimes (53,8, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador). 
L'étude révèle qu'entre la période de janvier à décembre, les Canadiens ont accordé une deuxième vie à 1,88 milliard d'objets, soit 30,4 millions de plus qu'en 2015. La valeur des transactions a été de 29 milliards $ et l'Indice canadien Kijiji a bondi d'un point, passant de 77 à 78.
«Malgré une légère baisse par rapport à l'an passé, les achats demeurent la pratique la plus utilisée pour acquérir des biens de seconde main. Cela représente 43,3 % des transactions», commente Fabien Durif, directeur de l'Observatoire de la consommation responsable de l'Université du Québec à Montréal et coauteur de l'étude. «Lorsque les Canadiens souhaitent se départir de biens, ces derniers préfèrent les dons, ce qui correspond à 62,6 % de toutes les transactions de délaissement», poursuit-il, précisant - sans surprise - que le principal facteur motivant les gens à acquérir des biens d'occasions est pour économiser de l'argent. Le second est une motivation écologique.
D'ailleurs, l'an dernier, les consommateurs ayant privilégié l'achat de produits usagés plutôt que neufs ont économisé en moyenne 843 $ et les revendeurs ont gagné 1037 $, comparativement à 883 $ en 2015. Les articles les plus populaires transigés, entre autres sur des sites Internet ou dans des magasins à vocation sociale, sont les vêtements, les chaussures et les articles de mode, suivis des produits de divertissements, des vêtements et des accessoires pour bébé, des jeux ainsi que des articles de loisir et d'artisanat. 
«Prés d'une transaction sur deux est pour des vêtements», précise au Soleil M. Durif. «Depuis trois ans, les principales catégories n'ont pas beaucoup bougé. Toutefois, on devrait voir éventuellement de nouveaux biens apparaître dans l'économie de seconde main comme les appareils électroniques, les tablettes et les téléphones cellulaires. C'est un secteur en progression», ajoute-t-il. 
En 2016, 82 % des Canadiens ont participé à une forme de transaction de seconde main. Ce sont les citoyens de l'Alberta (91) qui ont été les plus actifs dans le domaine. Ensuite, on retrouve ceux des Prairies (86), de l'Ontario (83) et de la Colombie-Britannique (82), toujours selon les données du rapport.
Phénomène Québec
Pour la ville de Québec, les adeptes du marché de l'économie de seconde main sont plutôt rares. Alors que Montréal (84,7) est l'une des trois villes les plus actives à travers le pays, derrière Calgary (103,5) et Edmonton (85,9), la Capitale-Nationale (48,4) occupe l'avant-dernier rang des villes étudiées. En 2015, Québec occupait la dernière place. Cette fois, Winnipeg (34,3) est bonne dernière. 
«Cela démontre qu'il y a encore des efforts à faire sur certains types de comportement. [...] La ville de Québec est un mystère. Les gens se privent d'économies considérables», affirme M. Durif. «En général, notre rapport indique que plus on va vers des villes de petite taille, plus l'indice de seconde main augmente. Winnipeg, Montréal et Québec sont notamment des exceptions. Nous avons un effet inverse», poursuit le chercheur. 
Pourquoi? «Pour le moment, on peut faire un parallèle avec des études sur la consommation responsable où l'on voit que c'est aussi un petit peu plus faible [à Québec]. Est-ce qu'il y a une culture moins développée? Est-ce que ce sont des variables plus psychocomportementales au niveau des individus? Il y a plusieurs hypothèses à vérifier», conclut-il, promettant d'étudier davantage la question dans ses prochains rapports.