Projections économiques 2014: embellie et vent de changement

Assurances et services financiers: nouvelle poussée de croissance
«Soyez aux aguets!» souffle à l'oreille du Soleil la présidente du Centre de développement en assurances et services financiers Québec et Chaudière-Appalaches, Sylvie Paquette. «En 2014, il faut s'attendre à des annonces d'autres importantes acquisitions réalisées par des assureurs de la région de Québec.» Celle qui est aussi présidente et chef de l'exploitation chez Desjardins Groupe d'assurances générales n'en dira pas plus sur les projets des 10 compagnies en assurance de dommages et en assurance des personnes qui ont leur siège social à Québec ou à Lévis.
Cependant, que ça soit par des acquisitions ou par des gains de parts de marché, il est clair que la croissance sera au rendez-vous en 2014. Et cette croissance viendra, encore une fois, par la conquête de nouveaux marchés au Canada - et même aux États-Unis pour certaines compagnies, dont l'Industrielle Alliance - étant donné que le marché québécois a pratiquement atteint son point de saturation. À 30 % en 2005, le volume d'affaires des compagnies d'assurances de la région de Québec - que l'on désigne comme le «Hartford du Nord» du nom de cette ville de l'État du Connecticut renommée pour les nombreuses compagnies d'assurances qui y ont implanté leur siège social - provient maintenant de l'extérieur du Québec, et ce, dans une proportion de plus de 40 %.
Cette poussée de croissance oblige donc les Desjardins, Industrielle Alliance, Promutuel, SSQ, La Capitale et Groupe Ledor à recruter constamment de nouveaux travailleurs. «L'effectif s'est accru de 3,6 % entre 2012 et 2013», indique Gilles Juneau, le directeur général du Centre de développement en assurances et services financiers Québec et Chaudière-Appalaches, un organisme mis au monde en 2007 par les compagnies pour veiller à la poursuite de la croissance de l'industrie dans la région. Au dernier décompte, les 10 sièges sociaux des sociétés d'assurances et de services financiers fournissaient un gagne-pain à 10 580 personnes. Gilbert Leduc
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Secteur manufacturier: embellie à l'horizon
Enfin, les entreprises manufacturières peuvent envisager une embellie en 2014 après des années de vaches maigres. Déjà, en 2013, le secteur de la fabrication avait recommencé à se refaire une santé. Ce fut particulièrement le cas du côté de la Chaudière-Appalaches, la deuxième région manufacturière en importance au Québec après celle du Centre-du-Québec. Dans la Chaudière-Appalaches, le nombre de travailleurs manufacturiers a chuté de 25 % entre 2002 et 2010. «Le secteur manufacturier a graduellement repris du tonus en 2013 et il devrait s'affirmer davantage en 2014», notait en décembre dernier l'équipe des Études économiques de Desjardins dans un survol de la région. «L'activité manufacturière sera plus énergique, mais elle ne battra pas de record pour autant», prend soin de souligner Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins. Selon elle, le redressement de l'économie américaine et la vigueur de l'économie de l'Ouest canadien offriront des «opportunités d'affaires plus grandes» aux entreprises de fabrication d'ici. «Si les projets dans le secteur du pétrole et du gaz commencent à se réaliser dans l'ouest du Canada, ça va assurément apporter de l'eau au moulin du secteur manufacturier régional», ajoute Mme Noreau.
Et il y a l'affaiblissement du huard qui pourrait aussi faire le bonheur des manufacturiers canadiens en 2014. Un dollar canadien plus faible peut inciter les entreprises américaines à venir faire leurs emplettes de ce côté-ci de la frontière. Par contre, signale l'économiste principale, il y a toujours les clauses protectionnistes adoptées par le gouvernement américain qui posent un problème et qui empêchent les fabricants canadiens d'accéder à certains marchés, notamment les marchés publics, chez nos voisins du sud. Gilbert Leduc
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Commerce au détail: beau temps pour les rabais
Après avoir vu le géant américain Target débarquer à Québec l'an dernier, les détaillants devraient connaître une année de consolidation en 2014.
La présence de Target (qui a pris la place de Zellers) dans le paysage du commerce au détail n'a d'ailleurs pas fini de faire jaser.
