Il faudrait un revenu d’environ 27 000 $ à une personne seule et de 58 000 $ à un ménage comptant deux jeunes enfants afin de se sortir la tête de l’eau, selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Plus d’argent nécessaire pour se sortir la tête de l’eau

Très loin devant l’aide sociale, loin devant le seuil de pauvreté fixé par l’État, il faudrait un revenu d’environ 27 000 $ à une personne seule et de 58 000 $ à un ménage comptant deux jeunes enfants afin de se sortir la tête de l’eau, selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Les gouvernements essaient de déterminer un montant au-delà duquel les besoins élémentaires sont comblés, observe l’auteur de l’étude publiée annuellement depuis 2015, le chercheur Philippe Hurteau. Mais il faudrait plus d’argent dans les poches pour surnager. «Simplement ne plus être en situation de manque ne signifie pas une sortie de pauvreté. Une personne qui couvre ses besoins de base est encore en situation de pauvreté.»

Beaucoup de dépenses ne seraient pas prises en compte dans le «seuil de pauvreté» traditionnel, poursuit-il. Il y a le dentiste à entretenir et les lunettes à payer, par exemple. Aussi des vêtements potables à acheter. Pourquoi pas un resto par mois et des vacances modestes. «Aller une semaine en vacances en famille, ce n’est pas un luxe.»

Sans compter les dettes à rembourser. Si les personnes à faible revenu n’arrivent pas se libérer du crédit pour mettre un petit pécule de côté, elles ont en main un aller simple pour retomber, évalue M. Hurteau, titulaire d’un doctorat en science politique. «La sortie de la pauvreté, c’est quand les gens ont assez d’argent pour faire des choix.»

Avec son indicateur de «revenu viable», l’IRIS, qui penche ouvertement à gauche, espère donc soulever le débat sur l’écart entre «la stricte couverture des besoins de base et une réelle sortie de la pauvreté». Le «rêve le plus fou» de M. Hurteau serait d’ailleurs que le gouvernement du Québec récupère son indice et l’utilise pour jauger ses politiques.

Soulignons que le «revenu viable» varie d’une ville à l’autre. Il faut ainsi plus de gains à Sept-Îles qu’à Québec ou Montréal pour atteindre ce niveau de liberté économique souhaité par l’IRIS. Pourquoi? «Il n’y est pas possible de se déplacer de manière convenable si on n’est pas propriétaire d’une automobile.» Dans les grands centres, un abonnement au réseau de transport en commun peut suffire.