QuébecOriginal.com, le site Web élaboré par Tourisme Québec, réfère les clients vers les compagnies de réservation en ligne pour réserver une chambre d'hôtel.

Quand Tourisme Québec vous propose de réserver... par Booking.com

Alors que l'industrie touristique livre bataille contre les plateformes de réservation en ligne, Tourisme Québec propose aux hôteliers sur leur site QuébecOriginal.com de rediriger leurs clients vers les Booking.com et Expedia de ce monde. Une situation qui crée la grogne dans l'industrie.
Cette nouvelle offre de Tourisme Québec est assez ironique, estiment des joueurs du milieu, lorsqu'on pense que le gouvernement provincial planche sur différents chantiers pour que des multinationales du Web paient davantage de taxes et d'impôts au Québec. Et aussi, lorsqu'on pense que l'Association Hôtellerie Québec (AHQ) et l'Association des hôteliers de la région de Québec (AHRQ) font croisade pour diminuer l'influence de ces compagnies de réservation en ligne, baptisées dans le jargon d'hôtelier OTA (online travel agencies).
«Je ne comprends pas... Expedia et Booking.com ne paient pas d'impôts ni de taxes ici. Seuls les employés qui travaillent pour eux comme salariés le font», déplore la présidente de l'AHRQ, Michelle Doré, qui digère bien mal le choix stratégique du gouvernement. Actuellement, faire affaire avec Booking.com ou Expedia coûte en moyenne aux hôteliers entre 15 et 25 % par nuitée, avance celle qui n'était pas au courant de cette situation. 
En 2015, l'AHRQ était parvenue à faire diminuer la commission perçue pour certains établissements de la région, offrant du coup un répit au portefeuille de plusieurs. Rappelons que l'objectif premier de s'associer avec les OTA était de faire connaître son établissement à l'étranger. Ces géants vont toutefois aujourd'hui chercher également des clients à l'intérieur du Québec, privant l'industrie de plusieurs millions de dollars.
Un «non-sens»
Pour le directeur général de l'AHQ, cette nouvelle offre est un non-sens. «Je n'étais pas au courant. C'est sûr que l'on souhaite que les réservations soient redirigées plutôt vers le site des hôteliers», affirme au Soleil Xavier Gret, qui demande des explications. «Je travaille présentement sur la parité tarifaire. On s'entend qu'il n'est pas souhaitable qu'on se dirige vers Booking.com. On veut justement que les règles soient plus encadrées», poursuit-il.
C'est dans un courriel transmis cette semaine à certains propriétaires d'établissements hôteliers que Tourisme Québec propose de rediriger les clients vers la plateforme de réservation en ligne de leur choix. 
«Comme vous le savez peut-être déjà, en étant classifié par la CITQ, vous avez obtenu une fiche descriptive pour votre établissement d'hébergement sur le site officiel du Ministère du Tourisme, QuébecOriginal.com. Aujourd'hui, nous vous proposons d'ajouter un bouton de réservation sur votre fiche afin de rediriger les clients vers une plateforme de réservation de votre choix», peut-on lire dans la missive, entre autres transmise aux propriétaires du Motel Aux Portes du Soleil, à Baie-Saint-Paul. «Ce lien doit permettre de compléter des réservations en temps réel. [...] De plus, nous pouvons permettre la redirection vers un site tiers comme Booking.com, Expédia, etc.»
Mardi après-midi, lorsque Le Soleil a tenté d'effectuer une réservation à cet établissement de Baie-Saint-Paul, le lien de la page était Booking.com.
Pour les propriétaires du Motel Aux Portes du Soleil, l'idée d'avoir un bouton permettant d'effectuer une réservation en ligne est «très bonne». Toutefois, comme Mme Doré, les propriétaires se questionnent sur le fait que «le site touristique officiel du gouvernement du Québec transfère des réservations vers un organisme comme Booking.com, ayant son siège social à Amsterdam, et ne payant aucune taxe au Québec».
«Nous tentons de nous expliquer comment, sur son propre site, Tourisme Québec justifie l'envoi des transactions/réservations d'hôteliers québécois travaillant au Québec, vers la Hollande et les paradis fiscaux et au profit d'OTA qui nous scalpent et nous kidnappent financièrement depuis de nombreuses années avec des commissions exorbitantes», notent Josée Bussières et Pascal Simard. Ces derniers estiment que le ministère devrait continuer de prendre en charge l'organisation d'une plate forme québécoise de réservation concurrentielle. Le système de réservation du ministère a été retiré du site touristique officiel le 1er avril dernier et sera définitivement fermé le 30 juin.
«Chaque mois, une commission de 18 % sur nos transactions en ligne quitte le Québec directement vers la Hollande. Nous recevons une facture mensuelle, sans TPS et sans TVQ», déplore le couple. «Et Tourisme Québec nous donne un lien gratuit vers ces OTA, sans nous offrir une autre alternative? Nous ne comprenons pas.»
Il est toutefois important de mentionner que ce sont les propriétaires qui ont choisi le lien de leur établissement sur QuébecOriginal.com. «Je n'ai pas d'autre centrale de réservation, car je suis trop petit. Je n'ai pas d'autre option», conclut Mme Bussières.
En soirée, le ministère du Tourisme a indiqué au Soleil avoir retranché de son texte de sollicitation ces solutions de réservation. Toutefois, les hôteliers pourront toujours demander d'avoir comme lien Booking.com ou Expedia sur le site QuébecOriginal.com. Près de 550 établissements d'hébergement ont transmis, sur une base volontaire, un lien vers le moteur de réservation de leur choix.