Le député conservateur de Portneuf-Jacques-Cartier, Joël Godin, et le directeur des ventes de Structures Ultratec de Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, Philippe Beaudoin. Le Soleil, Nicolas Perron-Drolet

Portneuf-Jacques-Cartier: une coopérative pour recruter des travailleurs étrangers

Dans ses tournées d’entreprises, Joël Godin se fait rabâcher les oreilles avec le même discours. «M. le député, nous manquons cruellement de main-d’oeuvre. C’est rendu dramatique. Il y a péril en la demeure.»

«J’aurais pu me contenter de chialer comme tout bon député de l’opposition, mais j’ai choisi de mettre l’épaule à la roue et de proposer, avec des employeurs de ma région, une formule innovante», déclare l’élu conservateur de Portneuf-Jacques-Cartier à la Chambre des communes.

Avec la collaboration de cinq entreprises de son coin de pays — Structures Ultratec, Preverco, Polycor, Freneco et Sélection du pâtissier — Joël Godin propose la création d’une coopérative dont l’objectif serait d’accueillir, dans un premier temps, 50 travailleurs étrangers non qualifiés dans Portneuf-Jacques-Cartier.

«Les cinq employeurs s’engagent à investir individuellement 40 000 $ pour recevoir chacun dix travailleurs dans leurs murs», a expliqué Joël Godin, jeudi, au cours d’une conférence de presse tenue chez Structures Ultratec à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier.

«Ces travailleurs seraient sous la responsabilité de la coopérative qui verrait à les placer dans les entreprises selon les besoins exprimés par ces dernières. C’est un concept tout à fait innovateur», a fait valoir le député.

Actuellement, un employeur peut faire appel à un travailleur étranger non qualifié pour une période d’un an seulement. Si, au bout de huit mois, il n’a plus d’ouvrage à lui offrir, il doit le retourner dans son pays.

«Peut-être qu’une autre entreprise pourrait avoir besoin de lui à ce moment-là ? Alors, pourquoi ne pas permettre un peu de mobilité d’un employeur à un autre ? Bien que je crois que les entreprises voudront garder les travailleurs venus d’ailleurs, car les besoins sont grands partout.»

C’est le cas de Structures Ultratec qui, à l’occasion, vit des surcroîts de travail.

«Nous devons, bien souvent, refuser des contrats ou encore proposer à nos clients de reporter leur exécution, car nous n’avons pas la main-d’oeuvre suffisante à ce moment-là», a expliqué le directeur des ventes, Philippe Beaudoin.

Le directeur des ressources humaines de l’entreprise, Nicolas Girard, a ajouté qu’il faut actuellement entre six et neuf mois pour recruter un travailleur étranger. «C’est trop long. C’est rare, dans notre industrie, que l’on connaisse six ou mois d’avance le contenu de notre carnet de commandes.»

Entre les mains des ministres

Dans le projet pilote de coopérative de travailleurs étrangers mis de l’avant par Joël Godin et les entreprises de la région de Portneuf, il est prévu de prolonger d’une année à deux la durée du permis de travail temporaire accordé aux travailleurs étrangers. «Ça lui donne le temps de s’intégrer et ça donne le temps à l’employeur de le former», a indiqué l’élu conservateur qui propose également des allégements à la réglementation sur l’immigration pour permettre, entre autres, que les travailleurs étrangers puissent être accompagnés par leur famille lors de leur séjour au Canada.

Joël Godin entend présenter, dans les prochaines semaines, le projet de coopérative de travailleurs étrangers au ministre québécois de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, David Heurtel, et au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed D. Hussen. L’objectif est de faire en sorte que le premier travailleur étranger recruté par la coopérative mette les pieds dans Portneuf en septembre.

«Ils n’auront pas le choix d’acquiescer à notre demande. Il ne s’agit pas d’une fantaisie d’un député de l’opposition, mais une initiative portée par des entreprises qui sont créatrices de richesse dans leur région et qui sont déterminées à résorber leurs problèmes récurrents de pénurie de main-d’oeuvre. Honnêtement, je ne vois pas comment les deux ministres pourraient nous imposer une fin de non-recevoir. Si c’est le cas, notre projet prometteur va mourir au feuilleton.»

Preverco

Président de Preverco, Jean-François Dufresne a indiqué que son entreprise avait tenté sa chance du côté du recrutement international, mais que les résultats avaient été décevants. «Ce n’est pas notre force, le recrutement à l’étranger», a mentionné l’entrepreneur en soulignant que la coopérative apportera une expertise qui, trop souvent, fait défaut aux PME.

Du personnel, le fabricant des planchers de bois franc en manque. «Je pourrais embaucher 30 personnes sur-le-champ, surtout pour les postes de soir et de fin de semaine. C’est bien beau l’automatisation des processus, mais il y a des limites.»

«La situation actuelle nous empêche de produire à plein régime et de répondre aux besoins de nos clients. Elle met beaucoup de pression sur nos équipes.»