Projections économiques 2014: Québec poursuit son élan

Il est toujours hasardeux d'oser des prédictions économiques, mais après avoir recoupé les différents indicateurs et questionné les experts sur ce qu'ils voient dans leur lorgnette, Le Soleil et ses journalistes de la section Affaires dressent un portrait de ce à quoi pourrait ressembler 2014. Immobilier, commerce de détail, tourisme, finances, assurances, transport, emploi, secteur manufacturier : autant de segments que nous avons vérifiés parce qu'ils constituent la trame économique de Québec. Évidemment, l'histoire nous enseigne qu'une petite secousse imprévue peut faire trembler l'économie mondiale entière et, par conséquent, changer la couleur des perspectives régionales. Bonne lecture!
À moins d'un revirement inattendu, la zone économique de Québec tirera encore son épingle du jeu en 2014. Une autre bonne cuvée apparaît à l'horizon.
Le Conference Board du Canada est d'avis que l'économie de la capitale poursuivra sur son élan des dernières années. Résultat : l'activité économique progressera de 2 % en 2014 pour s'approcher des 34 milliards $.
En tout et pour tout, quelque 5000 emplois devraient voir le jour cette année dans la région métropolitaine, soit 4000 de plus que l'an dernier. Le taux de chômage demeurera encore bas, autour de 5 %.
L'arrivée de quelque 7000 nouveaux résidants à Québec et à Lévis continuera de stimuler la construction de nouveaux logements. Le nombre de mises en chantier devrait dépasser la barre des 4000 unités en 2014.
Cette infusion aura nécessairement des conséquences sur le secteur du commerce au détail. Les ventes totales des commerçants devraient s'élever à plus de 13 milliards $ dans la région.
Les travaux de construction du nouvel amphithéâtre, orchestrés au coût de 400 millions $, vont se poursuivre en 2014. Ce qui devrait permettre au secteur de la construction de bondir de 4,7 % cette année tout en faisant le plein de près de 2000 nouveaux travailleurs.
La construction du nouveau pavillon du Musée des beaux-arts du Québec va également s'accélérer cette année. Les coûts des travaux s'élèvent à plus de 100 millions $.
Le Conference Board croit que le secteur des finances, de l'assurance et de l'immobilier connaîtra pour sa part une impulsion de 2,3 % en 2014.
Or, le redressement des finances publiques et les compressions dans la fonction publique provinciale auront toutefois des incidences dans la région, prévient le Conference Board.
Avec des finances publiques serrées, le secteur de l'administration publique affichera la croissance la plus faible des cinq dernières années avec une avancée d'un peu moins de 2 %.
Il faut dire que le poids de l'administration publique compte maintenant pour 15 % de l'activité économique de la région de Québec.
Le taux de croissance dans le secteur des services non commerciaux (écoles et hôpitaux notamment) passera quant à lui à 2,4 % en 2014. Au cours des quatre dernières années, ce secteur a affiché une progression annuelle moyenne de 3,5 %.
Le Conference Board note que les récentes poussées démographiques de la région stimulent d'ailleurs la demande des services éducatifs alors que le vieillissement de la population propulse la demande de services de santé.
Le Québec se ressaisit
À l'échelle du Québec, l'économie devrait se ressaisir en 2014, après une année qui a fait du surplace (0,9 %). Chemin faisant, le produit intérieur brut du Québec devrait progresser de 2,1 %.
D'après l'économiste Marie-Christine Bernard du Conference Board, la confiance des consommateurs québécois et diverses mesures favorables à l'investissement mises de l'avant par le gouvernement Marois devraient encourager les entreprises à embaucher et à dépenser davantage.
En raison de la reprise de l'économie américaine et de la faiblesse du dollar canadien, les exportations québécoises menées par les secteurs de la foresterie et de l'aérospatiale connaîtront beaucoup d'action en 2014.
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Emploi: l'histoire se répète
Prédire l'état du marché de l'emploi dans la région de Québec, c'est un peu comme entendre continuellement la même ritournelle. «Ça va bien!» pourrait-on entonner d'une seule voix. «Sans compter le remplacement des travailleurs qui partiront à la retraite, nous pouvons nous attendre à la création de 5000 nouveaux emplois dans la région en 2014», avance Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins.
«Le taux de chômage de la région métropolitaine de recensement de Québec devrait tourner aux alentours de 4,9 %, soit pratiquement le même qu'en 2013. Vous savez, plus le taux de chômage est bas, plus il est difficile à compresser», note Mme Noreau, en ajoutant que des Québécois de toutes les régions de la province continueront de venir s'établir à Québec ou à Lévis pour tirer parti de la bonne performance économique.
Les employeurs auront donc besoin de tous les bras et de tous les cerveaux disponibles, notamment pour pourvoir les postes laissés vacants par une partie des 16 000 travailleurs qui devraient prendre leur retraite cette année, selon les données de la Régie des rentes du Québec. Quelque 16 000 départs à la retraite, c'est 500 de plus qu'en 2013 et 1000 de plus qu'en 2012. La création d'emploi sera particulièrement vigoureuse dans le secteur du commerce de détail et des assurances. Elle sera stable dans celui de la construction et n'augmentera guère dans celui des sciences et de la technologie. La grande inconnue, selon Joëlle Noreau, demeure la fonction publique. «Les situations budgétaires des gouvernements du Canada et du Québec ne favorisent pas l'embauche. Dans l'administration publique québécoise, on ne continue de remplacer qu'un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite.» Gilbert Leduc
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Immobilier: un marché en ajustement dans la capitale
Le marché immobilier est en situation d'ajustement dans la région de Québec. Il y aura moins de mises en chantier cette année, alors que les prix des copropriétés demeureront sous pression.
