Marie-Claire Cardinal et Xavier Boucher dirigent l’Orchestre symphonique de musique de film de Québec, une OBNL aidée par le projet d’économie sociale Sismic.

Pour une relève entrepreneuriale solidaire

Dès septembre, 19 incubateurs accompagneront les étudiants d’enseignement supérieur dans la création d’entreprises d’économie sociale, une première au Québec.

Lancé par le Chantier de l’économie sociale, le projet Sismic met à la disposition des écoles des mentors d’économie sociale dans 19 régions au Québec. «Nous avons constaté qu’il manquait de ressources sur le terrain et de lieux où on pouvait faire l’idéation de projets qui vont répondre aux besoins et aux aspirations des communautés», explique la directrice générale du Chantier de l’économie sociale, Béatrice Alain.

C’est ce qu’a remarqué le directeur général de l’Orchestre symphonique de musique de film de Québec, Xavier Boucher. «Les accompagnements entrepreneuriaux classiques ne sont pas très adaptés à ce genre de demandes-là», indique cet étudiant qui complète un certificat en entrepreneuriat. Pour lui, avoir accès à un mentor est un réel privilège. Cela lui permet de transformer le modèle économique de son entreprise. «Nous voulons donner aux étudiants de cycle supérieur une expérience professionnelle d’orchestre. L’accompagnement de Pierre-Alexandre Morneau-Caron du réseau Sismic me permet de procéder par étapes», affirme-t-il, reconnaissant.

Ainsi, se lancer en économie sociale est un réel défi en raison du manque de soutien pour les étudiants. «L’économie sociale n’est pas très représentée dans les cours d’économie ou d’entrepreneuriat. Sismic va permettre aux jeunes d’avoir plus rapidement accès à cette information-là», explique le Coordonnateur Sismic Capitale-Nationale, Pierre-Alexandre Morneau-Caron.

Un engouement

Après avoir fait la tournée des cégeps de Québec et des différentes facultés de l’Université Laval, Pierre-Alexandre Morneau-Caron a remarqué que l’entrepreneuriat collectif attire beaucoup les jeunes. «L’économie sociale répond à des enjeux qui touchent à la communauté avec des solutions entrepreneuriales et une gouvernance démocratique. Cela retire la perception de l’entrepreneuriat vorace, celui associé au méchant capitaliste», croit-il. En raison de cet engouement, l’Université Laval et Entrepreneuriat Laval se sont associés à Sismic Capitale-Nationale.

Même constat pour la directrice générale du Chantier de l’économie sociale. «Nous voyons de plus en plus de jeunes qui sortent de l’école et qui ne veulent pas travailler pour une grosse entreprise. Ils veulent plutôt travailler pour le bien-être de leur communauté», explique Béatrice Alain.

La mission de l’économie sociale : transformer le modèle économique actuel tout en impliquant les communautés et les membres dans la gestion, la réflexion et la gouvernance d’une entreprise. «On gère nos gouvernements de manière démocratique, et on considère que c’est la meilleure façon de faire, mais en entreprise, on a tendance à être un peu plus monarchique», déplore Pierre-Alexandre Morneau-Caron.

Selon Béatrice Alain, avec 11 200 entreprises d’économie sociale, le Québec est un modèle à l’international. «Il y a des initiatives d’économie sociale qui existent partout dans le monde, mais on voit que c’est en très grande croissance au Québec», explique-t-elle. Chaque année, le Chantier de l’économie sociale reçoit une dizaine de délégations internationales pour s’informer sur le modèle économique solidaire au Québec.

Ainsi, sensibiliser les jeunes à préserver cette vague d’entreprises sociales était au cœur des préoccupations du Chantier de l’économie sociale. «C’est pas parce qu’on est déjà fort qu’on ne peut pas faire mieux. On veut les sensibiliser et qu’ils aient des lieux de réflexions sur les besoins de la communauté», déclare Béatrice Alain.

