Que devient le Plan Nord?

Eldorado pour les uns, tapis rouge au profit du privé pour les autres, le Plan Nord, peu importe son appellation, a recueilli toute la gamme des commentaires. Il en suscite de nouveaux dans cette campagne électorale. Sur la Côte-Nord, par quelles traces peut-on voir le Plan Nord? Et la région pourra-t-elle tirer réellement profit du développement du Nord?
Du Plan Nord au Plan Nord + en passant par Le Nord pour tous, qu'en est-il de ce fameux développement nordique, qui doit représenter un Klondike pour le Québec? Voici un récapitulatif non exhaustif de ce qui a été annoncé au fil des ans dans ce dossier.
Le Plan Nord - 2011
Après en avoir dévoilé les grands principes en 2008, les libéraux ont attendu jusqu'en mai 2011 pour officiellement lancer le Plan Nord. Le premier ministre de l'époque, Jean Charest, pour qui le Plan Nord devait être la dernière grande action de sa carrière politique, promettait des investissements de 80 milliards$ sur une période de 25 ans au nord du 49e parallèle et un boum de l'industrie minière. Le tout devait être accompagné de construction de routes, de ports, d'aéroports et d'un chemin de fer.
De ces 80 milliards, la majeure partie provenait d'argent public. En effet, 47 milliards $ concernaient d'éventuels projets de développement d'Hydro-Québec, sans compter les montants dévolus à la construction des nombreuses infrastructures nécessaires au développement du Nord. En fait, selon une étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques de mars 2012, la somme d'argent public investie oscillerait entre 63 et 70 milliards $.
Le Plan Nord prévoyait aussi la protection de 50 % de la superficie du Nord aux fins de conservation et la création de la Société du Plan Nord, qui devait chapeauter l'ensemble de cet ambitieux projet. Le siège social de cette société d'État devait se trouver à Baie-Comeau, à Port-Cartier, à Sept-Îles ou à Chibougamau.
Le projet a pris une autre tangente à l'arrivée au pouvoir du Parti québécois en septembre 2012. La première ministre Pauline Marois a présenté quelques mois plus tard Le Nord pour tous, qui avait toujours comme objectif de développer le potentiel nordique, mais vu d'une autre manière.
Le Nord pour tous - 2013
Comme son prédécesseur, Le Nord pour tous prévoyait aussi des sommes pour aider les municipalités touchées par le développement, comme la construction de logements sociaux et d'infrastructures municipales. Un premier investissement de près de 900 millions $ sur cinq ans avait d'ailleurs été annoncé l'an dernier.
Le Nord pour tous devait aussi augmenter les redevances minières au gouvernement et l'effort de ces mêmes minières dans la construction d'infrastructures liées à leur usage, comme les routes. Quant à la Société du Plan Nord, elle a été abolie au profit du Secrétariat pour le développement nordique, rattaché au ministère du Conseil exécutif, avec des bureaux satellites en région.
Le Plan Nord + - 2014
Il y a deux semaines, au tour du chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, d'y aller avec son Plan Nord +. Cette nouvelle mouture reprendrait évidemment les principaux éléments du Plan Nord.
M. Couillard s'est toutefois engagé à partager une partie des redevances de l'exploitation des ressources naturelles au nord du 49e parallèle et à ressusciter la Société du Plan Nord, qui se verrait bonifier d'un bureau d'approvisionnement afin de faire connaître aux entreprises de la province tous les besoins en fournitures et en équipements.
Dès son éventuelle élection, le Parti libéral lancerait de plus une vaste campagne de promotion et mettrait en place une mission économique minière à l'international «afin de ramener les investisseurs étrangers et rassurer le secteur minier».
Les grandes espérances
Le Plan Nord et ses diverses moutures ont, jusqu'ici, semé des graines dans le développement économique de la Côte-Nord. Ces graines n'ont cependant pas poussé au même rythme, selon le terreau dans lequel elles ont été plantées. Et il en reste encore beaucoup à semer avant d'arriver au jardin promis.
Du côté de Sept-Îles, on trouve évidemment quelques PME qui ont tiré profit des chantiers générés jusqu'à présent par le développement du Nord, qu'ils soient liés ou non au Plan Nord. «Mais ce que ça nous a surtout apporté, c'est une vaste publicité gratuite à l'échelle planétaire. On n'aurait jamais pu se payer une pareille campagne de visibilité pour faire connaître notre potentiel», a lancé le président de Développement économique Sept-Îles (DESI), Luc Dion.
