Mélanie D'Astous est la seule femme pompière pour la SOPFEU à Baie-Comeau.

Pompière forestière: avoir le feu sacré

Aimeriez-vous passer votre été à travers des nuages de mouches noires, dans la fumée épaisse et une chaleur intense, à pratiquer un métier quand même dangereux? Mélanie D'Astous, elle, adore ça! Même si elle doit passer de longues périodes sans voir conjoint et enfants.
Mélanie D'Astous est une pompière forestière d'expérience, rattachée à la base de Baie-Comeau de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) depuis 1997. Depuis neuf ans, elle est agente de protection, qui peut gérer sur le terrain une équipe d'une centaine de pompiers forestiers souvent très costauds face à Mélanie, qui fait peut-être 1,6 mètre. Mais il y a déjà longtemps qu'elle a mérité le respect de ses collègues masculins.
«J'ai peut-être eu à en donner un peu plus qu'un homme quand j'ai commencé, mais ce n'était pas négatif», lance celle qui est entrée dans le métier à l'âge de 19 ans. «Mes collègues ont probablement été impressionnés par le fait que je n'étais pas "fifille" et je n'ai jamais demandé de traitement de faveur. Je logeais à deux par chambre dans les camps, comme les hommes. C'est en faisant sa job comme tout le monde qu'on se fait respecter.»
En soulignant que deux vétérans l'avaient pris sous leurs ailes à son arrivée à la SOPFEU, la dynamique pompière s'est rapidement intégrée au groupe de mâles. «Je n'ai jamais rien eu de déplacé ou de désobligeant à signaler, mais faut quand même pas s'en laisser imposer. Ça prend un peu de caractère pour prendre sa place et je confirme que j'en ai», lâche-t-elle dans un grand éclat de rire.
Et quel est le plaisir de faire tout ce qui est écrit au début de ce texte? «Combattre un feu de forêt, ça me donne toute une dose d'adrénaline qui me motive comme rien d'autre, assure-t-elle. L'intensité que ça apporte et la satisfaction que j'ai après avoir fait notre travail, c'est ma récompense, ma paie. J'adore ce défi-là. Le travail routinier, ce n'est pas fait pour moi.»
Sur les lieux d'un incendie, la vie n'est pas une balade dans la nature pour les pompiers forestiers. Quand ils sont appelés pour une intervention, ils peuvent travailler durant 24 jours avant d'avoir une première journée de congé. «L'an dernier, j'ai passé deux mois à Manic-5 avant de revenir», confie la seule pompière de la base de Baie-Comeau, qui a la chance d'avoir un conjoint, éducateur spécialisé, qui ne travaille pas l'été. Il peut ainsi s'occuper de l'enfant du couple et des deux issus de sa précédente union.
Quand elle ne dirige pas les opérations d'un incendie, Mélanie D'Astous entre à la base à 8h. En tant qu'agente de protection, elle doit entre autres préparer les équipes pour une éventuelle intervention, pendant que les autres pompiers font l'entretien du matériel ou de l'inspection sur de la machinerie forestière. L'hiver, elle prépare et planifie la formation de ses hommes et monte les entraînements spécifiques à la tâche. «Mais dès février, j'ai des fourmis dans les jambes et j'ai hâte à l'été», ajoute-t-elle en riant encore.
Mélanie D'Astous est la seule femme pompière pour la SOPFEU à Baie-Comeau, mais il y en a quelques-unes ailleurs au Québec qui l'ont imitée au fil des ans.
La base de Baie-Comeau compte aussi sur une autre pionnière, Claudie Desbiens, seule femme aéropointeure dans la province. L'aéropointeur gère les airs autour des feux de forêt et guide les avions-citernes dans leurs attaques contre l'élément destructeur.
***
Un travail de volonté et d'endurance
Il faut évidemment un intérêt particulier pour la forêt si on veut pratiquer le métier de pompier forestier. Mais d'abord et avant tout, il y a des préalables scolaires à atteindre avant de pouvoir vivre cette palpitante expérience.
Pour devenir pompier forestier, il faut au minimum un diplôme d'études professionnelles (DEP) dans un domaine connexe à la foresterie. Et pour passer à l'échelon supérieur, celui d'agent de protection, comme Mélanie D'Astous, le candidat doit détenir un diplôme d'études collégiales en technique forestière.
«Même s'il faut lever des charges parfois lourdes, il n'est pas nécessaire d'être excessivement fort pour faire ce métier. Il s'agit d'avoir de la volonté, d'être prêt à mettre l'effort qu'il faut, d'avoir du chien et de l'endurance», énumère la pompière parmi les prédispositions de base du métier, sans oublier bien sûr le goût du travail en équipe.
«Sur le feu, ça crée des liens très forts. Il faut se faire confiance et on développe pratiquement des liens familiaux, ajoute-t-elle. On doit se faire confiance car chaque geste posé sur le feu a des conséquences, qu'il faut connaître et prévoir.»
Malgré les apparences, Mélanie D'Astous assure que le danger n'est pas son quotidien. «J'ai déjà eu par exemple à évacuer d'urgence des blessés par hélicoptère, mais je n'ai pas vraiment vécu de situation dangereuse. Tout ce qu'on fait, on le fait de façon sécuritaire.»
C'est d'ailleurs sur ce point, la sécurité, que l'agente de protection estime que le métier a le plus évolué depuis ses débuts, il y a 17 ans. «Côté santé et sécurité, ergonomie de l'équipement, entraînement, les choses ont vraiment changé. On est également en formation continue sur de nombreux sujets comme les techniques d'abattage, le RCR [la réanimation cardio-respiratoire] ou les piqûres d'insectes», conclut Mélanie D'Astous, qui signale que le métier est moins folklorique qu'avant.
***
À votre prévention
Malgré des années de prévention, une bonne proportion des feux de forêt que combattent Mélanie D'Astous et ses centaines de collègues chaque année au Québec sont encore d'origine humaine. «C'est beaucoup mieux qu'avant, mais il y a toujours un peu de négligence de la population par rapport à ça», souligne l'agente de protection. «Il faut encore faire beaucoup de prévention.» À votre prochain passage en forêt, soyez donc attentifs à tout ce qui pourrait provoquer un incendie. Évidemment, il faut aussi respecter les interdictions de faire des feux à ciel ouvert, relayées par la SOPFEU lorsque le danger d'incendie est trop élevé.