L’aventure de Marie-Claude Guillemette et de sa mère, Judith Moore, a commencé en 1990 à Saint-Damien-de-Buckland. Aujourd’hui, Plastiques Moore procure du travail à 85 personnes.

Plastiques Moore: l'habit ne fait pas la femme d'affaires

«Il y a deux ou trois ans de ça, on m’a interdit l’accès à une usine au Mexique, car je portais une robe!»

Être une femme en affaires comporte parfois son lot de défis et d’embûches. Par chance, cette situation est un cas isolé pour Marie-Claude Guillemette, cofondatrice de Plastiques Moore. 

Parions toutefois que d’autres femmes d’affaires auraient aussi des histoires similaires à raconter.

Dans le cadre de la Journée internationale des femmes, Le Soleil a choisi de mettre de l’avant l’une d’entre elles qui a su briller dans un monde d’hommes, comme on dit. Et qui a également été en mesure de marier travail et famille.

Mme Guillemette aurait pu choisir de créer une compagnie de maillots de bain ou de vêtements. La vérité, c’est qu’elle y a pensé. «Ce sont des thèmes plus féminins», reconnaît-elle. C’est finalement sur le secteur manufacturier qu’elle et sa mère ont jeté leur dévolu. Plus précisément sur une entreprise spécialisée dans la conception et la fabrication de pièces de plastique de précision moulées par injection.

L’aventure de Mme Guillemette et de sa mère, Judith Moore, a débuté à l’été 1990 à Saint-Damien-de-Buckland. Les deux femmes rêvaient alors de se démarquer dans le monde des affaires, mais sans savoir dans quel domaine. 

Il faut dire que l’ADN d’entrepreneur était déjà dans la famille. Le père de Mme Guillemette a été propriétaire d’un studio de photos et sa mère d’une imprimerie.

C’est justement lors d’une réunion familiale que l’avenir de la jeune entrepreneure se dessina. 

«Mon père et mon oncle étaient déjà dans le domaine du plastique. Ils m’ont conseillé de regarder pour la fabrication de petites pièces», raconte la présidente. «Lors de mon dernier cours de marketing à l’Université de Sherbrooke, j’ai demandé la permission de faire comme travail de session mon plan d’affaires et une étude de marché», poursuit-elle. 

De fil en aiguille, le 7 janvier 1991, Plastiques Moore voyait le jour. Mme Guillemette, qui avait déjà travaillé un été pour une entreprise dans le domaine du plastique, avait 23 ans. Durant sept ans, sa mère demeura à ses côtés pour poser les fondations de l’entreprise. Elle lui céda ensuite les rênes.

Aujourd’hui, Plastiques Moore, qui possède deux usines à Saint-Damien-de-Buckland, procure un gagne-pain à 85 personnes. Plusieurs travailleurs étrangers se sont joints à la famille. Ils proviennent des Philippines, de la France, du Vietnam, de la Colombie et du Chili.

«Les quatre Philippins qui sont chez nous depuis cinq ans vont faire venir leur famille cet été. On magasine actuellement des maisons», se réjouit Mme Guillemette, ne cachant pas que la main-d’œuvre qualifiée se fait rare.

Son entreprise brasse aujourd’hui des affaires entre autres au Canada, aux États-Unis et au Mexique dans les secteurs médical, automobile, militaire et industriel.

Le pied sur l’accélérateur

Preuve que la direction a le pied sur le champignon pour prendre de l’expansion, Plastiques Moore s’est récemment associée avec le manufacturier allemand Gaudlitz afin de partager des installations. Un partenariat qui lui permet maintenant de frapper aux portes de l’Europe, de la République tchèque et de la Chine. 

Il y a neuf ans, la direction avait conclu une entente similaire en sol mexicain, ce qui avait permis la naissance de Plasticos Moore. 

Aujourd’hui, ce terrain de jeu représente 30 % du chiffre d’affaires de l’entreprise qui oscille aux alentours des 20 millions $.

«Nous n’avons pas encore réalisé de vente du côté de l’Europe. On commence. Cela va être plus pour le secteur médical. Nous sommes en fabrication de moules», explique au Soleil Mme Guillemette. «Au Mexique, cette stratégie avait porté ses fruits. On espère les mêmes résultats. En échange, nous sommes la porte d’entrée pour Gaudlitz en Amérique du Nord et au Mexique», ajoute-t-elle.

C’est le conjoint de Mme Guillemette, aujourd’hui vice-président aux ventes, qui avait discuté avec les Mexicains à l’époque pour dénicher un partenaire d’affaires. 

«Lorsque nous l’avons trouvé et que mon conjoint lui a dit que c’était une femme qui était propriétaire majoritaire, il est venu voir de ses propres yeux», se remémore la femme d’affaires de 51 ans. 

Quant à l’interdiction d’entrer dans une usine en raison de sa tenue vestimentaire, elle précise qu’il s’agissait de l’établissement de l’un de ses clients. 

La direction de Plastiques Moore s’est par ailleurs dotée d’une enveloppe de 5 millions $ pour l’ouverture d’une installation du côté des États-Unis. L’objectif est 2020. 

Il reste à savoir si les premiers pas au pays de Donald Trump se feront par une acquisition ou par la location d’un établissement. «Nous avons trouvé des villes qui ont des locaux à louer. Avec la valeur du dollar canadien, ce n’est pas facile», avance la présidente, qui n’écarte pas la possibilité de réaliser cette première percée en collaboration avec un partenaire. 

Lorsqu’on parle de projets de croissance, il est souvent question de financement. Mme Guillemette estime que sa qualité de femme ne l’a jamais empêchée d’obtenir de l’argent. Elle avoue toutefois avoir eu le droit durant sa carrière à certains commentaires étant l’une des rares de la gent féminine dans son secteur. 

Travail-famille

Mère de trois enfants, Alicia, Anthony et Anne-Sophie Mercier, Mme Guillemette ne cache pas que la conciliation travail-famille est un élément important pour réussir en affaires comme femme. 

Son conjoint a justement choisi de la rejoindre dans l’entreprise familiale pour faciliter les horaires et les déplacements. Son autre boulot lui demandait souvent d’être sur la route durant près d’une semaine.

En 2013, Mme Guillemette et sa famille ont fait face à une difficile épreuve lors du décès d’Alicia, âgée de seulement 10 ans. Elle a perdu sa bataille contre le cancer. 

La femme d’affaires estime que son travail l’a aidée à traverser cette période plus sombre. 

«Cela a été très difficile. C’est la plus grosse épreuve que nous avons eue. Tous les deux, nous nous sommes absentés durant plusieurs mois. Nous avions une super équipe et elle a pris la relève», raconte-t-elle. «Honnêtement, notre travail nous a maintenus occupés. Cela nous a aidés à garder le cap. Nous savions à ce moment qu’une cinquantaine d’employés comptaient sur nous pour gagner leur vie. C’était une motivation supplémentaire.» 

Ces dernières années, Mme Guillemette a créé la fondation Alicia Mercier (www.aliciamercier.com) afin d’amasser des fonds pour soutenir les recherches de la clinique du Dr Bruno Michon, chef du département d’hémato-oncologie du CHUL.