Ce qui devrait continuer de sourire aux consommateurs, souligne l'analyste Michael Burt du Conference Board. «Plus de concurrence accroîtra leur pouvoir d'achat, tout en limitant la capacité des détaillants de relever les prix», indique-t-il.
Dans la région de Québec, les ventes au détail devraient dépasser les 13 milliards $ (+ 3 %) tout en procurant du travail à plus de 40 000 personnes.
Avec sa concentration de centres commerciaux, la région de Québec est d'ailleurs reconnue comme un cas unique au pays. L'an dernier, trois de ses plus importants centres commerciaux figuraient au top 5 des établissements les plus achalandés au Québec.
Bien que les détaillants québécois en auront plein les bras, la faiblesse du dollar canadien sur les marchés de change pourrait toutefois leur donner un coup de main inespéré.
«Un huard plus faible devrait freiner les habitudes de magasinage en ligne à l'étranger et encourager les achats locaux tout en limitant la venue de détaillants étrangers», croit le professeur en marketing à HEC Montréal, Normand Turgeon.
Au cours des quatre prochaines années, les analystes ne s'attendent pas à voir les marges bénéficiaires des détaillants augmenter considérablement au Québec tout comme dans le reste du pays.
Pour espérer gagner des parts de marché, les détaillants devront surtout continuer à offrir des rabais alléchants à leurs clients. «C'est le nerf de la guerre», indique M. Turgeon. Pierre Couture
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Vent de changement dans le secteur touristique
André Roy, nouveau directeur général de l'Office de tourisme de Québec, l'admet sans détour : «Ces dernières années, le tourisme d'affaires a connu de belles percées, mais le tourisme d'agrément, lui, est resté plutôt stable. Si on veut avoir des résultats différents, il va falloir faire les choses différemment.» C'est pourquoi celui qui est en poste depuis seulement deux mois ne se gênera pas pour «remettre en question ce qu'on fait. Je suis convaincu qu'il y a de la place pour de l'innovation et de la créativité». Il cite en exemple le Carnaval de Québec - organisation dont il a été le président en 2010 -, qui a choisi de prendre un virage remarqué pour son 60e anniversaire, notamment avec le retour des duchesses et des rues carnavalesques.
L'année du «grand réveil»
Michelle Doré, présidente de l'Association hôtelière de Québec, se réjouit d'ailleurs de ce «vent de changement» souhaité pour redonner un peu plus de vigueur à l'industrie touristique de la capitale. Selon elle, l'année 2014 sera celle du «grand réveil». «Ce n'est plus le temps de s'asseoir sur nos lauriers», illustre-t-elle. La fermeture annoncée de l'Hôtel Loews Le Concorde aura été un signal d'alarme pour «tous les gros hôteliers de la région», insiste Mme Doré. «Parce qu'en ce moment, les hôtels-boutiques et les plus petits hôtels vont bien.»
De l'avis des deux intervenants cités plus haut, le tourisme d'affaires doit continuer de progresser, puisqu'il s'agit d'une force majeure qui permet à Québec de bien tirer son épingle du jeu. Le Centre des congrès a d'ailleurs officiellement annoncé vendredi sa nouvelle «force de vente unifiée» pour attirer davantage de congrès internationaux, pas seulement entre ses murs, mais partout en région. Le calendrier se planifiant plusieurs mois, parfois même plusieurs années à l'avance, on sait déjà que 2014 sera une «très bonne année», avec au moins 17 événements internationaux uniquement au Centre des congrès. «Une année normale, on parle d'environ 10 congrès internationaux», souligne la directrice des communications, Ann Cantin. À titre de comparaison, il y en a eu sept en 2013... et 23 en 2008.
Autre niche importante du tourisme à Québec, les croisières surfent toujours sur une belle vague. La capitale a d'ailleurs été choisie comme étant la destination la plus privilégiée des clientèles des compagnies Holland America et Royal Caribbean. «Mais le succès avec les croisières peut être éphémère», convient Anick Métivier, porte-parole de l'Administration portuaire de Québec. «Il faut vraiment entretenir cette cote d'amour là. Ça peut basculer facilement s'il y a un relâchement.» C'est pourquoi, dit-il, les discussions pour l'aménagement d'un nouveau terminal vont «s'intensifier» en 2014, le besoin se faisant «de plus en plus critique».