L'auteur du livre Vivre pleinement sa retraite, Yves Maurais.

Prendre sa retraite pour travailler

Conseiller d’orientation dans une commission scolaire dans son patelin à Montmagny pendant 35 ans et auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’orientation scolaire et professionnelle, Yves Maurais a pris sa retraite à l’âge de 57 ans.

«Aujourd’hui, je suis travailleur autonome», annonce l’homme de 69 ans.

«Je continue d’écrire. Je rédige généralement le matin.»

Il se garde toujours du temps, avec sa conjointe, pour voyager, pour enfourcher son vélo, pour suivre des cours de chant et faire de la peinture et du bénévolat.

«Vous savez, je ne suis pas une exception. Ma cousine, qui enseignait les mathématiques, est agente de voyage à temps partiel. Un enseignant à la retraite que je connais bien a ouvert un commerce. Je connais aussi quelqu’un qui est devenu président d’une coopérative dans le secteur alimentaire quelques années après avoir pris sa retraite.»

«On voit un nombre croissant de personnes âgées rester ou retourner sur le marché du travail», constatait l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dans une étude publiée le printemps dernier.

«Au Québec, plus d’une personne sur cinq âgée de 65 à 69 ans fait encore partie de la population active. C’est plus de deux fois la proportion observée en 2002. La tendance est similaire, quoique moins élevée, pour les personnes ayant 70 ans et plus. En 2017, elles sont près de 6 % à continuer de travailler, le double de ce que c’était une décennie auparavant.»

«Rendre ça simple»

Jeudi, à l’occasion de l’ouverture du Salon Carrière Formation qui se tient à Québec jusqu’à samedi, Yves Maurais procédait au lancement de son livre intitulé Vivre pleinement sa retraite. Conseils et stratégies pour rester actif sur le marché du travail, publié par Septembre Éditeur.

Dans les premières pages de l’ouvrage, l’auteur annonce ses couleurs.

«Bienvenue dans le club des retraités occupés et à ceux et celles qui le deviendront bientôt. Ce livre n’est pas pour vous si vous ne souhaitez que regarder passer le temps.»

Ce guide «pour ceux qui sont soucieux de bien planifier leur retraite ou leur après-retraite», Yves Maurais ne l’a pas écrit seulement pour les travailleurs aînés, mais pour tous ceux et celles qui réfléchissent à leur carrière. «Ils sont nombreux, les quarantenaires, à vouloir réorienter leur vie professionnelle.»

Le bouquin recense les secteurs d’activités économiques dans lesquels se retrouvent le plus d’offres d’emploi pour les aînés. Et en cette époque de rareté de main-d’œuvre, ils sont nombreux.
Il présente également les principales sources d’information sur le marché du travail, les ressources d’aide à la recherche d’un emploi, les formations offertes, les outils qui permettront aux travailleurs âgés de tirer leur épingle du jeu dans le marché du travail et les façons de s’y prendre pour négocier ses conditions de travail.

«Tout ça n’est pas simple pour quelqu’un qui veut réintégrer le marché du travail. Moi, j’ai voulu rendre ça simple», explique le magnymontois au Soleil.

Après la dolca vita, l'ennui...

Sa définition de la retraite, Yves Maurais la prend de Diane-Gabrielle Tremblay, spécialiste en gestion des ressources humaines, en économie et en sociologie du travail de l’Université TÉLUQ.

«C’est un passage vers quelque chose de nouveau, une occasion de se reconstruire, de faire autre chose ou de faire autrement».

Et l’auteur de Vivre pleinement sa retraite d’ajouter : «c’est aussi une belle occasion de devenir maître de son temps; c’est aussi le temps de se refaire une santé, de s’engager dans des actions communautaires, de retourner aux études, de voyager et, pourquoi pas, de travailler !»

Yves Maurais rappelle dans son livre que les études démontrent qu’après deux ou trois années de dolce vita, l’ennui rattrape les retraités.

«Souvent, les retraités veulent retrouver un sens à leur vie, regagner leur estime de soi», écrit-il. «L’allongement de la vie en emploi aurait, entre autres, un effet sur la perception positive de la vie et diminuerait la peur de vieillir. De nos jours, le travail n’est plus réservé qu’aux personnes qui veulent combler un manque à gagner. Il sourit à tous ceux dont le besoin de réalisation et d’accomplissement s’avère essentiel et prioritaire.»

Pas seulement les immigrants

Alors que la mode, chez les employeurs, est d’aller chercher les travailleurs à l’extérieur de la Belle Province, Yves Maurais les invite à porter une attention particulière aux travailleurs aînés d’ici.

«Les patrons doivent s’adapter aux besoins exprimés par les travailleurs expérimentés qui veulent poursuivre leur vie active. Ces derniers ne veulent plus subir de stress et veulent avoir plus de temps pour profiter de la vie.»

«À mon avis, un changement des mentalités s’impose», martèle-t-il.

«Il est révolu le temps où l’on disait que ça ne valait pas la peine d’investir du temps et de l’argent dans la formation d’un travailleur plus âgé puisqu’il ne restera pas longtemps de toute façon ou encore que c’est trop compliqué de gérer des travailleurs à temps partiel.»

Heureusement, des patrons ont compris l’urgence de la situation.

Il cite le cas d’un garagiste de Québec qui tenait à conserver un vieil employé à son service. Ce travailleur songeait à la retraite en raison de maux de genoux. «Il lui a acheté un gyropode Segway pour l’aider à se déplacer dans le garage et le tour a été joué.»  

Quelques citations...

«Le maintien en emploi des travailleurs âgés de 55 à 74 ans pourrait répondre en partie aux besoins accrus de main-d’œuvre en leur offrant des conditions favorables, notamment par des mesures d’aménagement et de réduction du temps de travail. Il ne reste plus qu’à espérer que la discrimination basée sur l’âge, encore malheureusement existante chez certains employeurs, disparaîtra bientôt afin que cesse le gaspillage de productivité au nom du jeunisme.»

«Pour encourager les retraités à rester actifs sur le marché du travail, les gouvernements devraient continuer à offrir des mesures incitatives et des avantages pour favoriser la poursuite de la carrière.»

«La retraite progressive est de plus en plus populaire. Elle permet de vivre une transition harmonieuse entre le travail et la retraite, elle fournit l’occasion de combiner revenu de travail et revenu de retraite et permet de demeurer actif tout en mettant à profit son expertise.»

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Douze raisons pour travailler à la retraite


1. Améliorer sa situation financière

2. Conserver un revenu décent

3. Augmenter son niveau de revenu

4. Continuer de se sentir utile

5. Structurer son quotidien

6. Maintenir sa forme physique et mentale

7. Continuer de travailler tout en vivant moins de stress

8. Continuer d’apprendre et de relever des défis

9. Demeurer en contact avec les gens

10. Partager ses connaissances, ses compétences et ses expériences

11. Obtenir une promotion

12. Réaliser de nouvelles tâches différentes

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Comment rester actif sur le marché du travail ?

1. Prendre une retraite progressive
2. Devenir travailleur autonome
3. Faire du télétravail
4. Devenir entrepreneur
5. Travailler à temps partiel
6. Demander un allègement des tâches
7. Occuper le même emploi chez un autre entrepreneur
8. Changer de carrière
9. Suivre une formation
10. Devenir mentor, superviseur ou coach

Source: Vivre pleinement sa retraite. Conseils et stratégies pour rester actif sur le marché du travail.