Au cours des dernières années, Coveo a connu une progression météorique. Selon le chef de la direction Louis Têtu, l’entreprise de technologies de recherche et de personnalisation par intelligence artificielle vaut aujourd’hui 368 millions $US.

Pluie de 100 M $US sur Coveo

Une prolifique société d’investissements en technologie de Silicon Valley flaire une bonne affaire à Québec et fait pleuvoir 100 millions $US sur Coveo.

Fondée en 2004 par Laurent Simoneau auquel s’est associé, quelques années plus tard, l’entrepreneur en série Louis Têtu, Coveo fait son pain et son beurre dans les technologies de recherche et de personnalisation par intelligence artificielle. Dans les faits, Coveo a été l’une des premières entreprises au Canada à commercialiser les applications liées à l’intelligence artificielle.

En clair, Coveo permet à ses 1500 clients à travers le monde d’accéder et de personnaliser l’information qu’ils détiennent sur les consommateurs fréquentant leur site Internet.

Les technologies de recherche intelligente de pointe développées dans la capitale permettent, par exemple, au câblo-opérateur américain Comcast de suggérer à ses abonnées les films qui pourraient les intéresser sur Netflix, et ce, à partir d’une analyse fine et minutieuse de leurs préférences et de leur comportement.

Au cours des dernières années, Coveo a connu une progression météorique. Les Gartner de ce monde — ces firmes indépendantes qui scrutent à la loupe la performance des principaux joueurs évoluant dans le marché des technologies — ont comparé à maintes reprises Coveo à des géants de la trempe de Google.

L’ascension de l’entreprise qui fait travailler 350 personnes à Québec, à Montréal, à San Francisco, à Londres et à Amsterdam n’est pas passée inaperçue.

Du moins, pas chez Elliott Management Corporation. 

Cette société d’investissements administre deux fonds totalisant environ 35 milliards $US d’actifs sous gestion.

Evergreen Coast Capital, une filiale d’Elliott Management, gère le portefeuille d’investissements technologiques. C’est elle qui vient de déposer 100 millions $US sur la table pour Coveo en contrepartie d’une participation de 27% dans l’actionnariat de l’entreprise qui a pignon sur rue sur le chemin des Quatre Bourgeois, à Québec.

«Evergreen mise sur les entreprises technologiques à très forte croissance, qui sont reconnues comme leader par la clientèle, et qui sont fortement susceptibles d’accroître leur position concurrentielle encore davantage au sein de marchés à forte croissance», a déclaré le directeur principal d’Evergreen, Isaac Kim, par voie de communiqué de presse.

«À l’issue de la vérification diligente exhaustive que nous avons effectuée, nous en sommes venus à la conclusion que Coveo est le chef de file incontestable dans son marché d’applications axées sur l’apprentissage machine. La vaste expérience de son équipe de direction et sa supériorité en matière de recherche et développement nous portent à conclure que ce leadership ne pourra que s’accélérer à l’avenir.»

Joint à Toronto, Louis Têtu a parlé au Soleil d’une sorte de «consécration» pour Coveo.

«La réputation d’Evergreen Coast Capital n’est plus à faire dans l’industrie des technologies. C’est un gros joueur. Un très gros joueur.»

Ce qu’apporte l’investisseur de la côte Ouest américaine, c’est bien plus que 100 millions $US.

«L’accès au capital n’est pas un problème», expose le chef de la direction de Coveo. En effet, ces dernières années, la compagnie a mené des rondes de financement qui lui ont permis d’engranger 75 millions $.

«Evergreen Coast Capital nous apporte un levier qui va nous permettre d’accélérer la croissance de Coveo. Je parle ici de l’expertise de l’investisseur américain, de ses contacts. De nouvelles portes vont s’ouvrir à nous.»

Des embauches prévues

Évidemment, des embauches sont à prévoir. Principalement à Québec et à Montréal où 250 des 350 employés s’activent. Ne voulant pas divulguer les plans de croissance de son entreprise à ses compétiteurs, Louis Têtu refuse de préciser le nombre de nouveaux talents qui seront recrutés au cours des prochains mois par Coveo.

Ces dernières années, Louis Têtu a fait des montées de lait contre les gouvernements qui subventionnent les compagnies technologiques étrangères qui viennent établir leurs pénates au Québec et «volent» les travailleurs dont les entreprises d’ici ont tellement besoin. Des entreprises qui ramènent les profits dans leur pays d’origine.

«Avec Coveo, nous faisons la démonstration que nous sommes capables au Québec de bâtir des entreprises qui vont générer de la richesse chez nous. Et surtout de le faire avec des sous des Américains sans que l’on doive les payer pour qu’ils viennent débaucher nos talents et exporter la richesse créée ici. Cette richesse, nous n’irons pas la porter aux îles Caïmans non plus. On va réinvestir chez nous pour construire des écoles et des hôpitaux», s’enflamme Louis Têtu.

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TALEO, «PRISE DEUX»

En entrevue au Soleil, le chef de la direction de Coveo n’a pu s’empêcher de faire un rappel historique.

En 2012, Louis Têtu et son partenaire d’affaires Martin Ouellet vendaient leur bébé, Taleo, à la multinationale Oracle pour la jolie somme de 1,9 milliard $US.

Une année auparavant, M. Têtu émettait franchement l’hypothèse au Soleil qu’un jour, Coveo pourrait surpasser les succès de Taleo qui concevait, à l’époque, des solutions Internet pour le recrutement du personnel dans les entreprises. «J’ai l’impression de vivre Taleo, prise deux» a confié, mardi, l’homme d’affaires.

«Si Coveo continue sur sa trajectoire actuelle, il est tout à fait possible de croire qu’elle vaudra 1 milliard $US dans trois ans», a-t-il suggéré.

À l’heure actuelle, l’entreprise qui réalise 95% de son chiffre d’affaires à l’extérieur du Canada vaut 368 millions $US.