Étudiant de première secondaire inscrit au profil entrepreneuriat de l'école L'Aubier, à Lévis, Mathis Langlais a réussi à se bâtir une clientèle de connaisseurs en peu de temps.

Proprio d'une boutique de Lego... à 12 ans!

«Bloc ML, bonjour?» Vêtu d'une chemise repassée et d'une cravate assortie, Mathis Langlais, 12 ans, prend le téléphone et répond à un client dans sa boutique de vente et d'achat de blocs Lego, à Saint-Henri. Rencontré samedi, le jeune entrepreneur ne se formalisait pas du soleil qui rayonnait à l'extérieur. «Je préfère tenir ma boutique», dit-il.
Le Soleil n'a pas eu de difficulté à trouver l'endroit, situé sur la route du Président-Kennedy. Une grande affiche jaune digne d'une artère commerciale permet de repérer Bloc ML facilement.
Fondée en août avec 4000 $ d'économies accumulées à la sueur de son front, la compagnie de Mathis Langlais vient de vivre sa première phase d'expansion, après seulement six mois d'opération. Des rénovations ont été nécessaires pour accueillir son impressionnant inventaire qui ne cesse de grandir.
Les étagères du petit local sont pleines. Au fond, dans un meuble scellé, le Faucon Millenium, mythique vaisseau de la saga Star Wars, format Lego, est repérable au premier coup d'oeil.
«J'ai du neuf et de l'usagé. Je trouve des modèles sur Kijiji, sur Facebook et des gens m'en apportent. Je leur donne un crédit ou de l'argent comptant en échange», explique le jeune patron installé derrière son comptoir. Les prix sont fixés par le marché, qu'il surveille attentivement. «Je vends un peu moins cher qu'Amazon», précise-t-il sur le ton d'un bon vendeur. 
L'étudiant de première secondaire inscrit au profil entrepreneuriat de l'école L'Aubier, à Lévis, a réussi à se bâtir une clientèle de connaisseurs en peu de temps. «Il y a des collectionneurs de Québec qui viennent ici, qui m'appellent pour savoir si je suis ouvert.» 
Vrai que l'horaire est limité. Pendant l'année scolaire, Bloc ML n'ouvre que le vendredi soir, de 17h à 20h, et le samedi en journée. L'été, Mathis est fidèle au poste quatre jours par semaine, du jeudi au dimanche.
Malgré son jeune âge, le pdg n'a aucun complexe quand vient le temps de négocier. «Des fois, des gens veulent me vendre des trucs trop cher. Mais je garde mon prix. [...] Je négocie bien!» lance-t-il avec assurance. Son dicton : «On peut vendre n'importe quel prix, mais on ne peut pas payer n'importe quel prix.»
Le jeune homme vit la totale comme propriétaire d'un commerce en vente au détail. En plus d'avoir fait la une des journaux locaux, il est membre de la chambre de commerce Bellechasse-Etchemins, avec laquelle il a l'occasion de rencontrer des gens d'affaires, des gens comme lui. Plus tard, il voudrait posséder une épicerie. «Je penserais l'acheter dès que je vais avoir 18 ans. Les profits de la boutique, j'en investis une part, et l'autre va à la banque.»
Livres comptables
Brassant des affaires estimées à moins de 30 000 $, les affaires de Mathis Langlais ne sont pas assujetties à la TPS et à la TVQ. Il doit cependant tenir ses livres comptables. «Je fais mes rapports quotidiens», assure-t-il. Si l'expansion va plus loin, son père sera là pour l'aider à franchir les étapes suivantes.  
Mathis a en effet la chance d'avoir le soutien de son paternel dans cette aventure. Le local est annexé à l'atelier de l'entreprise d'urnes funéraires de Frank Langlais. «Mathis, quand il a une idée en tête, il ne la lâchera pas. Il parlait tout le temps de sa boutique. Je me suis dit que je n'avais pas le choix, alors on s'est fait un petit local», raconte M. Langlais en regardant son fils.
Tout a été récupéré, les meubles ainsi que les matériaux. «Je lui ai dit que ce qui tue les entreprises, ce sont les frais fixes. Il faut s'arranger avec ce qu'on a.» 
Maintenant que fiston est le patron, M. Langlais se fait plutôt discret, bien qu'il surveille un minimum les activités de Bloc ML. «On dit que l'élève dépasse le maître! Même quand je m'en mêle, je fais des erreurs, alors je ne m'en mêle plus!»