Postes Canada a prévenu qu'il faudra plusieurs semaines, voire jusqu'en 2019, pour dégager le courrier qui s'accumule.

Postes Canada: le syndicat reproche à Ottawa de lui retirer son droit de grève

OTTAWA - Alors que les parlementaires fédéraux s'apprêtaient à forcer la fin des grèves tournantes à Postes Canada, le mouvement syndical a accusé le gouvernement de poser ainsi un geste inconstitutionnel.

Le président du Congrès du travail du Canada (CTC) et celui du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) ont tenu une conférence de presse vendredi matin, dans un édifice parlementaire, au moment où les députés des Communes reprenaient le débat pour une adoption rapide d'un projet de loi spéciale.

Hassan Yussuf, le président du CTC, a entamé la conférence de presse en rappelant que la Cour suprême a déjà jugé inconstitutionnelle une loi de retour au travail.

«Une leçon aurait dû être apprise», a souligné M. Yussuf.

«Vous n'avez pas besoin de violer les droits des travailleurs», a lancé aux députés le président du STTP, Mike Palecek.

À l'étage au-dessus, dans la Chambre des communes, les députés néo-démocrates faisaient écho aux remontrances des syndicats pendant que la ministre du Travail, Patricia Hajdu, arguait qu'il était nécessaire d'adopter une motion qui allait assurer un vote très rapide sur le projet de loi.

Le gouvernement prévoyait une adoption de la loi vendredi soir ou tôt samedi matin et les sénateurs étaient prêts à siéger samedi et dimanche pour terminer le travail.

Le gouvernement assure qu'il est encore possible pour l'employeur et le syndicat de s'entendre. «Nous croyons dans le processus de négociation collective», a répété la ministre Hajdu en Chambre.

«La loi spéciale n'aide pas Postes Canada à être motivé à régler la situation», lui a répondu lors de la conférence de presse du STTP Nancy Beauchamp, une négociatrice du syndicat.

«Le temps est venu pour passer à l'action. Je suis responsable du bien-être de tous les Canadiens», a répété la ministre à sa sortie des Communes, citant en exemple les besoins des petites entreprises «qui vendent de la marmelade».

Démonstrations de force

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh s'est présenté à son tour au foyer de la Chambre des communes accompagné d'une quinzaine de travailleurs des Postes, vendredi après-midi. Trois d'entre eux ont pris le micro pour répéter leurs récriminations contre leur employeur, détaillant leurs demandes en matière d'équité salariale et de santé et sécurité.

«En proposant la loi spéciale (...), ils ont complètement annulé toute chance d'avoir une solution négociée», a accusé M. Singh.

Sa députée Karine Trudel a avoué son impuissance devant la manoeuvre du gouvernement libéral qu'elle ne peut ni bloquer ni retarder.

«De la façon dont le projet de loi sera débattu (...), on a les mains liées complètement. (...) Il n'y a aucun moyen de débattre davantage. (...) Ils ont tout verrouillé», a-t-elle confié.

Au cours des débats vendredi soir, les députés néo-démocrates ont d'ailleurs quitté la Chambre des communes «afin de manifester leur opposition à la motion anti-démocratique du gouvernement qui s'attaque aux droits des travailleurs et travailleuses», a indiqué Jagmeet Singh dans un communiqué.

Si la loi apparaissait inévitable vendredi, les syndicats n'avaient quand même pas l'intention d'en rester là.

«Nous serons de retour devant les tribunaux. Et nous obtiendrons un jugement des cours qui, encore une fois, conclura que le gouvernement a violé un droit fondamental de la Constitution, (...) le droit à la grève», a dit M. Yussuf.

M. Palecek, lui, songe à des actions plus rapides. «Nous ne sommes pas d'humeur à accepter un autre viol de nos droits constitutionnels. (...) Nous avons toutes sortes de façons de mettre de la pression sur ce gouvernement. Nous nous mobiliserons dans les rues s'il le faut», a averti le président du STTP.

Les employés de Postes Canada pourraient aussi bénéficier d'un allié inattendu dans cette lutte: le Sénat.
Une lettre envoyée vendredi soir à la ministre Hajdu par deux sénatrices indépendantes laisse en effet entendre que les sénateurs ne sont peut-être pas tous d'accord avec la décision du gouvernement de recourir à une loi spéciale.

Dans leur missive, Diane Griffin et Frances Lankin s'inquiètent qu'une telle loi forçant des travailleurs à mettre fin à une grève légale n'enfreigne la Charte canadienne des droits et libertés, qui stipule que la «liberté d'association est une liberté fondamentale».

Les deux sénatrices rappellent également au gouvernement qu'il a promis de fournir à la chambre haute un énoncé montrant en quoi le projet de loi spéciale ne contrevient pas à la Charte, mais qu'il ne l'a toujours pas fait.

Les grèves tournantes des employés de Postes Canada se sont poursuivies vendredi à Ottawa, à Sherbrooke, au Québec, ainsi que dans de petites villes de l'Ontario et de la Colombie-Britannique.

Postes Canada calcule qu'il faudra plusieurs semaines pour dégager le courrier qui s'accumule, surtout dans de grands centres de distribution comme Toronto, Montréal et Vancouver. Le syndicat, lui, assure qu'il n'y a pas d'accumulation importante malgré les arrêts de travail.

La convention collective actuelle est expirée depuis le 31 décembre 2017.