Certains employés auraient été informés que leur transfert pourrait prendre un an ou plus à être complété.

Phénix: des fonctionnaires refusent des promotions et des congés

Les fonctionnaires fédéraux qui sont transférés d’un poste à un autre ou qui bénéficient d’une promotion pourraient devoir patienter pendant six mois avant que leur salaire ne les rattrape dans le système Phénix, préviennent des responsables à Ottawa.

Des employés pourraient donc être privés de dizaines de milliers de dollars pendant qu’ils attendent, sans parler de la confusion que la situation engendre.

Mais le problème est encore plus criant que le laissent entendre les libéraux: plusieurs employés refusent maintenant des promotions ou des congés parentaux par crainte de voir leur salaire se volatiliser entièrement, affirme le syndicat qui représente la majorité des employés du gouvernement.

Le temps moyen pour compléter le transfert d’un employé d’un poste vers un autre était d’environ 136 jours ouvrables à la mi-janvier, selon Services publics et Approvisionnement Canada, qui est responsable du système de paie Phénix.

Certains employés auraient été informés que leur transfert pourrait prendre un an ou plus à être complété.

«Nous avons certainement entendu bien pire que cela, a confié Chris Aylward, vice-président principal de l’Alliance de la fonction publique du Canada. On nous a dit jusqu’à un an, surtout quand les gens passent d’un ministère à un autre.»

La situation est particulièrement frustrante pour ceux qui obtiennent une promotion à un poste mieux payé, mais qui apprennent ensuite qu’ils devront attendre leur hausse salariale pendant des mois tout en effectuant des tâches plus stressantes.

«Nous reconnaissons que la situation est frustrante et difficile, a écrit Services publics et Approvisionnement Canada dans un courriel. Toutefois, les employés continuent à recevoir le salaire de leur ancien poste jusqu’à ce que le transfert de leur salaire à leur nouveau poste soit complété.»

Le temps d’attente pour un transfert a considérablement augmenté au cours de la dernière année, lorsque le gouvernement a décidé de s’occuper en priorité des fonctionnaires qui avaient été sous-payés - ou pas payés du tout.

Du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, avant l’arrivée du système de paie Phénix, le temps moyen de traitement du transfert d’un employé d’un poste vers un autre était de seulement 17 jours ouvrables, soit moins d’un mois, a dit par courriel Services publics et Approvisionnement Canada.

L’année suivante, pendant que le système Phénix était déployé, le temps d’attente moyen pour le transfert d’un salaire a pratiquement triplé, à 45 jours ouvrables. Le système Phénix a été lancé en deux phases en 2016, en commençant par une trentaine de ministères, départements et organismes vers la fin du mois de février de cette année-là.

Des dizaines de milliers de fonctionnaires touchés

La deuxième vague a touché 67 ministères, départements et organismes en avril 2016, même si les syndicats et le gouvernement étaient alors inondés de récits d’employés qui peinaient à recevoir leur dû. L’été venu, le gouvernement a dû reconnaître que quelque 80 000 fonctionnaires étaient touchés par des problèmes importants concernant leur salaire.

Même si on a tout d’abord prédit que le système aurait été réparé au bout de quelques mois, les problèmes n’ont pas seulement perduré, ils se sont intensifiés au point où quelque 200 000 fonctionnaires étaient concernés à la fin de 2017, selon Services publics et Approvisionnement Canada.

Le ministère assure qu’il traite maintenant en priorité le dossier des employés transférés et espère mettre au point cette année un nouveau régime pour encadrer le tout.

«Un nouveau procédé de transfert des employés est maintenant perçu comme une priorité et fera partie de l’initiative «RH à la paie» au début de 2018», a dit le ministère par courriel.

M. Aylward n’en croit rien.

«Ils disent que les trop payés sont une priorité, que les T4 sont une priorité, que la mise en oeuvre des conventions collectives est une priorité et maintenant ils disent que les transferts d’un poste à un autre sont une priorité, a-t-il souligné. Tout est une priorité, donc rien n’est une priorité. C’est ce qui nous inquiète.»

Les délais de transfert des salaires brouillent aussi les chiffres des ministères et départements qui continuent à comptabiliser les salaires d’employés qui sont rendus ailleurs. Les responsables doivent souvent verser les salaires de gens qui ne travaillent plus pour eux, et ils paient parfois deux salaires pour un même poste si l’employé parti a été remplacé. D’autres choisissent tout simplement de ne pas pourvoir le poste en attendant que le transfert du salaire ait été complété, explique M. Aylward.

«Leurs budgets pour les salaires sont complètement détraqués. Je ne sais pas comment les ministères s’en tirent.»

Des représentants des syndicats et du gouvernement fédéral ont rencontré la Commission des relations de travail et de l’emploi dans le secteur public fédéral le 31 janvier. Le Conseil du Trésor a alors admis qu’il n’avait pas respecté l’échéancier de mise en oeuvre de quatre conventions collectives.

L’Alliance de la fonction publique du Canada a demandé à la Commission de dédommager les fonctionnaires puisque les conventions, que le gouvernement a signées en juin, n’ont pas été mises en place selon les échéanciers prévus.

La Commission devrait ordonner à Ottawa de mettre les conventions collectives en oeuvre, mais l’impact exact de cette décision sur les employés reste incertain.