Une illustration que le prix à la pompe ne baisse pas aussi vite que le prix du baril : depuis un an, le prix du brut a chuté de 56 %, alors que le prix à la pompe n'a baissé que de 19 %.
Une illustration que le prix à la pompe ne baisse pas aussi vite que le prix du baril : depuis un an, le prix du brut a chuté de 56 %, alors que le prix à la pompe n'a baissé que de 19 %.

Prix de l'essence et prix du baril de brut: deux poids, deux mesures

Jean Pascal Lavoie
Le Soleil
Depuis les sommets de l'été dernier, les prix de l'essence sont redescendus à des niveaux plus décents. Pourtant, si le litre d'essence avait chuté de façon aussi importante que le baril de pétrole, les mérites du transport en commun seraient peut-être moins faciles à vanter.
Qu'y a-t-il en commun entre la semaine qui vient de s'écouler et la première semaine de 2005? Le prix du baril de pétrole. Vendredi, le baril de pétrole brut a clôturé à 45,52 $ sur le marché NYMEX. Pour retrouver un prix semblable, en excluant les fluctuations des deux derniers mois, il faut remonter à 2005. Le même baril terminait alors la première semaine de l'année à 44,86 $.
Vendredi, dans la région de Québec, on ne pouvait faire le plein à moins de 95,4 ¢ le litre. En 2005, alors que le baril de pétrole était sensiblement au même prix, on pouvait faire le plein dans la région à 79,1 ¢ le litre. Une différence de 16 ¢ à l'avantage des pétrolières.
Si l'on se prête au même jeu, mais en prenant le prix de l'essence comme point de repère, on arrive à un résultat semblable. La dernière fois que l'on faisait le plein aux alentours de 95 ¢ le litre à Québec, toujours en excluant les fluctuations des derniers mois, c'était pendant la huitième semaine de 2007. Le baril de brut s'échangeait alors à 60,29 $.
Une autre illustration que le prix à la pompe ne baisse pas aussi vite que le prix du baril? Depuis un an, le prix du brut a chuté de 56 %, alors que le prix à la pompe n'a baissé que de 19 %.
Évidemment, le prix du baril de pétrole brut n'est pas le seul facteur qui influence le prix du litre d'essence. Le CAA-Québec en relève sept autres, soit les changements saisonniers, les conditions climatiques, la demande, l'état de la réserve globale et la production, la capacité de raffinage, les fluctuations de la devise américaine et les tensions géopolitiques. D'ailleurs, le CAA-Québec situe présentement le prix réaliste à la pompe à 92,6 ¢ le litre dans la région de Québec.
C'est donc dire que, depuis 2005, les étapes que franchit le baril de pétrole jusqu'à sa transformation en essence et sa vente dans une station-service ont pris beaucoup de valeur.
Réduire l'offre
En entrevue au Soleil, l'automne dernier, le professeur spécialiste des questions énergétiques à l'Université Laval, Jean-Thomas Bernard, notait que les pétrolières tardent à abaisser leurs prix lorsque les cours chutent parce que «leur essence déjà en réservoirs leur a coûté plus cher».
En plus de ralentir la chute des prix à la pompe, les pétrolières tentent maintenant de soutenir artificiellement les prix du brut en retenant de grandes quantités de pétrole.
Superpétroliers au large
Selon les analystes, il y a présentement une trentaine de superpétroliers ancrés au large des côtes des États-Unis, de l'Europe et de Singapour. Leurs cales sont remplies de 80 millions de barils de pétrole, soit l'équivalent de la consommation mondiale quotidienne.
«Il s'agit d'une tentative pour faire remonter les prix», a déclaré au National Post le président de la British Columbia Chamber of Shipping, le capitaine Stephen Brown. Une situation que se serait déjà produite en temps de récession, mais jamais avec autant d'ampleur.
En réduisant l'offre, on espère que les prix se maintiendront jusqu'à une éventuelle reprise économique mondiale qui stimulera la demande de pétrole.