Le premier ministre Philippe Couillard à l'occasion du lancement de l'initiative sur les Pôles régionaux d'innovation

Pôles régionaux d'innovation: des élus dénoncent le dédoublement de structures

Une manne de 32 millions $, personne ne va lever le nez là-dessus. N’empêche que des élus de la région de la Chaudière-Appalaches jugent que le gouvernement du Québec n’a guère tenu compte d’eux en créant les pôles régionaux d’innovation.

Au moins trois municipalités régionales de comté (MRC) de la Chaudière-Appalaches ont exprimé publiquement leur mécontentement à l’égard de cette initiative mise de l’avant par le gouvernement libéral et présentée comme le «nouveau modèle de développement régional pour le Québec du 21e siècle.»

Les MRC des Appalaches, de Bellechasse et de La Nouvelle-Beauce dénoncent le dédoublement de structures imposé par Québec. Elles ne manquent pas de rappeler qu’en 2015, les libéraux avaient coupé plus de 40 millions $ dans le financement du développement économique régional. Des centres locaux de développement (CLD) ont dû mettre la clé sous la porte. D’autres ont dû réduire de moitié les services offerts aux entrepreneurs.

«Le gouvernement du Québec, qui ne cesse de dire que les MRC sont des gouvernements de proximité par excellence, a agi sans tenir compte de notre expertise dans le développement économique de notre milieu», affirme le maire de Sainte-Marie et préfet de la MRC de La Nouvelle-Beauce, Gaétan Vachon. Il mentionne que dans son milieu, pas moins de 50 % du budget en développement économique sur le territoire s’était envolé en fumée à la suite des compressions imposées par le gouvernement dans la foulée des négociations menées pour le renouvellement du pacte fiscal.

«Ça m’agace de voir qu’un organisme de Shawinigan décidera, en fin de compte, des projets de mon coin de pays qui pourront recevoir des sous dans le cadre du programme des pôles régionaux», expose M. Vachon en entrevue au Soleil.

Dans une résolution adoptée par la MRC de La Nouvelle-Beauce, les maires «souhaitent» que l’enveloppe des 32 millions $ réservés à l’appel de projets pour la création des pôles régionaux d’innovation soit remise directement aux MRC «afin qu’elles puissent sensibiliser et accompagner les entrepreneurs sur le plan de l’innovation.»

Avec d’autres élus de la Beauce, le maire de Sainte-Marie a eu l’occasion, il y a quelques semaines, de livrer son message directement au premier ministre Philippe Couillard alors que ce dernier faisait un arrêt dans la région de la Chaudière-Appalaches.

«Il nous a dit qu’il était sensible à notre prise de position. Il nous a aussi mentionné qu’il y avait de l’argent sur la table et que si nous ne soumettions pas de projets, d’autres régions vont se l’accaparer», raconte Gaétan Vachon en mentionnant que les municipalités de la région de la Chaudière-Appalaches allaient se concerter pour déposer un projet en vue d’obtenir leur part du gâteau.

«Des lieux de convergence»

Rappelons qu’au début du mois de février dernier, Québec annonçait un investissement de plus de 32 millions $ pour soutenir la création et la mise en œuvre de 18 pôles régionaux d’innovation et d’un réseau national dans le cadre du futur Plan d’action gouvernemental en entrepreneuriat.

«Les pôles régionaux d’innovation constitueront des lieux de convergence favorisant l’entrepreneuriat, la créativité et l’innovation», faisaient alors valoir les ténors gouvernementaux. «Ils auront pour objectif de stimuler la collaboration et la concertation entre les différents acteurs socio-économiques. Ils permettront également d’orienter les entrepreneurs actuels, ou en devenir, vers des services d’accompagnement spécialisés ou encore de les aider à saisir des occasions d’affaires, de concert avec les partenaires régionaux existants.

La Fédération des chambres de commerce du Québec a applaudi la création des pôles régionaux d’innovation.

«L’annonce est intéressante puisqu’elle s’appuie sur des expériences structurantes visant notamment à initier, à la grandeur du Québec, le développement de projets en innovation, en partenariat avec le milieu régional. L’une des planches de salut des régions passe certainement par le branchement sur le monde, l’attraction de talent et la capacité à garder les jeunes dans leur environnement», avait déclaré le pdg de la FCCQ, Stéphane Forget.