Pendant 33 ans, le Saint-Laurent a constitué le lieu de travail de Serge Arcand.

Pilote de navire: sentinelle du Fleuve

«De nos jours, les portes des maisons se trouvent du côté des routes, si bien que le fleuve, on l'a un peu oublié. On a oublié ce qui s'y passe, l'importance de cette voie commerciale... et que les pilotes du Saint-Laurent représentent en quelque sorte les gardiens de sa sécurité et de son écologie.»
Le fleuve, Serge Arcand, lui, le connaît comme le fond de sa poche. La portion qui s'étend de Québec à Trois-Rivières et qui passe devant Deschambault-Grondines, son village natal, a constitué son lieu de travail pendant 33 ans. Retraité depuis quelques années, il est de ceux qui ont permis à des milliers de bateaux d'arriver sans encombre à destination.
Parce que sillonner le majestueux Saint-Laurent n'est pas une aventure de tout repos. Dès 1873, par exemple, le gouvernement fédéral met en place la Commission du Havre de Montréal pour coordonner le pilotage sur le fleuve entre Québec et Montréal. Même s'il a évolué au fil du temps, le métier ne date donc pas d'hier.
À une certaine époque, on disait qu'il y avait à Deschambault-Grondines un pilote à toutes les deux maisons. Serge Arcand raconte qu'un naufrage survenu à l'îlot Richelieu aurait mobilisé des résidents de Deschambault et de Lotbinière et que la vocation serait née à ce moment dans son village, un lieu d'ailleurs stratégique pour la navigation.
«En ce qui me concerne, c'est un cousin qui a fréquenté l'École de marine de Rimouski qui m'a le plus influencé. Mon père souhaitait que je fasse carrière dans l'administration, mais à 17 ans, j'ai décidé que je serais pilote du Saint-Laurent et je suis parti étudier. Ça a été le début d'un long cheminement; jusqu'à l'obtention d'une classe A, il faut compter 17 ans!»
Près de deux décennies à cumuler de l'expérience, à parfaire son apprentissage. L'«anatomie» de la plus longue voie de navigation en eau profonde sur la planète, ses courants, ses marées, ses conditions climatiques changeantes, les différents systèmes dont sont équipés les navires ne devaient plus avoir aucun secret pour le pilote.
«Actuellement, ce sont les équipages de 110 pays que nous accompagnons dans leur remontée ou leur descente du fleuve, indique M. Arcand, qui précise au passage que deux associations louent les services - obligatoires - de quelque 170 pilotes pour la prise en charge des bateaux sur le territoire compris entre Les Escoumins et Montréal.
Histoires d'eau
Du pétrolier au gigantesque navire de croisière en passant par le yacht de la reine d'Angleterre - qui n'était cependant pas à bord, puisqu'elle souffre, semble-t-il, du mal de mer -, Serge Arcand a pris les commandes de bâtiments variés tout au long de sa carrière, toujours motivé par le défi et les échanges culturels qui l'attendaient.
«Ce que j'aime, c'est de prendre un bateau de toute condition et de le mener à bon port. C'est aussi de rencontrer des gens. L'actualité, la situation géopolitique dans les pays d'où proviennent les navires, on la connaît à travers leur équipage et ça tue bien des mythes!» commente l'homme.
Lorsque interrogé à propos d'événements particuliers qui ont marqué son parcours professionnel, le navigateur ne manque pas d'évoquer les multiples «expériences culinaires» qu'il a forcément été appelé à vivre. Il y va également d'anecdotes parfois dramatiques concernant l'état des bateaux ou de ses occupants.
«Il n'y a pas si longtemps, je suis monté dans un bateau à Champlain et j'ai dû faire venir du PFK de Cap-de-la-Madeleine par bateau-pilote parce qu'il n'y avait plus rien à manger à bord... J'ai aussi vu, en janvier, un équipage de l'Inde en sandales et un bateau thaïlandais qui n'avait pas de chauffage et dont les toilettes étaient complètement gelées...»
Serge Arcand sourit, partage d'autres souvenirs, puis rappelle le rôle non négligeable que jouent les pilotes du Saint-Laurent dans l'économie nord-américaine, insistant par ailleurs sur l'importance d'une industrie qui fait travailler 47 000 personnes et qui se traduit par plus de 15 000 passages de bateau annuellement.
<p>Pendant quelques décennies, le moulin à vent de Grondines a été converti en station de signaux maritimes.</p>
Deux moulins sont témoins...
L'histoire des pilotes du Saint-Laurent est intimement liée à celle de Deschambault-Grondines. Depuis 250 ans, ce petit coin de paradis situé en bordure du fleuve a vu naître plus de 1000 navigateurs... et la tradition maritime y est encore bien vivante aujourd'hui.
«Dans un passé encore pas si lointain, tout se passait sur le fleuve!» émet d'entrée de jeu le coordonnateur du Comité des navigateurs de Deschambault, l'abbé Jacques Paquin. Dès 1771, une première goélette, baptisée Élizabeth, était construite à Deschambault, puis lancée sur le fleuve.
«C'est ce qui a marqué le début de la tradition maritime», reprend celui dont le père a été pilote du Saint-Laurent pendant plus de 35 ans et dont six membres de la famille, sur une période de 136 ans, ont embrassé la profession.
Magiciens d'eau
Depuis quelques années, le moulin de La Chevrotière propose au public une exposition qui raconte l'histoire maritime de Deschambault. Intitulée Magiciens d'eau, on y décrit notamment les activités de construction navale qui ont eu lieu aux abords de la rivière La Chevrotière au XVIIIe et au XIXe siècle.
À quelques kilomètres de l'ancien chantier naval, un autre témoin du passé révèle un pan complémentaire de l'histoire de la navigation sur le fleuve.
À travers une exposition permanente, le moulin à vent de Grondines affiche sa singularité, puisque le bâtiment fut converti, l'espace de quelques décennies, en station de signaux maritimes. 
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