Luc Fortin a écrit à son homologue fédérale, Mélanie Joly, pour lui faire part de sa «très grande préoccupation» concernant les récentes décisions du CRTC.

Productions télé en français: Fortin demande une révision du CRTC

Québec demande au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de revoir ses décisions sur le renouvellement des licences des services de télévision des grands groupes de propriété de langue française, qui selon le gouvernement québécois «ne peut que nuire aux productions originales francophones».
Le ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin, a écrit à son homologue fédérale, Mélanie Joly, pour lui faire part de sa «très grande préoccupation» concernant les récentes décisions du CRTC, qui a pour effet d'abolir certaines conditions en matière de programmation originale canadienne de langue française.
Par exemple, la chaîne spécialisée Série + ne sera plus tenue d'investir 1,5 million $ par année pour des séries dramatiques de langue française. D'ailleurs, la chaîne a annoncé récemment qu'elle abandonnait trois projets de séries québécoises, a rappelé le ministre.
Dans sa lettre dont La Presse canadienne a obtenu copie, le ministre Fortin dit craindre que cela n'incite les propriétaires de ces chaînes à diffuser du contenu canadien sous-titré en français et à délaisser les séries originales francophones.
Dans sa décision rendue le 15 mai dernier, le CRTC affirme qu'il surveillera «plus étroitement» ces chaînes dans la foulée de ces changements. Il se laisse le droit d'imposer de nouvelles exigences au prochain renouvellement de licence s'il le juge nécessaire.
Mais selon le ministre Fortin, il serait plus avisé d'appliquer maintenant des règlements plutôt que d'intervenir après, «une fois que les conséquences négatives pourraient déjà s'être manifestées».
«Cela démontre que les récentes décisions du CRTC risquent d'avoir des impacts concrets et négatifs sur les productions originales canadiennes francophones au cours des prochaines années, ce qui va à l'encontre des objectifs de la Loi sur la radiodiffusion», a écrit le ministre Fortin, qui a informé la ministre qu'il fera une demande formelle au dirigeant de l'organisme fédéral pour qu'il revoie et annule la décision.
Impacts analysés
Pierre-Olivier Herbert, l'attaché de presse de la ministre fédéral du Patrimoine, Mélanie Joly, a indiqué, par courriel, que le cabinet de la ministre «analyse présentement les impacts de cette décision».
«La ministre est très sensible aux inquiétudes du secteur», a-t-il dit.
Les décisions du CRTC ont été critiquées par plusieurs organisations culturelles québécoises. La Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC), l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) et l'Union des artistes (UDA) ont publié un communiqué pour déplorer ces changements.
«À l'heure où la concurrence des séries étrangères se fait de plus en plus forte sur différentes plateformes, permettre aux diffuseurs de réduire l'offre d'émissions de langue française nous apparaît culturellement inacceptable», ont-ils dénoncé dans un communiqué publié mardi dernier.
«Le CRTC ne peut laisser aux seules forces du marché l'avenir de la production nationale. Comme organisme réglementaire, il doit rappeler aux diffuseurs qu'ils ont l'obligation de contribuer de façon notable à la présentation d'une programmation nationale et respecter le caractère distinct du secteur francophone.»