Alimentation

Quand le profil génétique dictera notre alimentation

Il sera bientôt possible de personnaliser notre alimentation en fonction de notre propre profil génétique.
Conférencier au colloque BÉNÉFIQ 2012 sur les ingrédients santé en alimentation qui s'est ouvert hier à Québec, Bruce German, du Foods for Health Institute en Californie, a témoigné hier d'une science, celle de l'alimentation, qui a fait un bond prodigieux en une ou deux décennies, grâce aux avancées de la chimie. Sous la loupe des scientifiques, nos aliments sont devenus des assemblages de molécules, dont le rôle spécifique nous apparaît de plus en plus clairement.
Selon ce spécialiste de la nutrition et de la technologie, ce n'est qu'une question de quelques années avant que les consommateurs aient en main les outils technologiques qui leur permettront de connaître facilement leurs propres caractéristiques. Ils pourront ainsi ajuster leur alimentation en fonction de leurs points forts et de leurs points faibles, et répondre plus adéquatement à leurs besoins physiologiques. Une approche qui repose sur le postulat que «nous ne sommes pas tous pareils», en quelque sorte.
Les techniques de séquençage génomique existent, et leurs coûts ont commencé à diminuer, fait-il valoir.
Ce virage dans la façon de concevoir l'alimentation suppose également le passage d'un modèle basé sur la maladie à un autre basé sur la santé. Le corollaire de ce changement : alors que la prise en charge de la maladie revient à une armée de spécialistes de toutes sortes, celle de la santé revient aux individus eux-mêmes. Malheureusement, dit M. German, ceux-ci sont tout à fait ignorants de ces questions.
Que savent monsieur et madame Tout-le-Monde, par exemple, de l'importance des bactéries qui peuplent notre organisme? Selon lui, le monde des bactéries sera pourtant celui des aliments de l'avenir. Il faut, dit-il, éduquer chacun à devenir «son propre clinicien».
Le défi de l'industrie sera par ailleurs de produire des aliments favorisant la santé dans un contexte de sécurité alimentaire totale, de développement durable, et à des coûts réalistes pour les consommateurs. Pour l'heure, l'industrie y va selon lui trop souvent de divulgations mal étoffées, de publications inaccessibles et d'informations non pertinentes.
MANGER SERT BIEN PLUS QU'À SE NOURRIR
Manger ne sert plus simplement à se nourrir, mais fait désormais partie d'une stratégie d'amélioration de la santé. Une donnée qui touche toute l'industrie alimentaire, alors que même les fabricants de fast food doivent s'ajuster au goût du jour.
Le chercheur Paul Paquin a été fondateur il y a 10 ans de l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF) de l'Université Laval, qui est devenu le plus important regroupement de chercheurs au Canada à se consacrer entièrement aux interactions entre les aliments et la santé. Venus de plusieurs facultés et universités, les scientifiques de l'INAF favorisent le transfert des nouvelles connaissances sur le terrain. C'est avec leur concours qu'une compagnie de biscuits peut introduire par exemple ce petit ingrédient dans son produit lui permettant d'affirmer qu'il est bon pour le coeur.
Aujourd'hui directeur de l'accompagnement en innovation, le professeur de l'Université Laval est à même de constater à quel point l'industrie a commencé à modifier ses façons de faire pour tenir compte de la préoccupation des consommateurs pour leur santé. Une démarche qui ne touche pas qu'une élite, assure-t-il, en donnant l'exemple de la restauration rapide, qui cherche aussi à améliorer son bilan.
Les consommateurs étant de mieux en mieux informés, l'industrie ne peut plus leur passer n'importe quoi, dit-il.
Tendances
Frédéric Blaise, président d'Enzyme Communication et, à titre bénévole, de l'Association pour les ingrédients santé en alimentation, est venu présenter avec une collègue française les tendances qui guideront le développement du marché des «aliments fonctionnels» - les composés dont on a démontré scientifiquement qu'ils représentent un plus pour la santé.
L'industrie doit miser selon lui sur des aliments sans ajouts indésirables, les plus naturels ou les moins transformés possible, et répondant à des critères éthiques de respect, aussi bien envers l'environnement que dans leurs relations avec leurs employés.
Il cible quatre moteurs de développement : le vieillissement de la population (le plus important), la montée des coûts sociaux reliés à la santé, ou plutôt à la maladie, des attentes grandissantes dans un contexte d'augmentation des prix (d'accord pour payer plus cher, mais qu'il y ait au moins une valeur ajoutée), et la force de la génération Y, née entre 1980 et 2000, qui adhère aux valeurs décrites plus haut.
Enfin, M. Blaise croit que dans un contexte où les deux tiers des Canadiens disent avoir des inconforts digestifs, tous les aliments susceptibles d'avoir un effet positif à ce sujet connaîtront un bon développement.