«De plus, l'annonce du Plan Nord a permis au Port de Sept-Îles d'aller de l'avant avec son quai multiusager en eau profonde [un investissement de 220 millions $], a ajouté M. Dion. Je ne suis pas sûr que ce projet se serait fait aussi rapidement sans ça.»
Création de richesse
À Baie-Comeau, les retombées du Plan Nord sont beaucoup moins palpables, outre les contrats de certaines PME. «Pour la Manicouagan, le Plan Nord ne représente encore rien de tangible», déclare Guy Simard, directeur du développement industriel chez Innovation et développement Manicouagan. «Mais les perspectives de création de richesse sont là. Les projets miniers, il faut leur laisser le temps de se développer.»
Cette période en apparence calme n'est pas improductive pour autant, assure M. Simard. «C'est une période où on prépare notre planification stratégique afin d'attirer les investisseurs, et on a quand même franchi plusieurs pas depuis 2011.» Le directeur parle ici, entre autres, des démarches pour que Baie-Comeau obtienne la gestion de son port afin de devenir un carrefour intermodal, «la force de Baie-Comeau dans le Plan Nord avec le carrefour des routes 138 et 389», La 389, porte d'entrée du Nord, fait d'ailleurs l'objet d'investissement d'environ 450 millions $.
Pour les prochaines années, «il devra y avoir une vision de soutenir les projets au nord du 49e parallèle, quel que soit le gouvernement. Il faut un engagement clair de montrer qu'on est ouverts à l'investissement, que ce soit pour des projets miniers, touristiques, forestiers ou d'énergies renouvelables, a enchaîné le représentant d'ID Manicouagan. «Et c'est par les infrastructures qu'on va attirer des investissements.»
«Think big»
Luc Dion partage exactement le même point de vue. «Think big, c'est bien beau, mais il faut faire ce qui vient avec.» Ce qui vient avec, c'est notamment l'arrivée du gaz naturel sur la Côte-Nord, la construction d'un quai multiusager à Port-Cartier et le développement de la Route bleue.
«Si on veut faire de la Côte-Nord une zone de transformation de ses ressources naturelles, ça va prendre les infrastructures conséquentes», de poursuivre le président de DESI, qui se dit convaincu qu'on devrait faire une campagne électorale dans la région uniquement sur ce thème. «Dans ma tête, la transformation de nos ressources, ça ne doit pas se faire à Bécancour ou Valleyfield, ça doit se faire ici. C'est un non-sens qu'on n'ait pas le gaz naturel. On perd ainsi de belles opportunités.»
À Fermont, là où le Plan Nord s'est fait le plus sentir jusqu'ici, pas de commentaires du côté des autorités. Notre demande d'entrevue au Centre local de développement de Caniapiscau a été redirigée au bureau de la mairesse Lise Pelletier, qui a fait savoir qu'elle n'accorderait pas d'entrevue sur ce sujet avant la tenue des élections.
On se rappellera que Mme Pelletier était du précédent scrutin provincial, en septembre 2012, alors qu'elle portait les couleurs du Parti libéral. Elle s'était présentée justement pour mousser le Plan Nord. Elle avait terminé avec 26 % des voix, loin derrière la députée sortante, la péquiste Lorraine Richard.
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Ce qu'ils en ont dit...
«Le Plan Nord, c'est le projet de tous les Québécois. Les retombées du Plan Nord seront pour tous les Québécois. Les Québécois seront actionnaires du Plan Nord.»
- Jean Charest, mars 2011
«Nous souhaitons développer le Nord de manière responsable afin de maximiser les retombées pour les communautés locales et pour l'ensemble des Québécois.»
- Pauline Marois, mai 2013
Le Plan Nord + permettra de «reparler du Québec comme étant non pas hostile, mais ouvert à l'investissement. L'éclipse du PQ est terminée»
- Philippe Couillard, mars 2014
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Investissements privés majeurs en lien avec le Plan Nord
> ArcelorMittal
2,1 milliards $ pour ses installations minières de Fermont et ses infrastructures de transport et d'expédition de Port-Cartier
Environ la moitié d'investis (projet de deuxième usine de bouletage à Port-Cartier reporté jusqu'à nouvel ordre)
> Rio Tinto Fer et Titane
200 millions $ à sa mine de Havre-Saint-Pierre et 600 millions $ à son complexe métallurgique de Sorel-Tracy
Environ 200 millions $ investis à Sorel-Tracy, non déterminé à Havre-Saint-Pierre