Le vérificateur général du Canada, Michael Ferguson

Phénix: un «échec incompréhensible» et une «gestion médiocre»

OTTAWA — Libéraux et conservateurs se sont mutuellement jeté le blâme pour les ratés du système de paie Phénix après la publication, mardi, d'un rapport accablant du vérificateur général du Canada.

Michael Ferguson signale que le logiciel n'a pas été testé avant sa mise en oeuvre pour savoir s'il était prêt à être utilisé.

«Il était évident que ce système n'allait pas fonctionner et générer les économies promises», a-t-il constaté en conférence de presse en ajoutant que le gouvernement doit tenter de comprendre ce qui doit changer dans sa culture.

Phénix devait générer des économies annuelles de 70 millions $ après sa mise en oeuvre.

L'Alliance de la fonction publique, dont 100 000 membres vivent toujours des problèmes de paie, exige une enquête publique à l'échelle nationale pour faire toute la lumière sur ce fiasco.

«Comment se fait-il? Qui a décidé malgré toutes les recommandations, les signaux d'alarme qui ont été envoyés par les parties intéressées, qu'on aille quand même de l'avant», a demandé sa vice-présidente exécutive nationale, Magali Picard.

«On n'a pas le nom des responsables, a-t-elle continué. On n'est donc pas à l'abri qu'une situation comme celle-là se reproduise dans le futur.»

Dans son deuxième rapport sur les ratés de Phénix, le vérificateur général écorche le ministère des Services publics et Approvisionnement du Canada. Les trois cadres du ministère responsables de la mise en oeuvre du système de paie n'ont pas fourni «une information complète et exacte» aux sous-ministres. Ils ont même annulé un projet pilote pour tester le système dans un ministère, ce qui aurait pu éviter le fiasco que l'on connaît aujourd'hui.

«Nous avons conclu que le projet Phénix a été un échec incompréhensible de gestion et de surveillance de projet. Les cadres responsables de Phénix ont donné la priorité à certains aspects, comme les limites du budget et le calendrier, au détriment d'autres aspects essentiels tels que la fonctionnalité et la sécurité», écrit-il.

La décision de donner le feu vert était donc «déraisonnable», juge le vérificateur général, d'autant plus que Services publics et Approvisionnement Canada n'a pas tenu compte des mises en garde émises par le Centre de paie de Miramichi.

Cette erreur a coûté jusqu'à maintenant des centaines de millions de dollars au gouvernement. Un premier rapport du vérificateur général en novembre soulignait que les 540 millions $ prévus pour régler les problèmes du système de paie Phénix seraient nettement insuffisants et il faudra des années pour en venir à bout.

Le gouvernement a depuis fait savoir qu'il abandonnerait le logiciel.

Des dizaines de milliers de fonctionnaires fédéraux vivent toujours des problèmes de paie importants avec tout le stress que cela comporte. Le système de paie a entraîné des milliers de cas de trop-payés et d'employés qui ont cessé d'être payés pendant des semaines, voire des mois.

Un fait d'autant plus troublant que Phénix a été mis en oeuvre «sans être pourvu des fonctions essentielles au traitement de la paie», note M. Ferguson.

Services publics et Approvisionnement Canada a également omis de consulter les ministères touchés durant la phase de développement du logiciel pour s'assurer qu'il répondait à leurs besoins.

Résultat : le système Phénix s'est avéré inefficace et plus coûteux que l'ancien système de paie qui était en place depuis 40 ans pour traiter la rémunération des 290 000 fonctionnaires fédéraux.

Pas de boni

Aucun des trois cadres responsables n'a reçu de prime de rendement pour gérer les ratés de Phénix, a assuré le secrétaire parlementaire de la ministre de l'Approvisionnement, Steven MacKinnon, en conférence de presse.

«Le gouvernement précédent a imposé la culture dont on parle abondamment, a imposé cette exigence-là d'économiser des dizaines de millions de dollars, de renvoyer des centaines de fonctionnaires et de défaire en quelque sorte la capacité du gouvernement de payer ses propres fonctionnaires», a-t-il dit.

«C'est à eux que j'attribue le blâme et qui doivent porter l'odieux de la situation», a-t-il ajouté.

La ministre Qualtrough s'est, quant à elle, dite satisfaite des mesures qui ont été prises envers ces employés sans toutefois en préciser la nature ni révéler leur identité.

Les conservateurs veulent faire témoigner ces trois cadres en comité parlementaire. Ils blâment le gouvernement Trudeau pour avoir donné le feu vert à la mise en oeuvre du système.

«Notre gouvernement a fait ce qu'il fallait, a exercé les contrôles suffisants sur un projet compliqué qui faisait l'objet de mises en garde et c'est ce que les libéraux n'ont pas fait», s'est défendu l'ex-président du Conseil du Trésor sous le gouvernement Harper, Tony Clement.

Dans son rapport, le vérificateur général émet cinq recommandations, dont celle de créer un mécanisme de surveillance pour les projets informatiques de grande envergure. Le ministère de l'Approvisionnement et des Services publics et le Secrétariat du Conseil du Trésor les ont toutes acceptées.