Dominic Shink, Sonia Bolduc, Linda Binet et Harold Vachon, dans la première rangée, sont accompagnés de leurs employés Shayne Raby, Mario Cliche, Jean-Louis Dumas et Guy Lafrance, à l'arrière.

Prendre la relève du patron

Quitter son emploi dans la fonction publique, avec deux enfants sous les bras, pour devenir maître de sa destinée et gérer sa propre entreprise? C'est ce que Sonia Bolduc a fait, sans aucune hésitation, quand est venue l'occasion pour son mari de racheter l'entreprise pour laquelle il travaillait depuis 10 ans.
Sonia Bolduc a 27 ans; Dominic Shink, 29. Les deux jeunes parents - leur dernier poupon n'a que neuf mois - sont les nouveaux propriétaires de l'ébénisterie Harold Vachon à Thetford Mines, en affaires depuis un quart de siècle. Le fondateur et son épouse Linda Binet, approchant la cinquantaine, ont choisi de délaisser petit à petit l'entreprise qu'ils ont bâtie de toutes pièces, comme les armoires de cuisine en bois, en mélamine ou en polyester qu'ils fabriquent sur mesure.
«C'était notre plan de carrière, on s'était toujours dit qu'à 50 ans, on passerait à autre chose», raconte Mme Binet, avouant qu'après 25 ans dans le domaine, «on a fait le tour du jardin». «Nos employés ont toujours su que nos deux enfants ne voulaient pas prendre la relève. Alors, quand on a appris que Dominic serait intéressé à reprendre le flambeau, on lui a dit que c'était maintenant ou jamais!»
«Depuis le début, je savais que je voulais devenir propriétaire d'une entreprise, mais je ne savais pas que j'achèterais ici, affirme pour sa part M. Shink. Je m'étais même bâti un garage chez nous dans le but de me partir à mon compte.»
Mais l'avenir en aura décidé autrement quand son patron lui a suggéré d'être son mentor pour les prochaines années, s'il acceptait de reprendre les rênes de l'ébénisterie. Sa femme ferait de même pour Mme Bolduc, pour assurer une transition en douce du côté des ventes, de la comptabilité et du service à la clientèle.
Le couple fondateur est donc passé en novembre dernier du statut de propriétaire à celui d'employé. Mme Binet ironise qu'elle travaille maintenant à temps partiel avec «seulement» 40 heures par semaine au lieu de 60...
L'ambition du jeune duo nouvellement propriétaire a séduit la Chambre de commerce de Lévis, qui lui a octroyé un «prêt d'honneur» de 30 000 $ dans le cadre du programme Prêt à entreprendre. «Le manufacturier demeure un secteur économique important de Chaudière-Appalaches, et les entreprises font souvent face à un manque de relève entrepreneuriale», explique Jérôme Gaudreault, directeur général de la Chambre de commerce.
L'ébénisterie Harold Vachon, qui conservera son nom d'origine, est la troisième entreprise de la Chaudière-Appalaches à bénéficier de ce petit coup de pouce, après Ro-Bois-Tic de Saint-Apollinaire et la Clinique de soins infirmiers de Lévis. «Le but est de soutenir les jeunes entrepreneurs, pas nécessairement jeunes en âge, mais jeunes en expérience», illustre M. Gaudreault.
Déployé à la grandeur du Québec, le programme lancé l'année dernière viendra en aide à quelque 300 entrepreneurs en cinq ans, pour un total de 7 millions $ en prêts sans intérêt.