+

UN ORCHESTRE SYMPHONIQUE DU 7E ART

Pour former la relève musicale de Québec, l’Orchestre symphonique de musique de film de Québec souhaite changer son modèle d’affaires pour se diriger vers une économie plus solidaire.

Au centre-ville, dans l’édifice imposant du Conservatoire de musique de Québec, deux bacheliers en musique, Xavier Boucher et Marie-Claire Cardinal, se retrouvent pour discuter d’un projet bien spécial : l’Orchestre symphonique de musique de film de Québec (OSMFQ).

Créé en 2012 pour répondre au manque d’orchestre symphonique parascolaire, l’OSMFQ a voulu offrir une première expérience professionnelle aux étudiants. Et ce, par le biais d’interprétations d’œuvres symphoniques cinématographiques. Qu’il s’agisse de la trilogie du Seigneur des anneaux, de Forrest Gump ou de Chicago, l’OSMFQ offre une diversité de concerts, toujours en lien avec le 7e art.

«Nous nous sommes demandé si nous voulions jouer la même chose que ce que nous apprenons à l’école, du classique. Nous avons plutôt voulu nous distinguer», explique le directeur musical et général de l’OSMFQ, Xavier Boucher. Selon lui, la musique cinématographique est à la fois très accessible pour le public et très intéressante pour les musiciens.

Un regroupement de musiciens

Pour la vice-présidente et ancienne premier violon de l’OSMFQ, Marie-Claire Cardinal, il est important de regrouper tous les passionnés qui souhaitent avoir une expérience professionnelle. «Notre mission est de donner l’opportunité à des jeunes dans un orchestre. Ce n’est pas un cours où tu vas être noté. Il y en a beaucoup qui n’ont jamais fait d’orchestre, et l’OSMFQ leur permet d’essayer et d’acquérir certains réflexes», croit cette amoureuse de la musique.

Avec une cinquantaine de bénévoles, l’orchestre est constitué de musiciens amateurs et d’étudiants du Conservatoire de musique de Québec, du Cégep de Sainte-Foy et de l’Université Laval. «Les musiciens amateurs ont fait leurs études secondaires en concentration musique, mais dans leur programme actuel d’études, ils n’ont plus l’occasion de faire de la musique», explique Xavier Boucher.

Pour lui, qui a étudié à l’Université Laval, et Marie-Claire Cardinal, qui a étudié au Conservatoire, l’OSMFQ est un réel lieu de rencontre. En conciliant cinéma et musique, ils souhaitent créer un projet commun, et sont très fiers de participer au Festival de cinéma de la ville de Québec. «Il manque de lubrifiant social entre les différents organismes, les différents aspects artistiques et les écoles à Québec. Nous essayons de créer des liens», affirme le jeune homme.

Vers une économie solidaire

Pour avoir plus d’effets dans la communauté, l’OSMFQ se transformera en OBNL. Pour Xavier Boucher, une entreprise d’économie sociale permet de redonner au milieu. «De moins en moins de personnes vont voir un orchestre. Avec l’économie sociale, on veut permettre aux gens de découvrir ce qu’est un orchestre», explique-t-il.

Très reconnaissant du temps précieux des nombreux bénévoles, Xavier Boucher espère que cette modification du modèle d’affaires permettra de les rémunérer. Actuellement étudiant au certificat en entrepreneuriat, il est allé chercher du soutien à la Centrale entrepreneuriale de l’Université Laval, où il a rencontré le coordonnateur Sismic Capitale-Nationale, Pierre-Alexandre Morneau-Caron. «Nous sommes en pleine période de transition. Le projet Sismic vient ajouter son grain de sel en m’aidant. J’ai de l’expérience pour gérer un orchestre, mais il y a beaucoup d’étapes que j’ignore par rapport à l’OBNL», explique-t-il, content de l’accompagnement de M. Morneau-Caron. Maude Petel-Légaré