Prêts à court terme au Canada: un organisme dénonce le laxisme des gouvernements

Jean-Philippe Denoncourt
La Presse canadienne
OTTAWA — Le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) réclame du gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard qu’il s’attaque aux compagnies qui font des prêts personnels à court terme et qui imposent à leurs clients de la province des frais d’intérêt qu’il affirme être les plus élevés au Canada.

À l’Île-du-Prince-Édouard, le gouvernement tolère que certains prêteurs puissent imposer des frais d’intérêt fixes de 25 $ pour chaque montant de 100 $ emprunté pour une période inférieure à deux mois. Pour un prêt typique de deux semaines, cela constitue un taux d’intérêt quotidien de 1,79 % qui, à la fin d’une année, pourrait représenter un taux cumulatif de 652 %, le plus élevé au Canada.

Le Centre canadien de politiques alternatives a noté que le taux ainsi calculé pouvait atteindre 548 % à Terre-Neuve-et-Labrador, 495 % en Nouvelle-Écosse, 443 % en Saskatchewan et au Manitoba et 391 % au Nouveau-Brunswick, en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique.

Ricardo Tranjan, économiste politique et chercheur sénior au bureau de l’Ontario de l’organisme basé à Ottawa, rappelle que le Québec a agi pour limiter sur une base annuelle à 35 % les taux d’intérêt qui accompagnent un prêt.

L’économiste estime que cette restriction a eu un effet bénéfique. À son avis, les Québécois ont fait la preuve qu’ils n’avaient pas besoin de prêteurs exigeant de tels taux.

L’organisme rappelle qu’une avance d’argent sur une carte de crédit impose présentement au Canada un taux annuel d’intérêt de 23 %.

Le Centre canadien de politiques alternatives affirme que des taux d’intérêt de 652 % à l’Île-du-Prince-Édouard peuvent précipiter les insulaires les plus vulnérables dans une spirale d’endettement encore plus grave en cette période de pandémie de coronavirus qui a fait des centaines de milliers de nouveaux chômeurs.

Ricardo Tranjan a observé une prolifération au Canada de ces prêteurs, en partie à cause du laxisme des gouvernements, précise-t-il.