Malgré ce refroidissement, la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) n'entrevoit toujours pas une baisse globale des prix des maisons dans la région métropolitaine de recensement de Québec. Au contraire, le prix moyen de vente d'une résidence devrait croître de 2 % en 2014, passant à 271 000 $.
Il faut dire que le marché de la maison unifamiliale demeure le moteur de l'immobilier résidentiel à Québec. Or, si la demande pour la maison unifamiliale demeurera importante en 2014, on ne peut en dire autant pour le marché de la copropriété.
Au Mouvement Desjardins, l'économiste Hélène Bégin ne serait pas surprise d'observer une baisse de prix du côté des condos au cours des prochains mois. «On pourrait voir une baisse des prix. Mais on ne verra pas un marché s'écraser», prévient-elle.
Il faut dire que dans la région de Québec, les conditions de marché de la copropriété ont changé au cours des 12 derniers mois, passant notamment à l'avantage des acheteurs dans la plupart des catégories de prix.
Beaucoup de condos neufs construits toujours invendus ainsi qu'un nombre en hausse de copropriétés existantes à vendre ont ainsi eu un effet sur les prix. «Il ne serait pas surprenant de voir des baisses de prix survenir au cours des prochains trimestres», croit pour sa part l'analyste Élisabeth Koulouris de la SCHL.
Moins de mises en chantier
La SCHL prévoit que la construction d'habitations neuves ralentira de 11 % cette année dans la région, à 4000 unités. L'an dernier, le nombre de mises en chantier s'est affiché en baisse de 27 %, à 4680 unités.
La SCHL s'attend à ce que le marché de la revente de maisons existantes progresse de 6 % en 2014 avec 6500 transactions prévues. Une situation à l'inverse de celle observée en 2013 (- 10 %).
La tendance observée à Québec n'est pas unique. Partout au Québec, les mises en chantier devraient décélérer également.
La SCHL est d'avis que le nombre de mises en chantier diminuera dans l'ensemble de la province avec la construction de 23 500 logements, dont 13 200 maisons individuelles cette année.
Le marché québécois de la revente de maison devrait rebondir en 2014 de 2,6 % avec un prix moyen de transaction de 270 000 $, en hausse de 0,7 %. À l'échelle nationale, le nombre de mises en chantier devrait se maintenir en 2014. Les prévisions de la SCHL font état de 184 700 nouvelles constructions résidentielles comparativement à 185 000 cette année.
Quant au prix moyen de vente d'une résidence au Canada, il devrait s'élever à 385 000 $ en 2014. Pierre Couture
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Transports: un peu de répit sur les routes
Après quatre ans de travaux majeurs sur l'autoroute Robert-Bourassa, les automobilistes et les camionneurs auront droit à un certain répit en attendant l'entreprise d'un autre mégachantier sur l'axe nord-sud de la capitale, sur l'autoroute Henri-IV, cette fois. Ces travaux n'étant pas encore officialisés - Transports Québec annoncera son plan d'investissements 2014-2016 au printemps -, les gens d'affaires devraient souffler un peu, eux qui avaient ciblé le réseau routier comme une de leurs principales préoccupations en 2013.
Cela dit, il y aura bien sûr encore des cônes orange un peu partout dans la capitale. Parmi les chantiers qui retiennent notre attention, pensons notamment au pont d'étagement de la rue Soumande, près du futur amphithéâtre, ou au parachèvement des travaux sur l'autoroute Dufferin-Montmorency et sur l'autoroute Duplessis, à la hauteur du chemin Quatre-Bourgeois.
Du côté de l'aéroport de Québec, rappelons que des travaux d'agrandissement de 225 millions $ sont en cours depuis 2011. Mais c'est en 2014 que le clou du projet commencera à voir le jour, soit l'agrandissement du bâtiment principal qui doublera de superficie d'ici trois ans. «C'est la pièce maîtresse de notre projet d'agrandissement», fait valoir le directeur des communications Jonathan Trudeau. «À terme, on parle d'au moins trois portes d'embarquement supplémentaires, un carrousel à bagages de plus pour les arrivées internationales et plus d'espaces pour les concessions, les boutiques et les restaurants.» Ces travaux, qui seront réalisés dans la section des vols internationaux, débuteront au cours de l'année, probablement après l'ouverture officielle en juin du nouveau stationnement étagé, autre pièce majeure de ce projet global de 225 millions$.
Quant au Port de Québec, le pdg Mario Girard a annoncé cette semaine que 2014 sera une année de consultation. Selon le porte-parole Anick Métivier, quelque 50 millions $ seront investis par le port et ses opérateurs en immobilisation, en entretien et en équipements, un montant comparable à ce qui se fait chaque année «afin de conserver notre souplesse et efficacité en tant que port multiusages». M. Métivier rappelle que l'Administration portuaire de Québec fait affaire avec 300 ports dans une soixantaine de pays, et que 30 millions de tonnes de marchandises transigent annuellement sur les quais de la capitale, représentant une valeur de 22 milliards $. Marie-Pier Duplessis