Au Québec, le prix de l'alcool a augmenté de 15 % entre 2002 et 2014, comparativement à 22 % pour l'ensemble des biens de consommation.

Plus cher pour la bière et le vin dès vendredi

Il vous reste la journée pour faire des provisions. À partir de vendredi, chaque caisse de 12 bières coûtera 53 ¢ de plus, alors que le prix de la bouteille de vin achetée à la Société des alcools du Québec (SAQ), au dépanneur ou à l'épicerie augmenta de 21 ¢. Mais si vous consommez davantage d'alcool au resto ou dans les bars, cet ajustement de taxes prévu au dernier budget pourrait théoriquement vous faire économiser.
Cette mesure portant le nom poétique d'«uniformisation des taux de la taxe spécifique sur les boissons alcooliques» est contenue dans le budget du ministre des Finances Carlos Leitão déposé le 4 juin dernier. À partir du 1er août, la taxe augmenta de 13 ¢ sur chaque litre de bière vendu pour consommation à domicile et de 28 ¢ pour le même volume de vin ou de spiritueux. Le gouvernement ne cache pas que cette hausse lui permettra d'empocher 36 millions $ supplémentaires en taxes en 2014-2015.
La SAQ appliquera l'ajustement de taxes dès vendredi, mais «à cela s'ajoute un changement de prix que certains fournisseurs ont pu effectuer de façon à réduire l'impact de la hausse», explique la porte-parole Linda Bouchard. Dans la liste d'exemples qu'elle a fournie par courriel, la plupart des vins augmenteront légèrement, mais certains connaîtront une baisse de prix.
Mais, vous avez bien lu, il ne s'agit pas que d'une augmentation, mais bien d'une uniformisation de la taxe : on augmente la taxe pour l'alcool destiné à la consommation à domicile et on la réduit pour l'alcool destiné à la consommation dans les établissements, si bien qu'elle sera dorénavant au même niveau (voir le tableau). Traditionnellement, la taxe sur l'alcool vendu dans les établissements était beaucoup plus élevée que celle sur les mêmes produits destinés à la consommation à domicile. Dans son document explicatif sur son plus récent budget, le gouvernement se rend aux doléances des propriétaires de bars et de restaurants en affirmant qu'«une telle situation [était] discutable sur le plan de la neutralité fiscale».
De la musique aux oreilles de Renaud Poulin, président-directeur général de la Corporation des propriétaires de bars du Québec. «Ce n'est pas quelque chose d'énorme, mais c'est sympathique et très apprécié par les propriétaires qui décriaient depuis longtemps qu'il y avait une injustice.» Pour lui, les dépanneurs et la SAQ livrent aux établissements une certaine forme de concurrence et les taxes plus élevées pour les bars jouaient contre eux.
La réduction sera appliquée à la source, c'est-à-dire sur les prix qu'ils paient à leurs distributeurs. Plusieurs propriétaires inquiets que ces derniers en profitent pour augmenter d'autant leurs prix ont joint la Corporation, mais M. Poulin assure que jusqu'à maintenant, ce n'est pas le cas.
Qui paiera?
Puisque les restaurants et les bars paieront leur boisson un peu moins cher, la question à 100 $ est de savoir s'ils empocheront la différence ou s'ils en feront profiter leurs consommateurs. «C'est à la discrétion des propriétaires, mais je sais qu'il y en a beaucoup qui vont le faire», affirme M. Poulin, qui n'avait toutefois pas de chiffres précis à fournir.
Le Soleil a posé la question à quelques gestionnaires. Au Maurice Nightclub, on a sèchement fait savoir que ce n'était pas de nos affaires... Chez Les Rôtisseries St-Hubert, on répond que pour l'instant, il n'y aura pas d'effet sur les prix.
Le copropriétaire du Bistro L'Atelier, James Monti, voit les choses autrement. «On le fait dans un sens comme dans l'autre», c'est-à-dire qu'il refile aux clients les hausses comme les baisses de prix. Il en fait une question de concurrence, mais aussi «d'honnêteté».