La part de Huawei sur le marché canadien des téléphones intelligents est infime, soit environ 3,8 pour cent selon une étude d’IDC Canada.

Peu connu du public, Huawei est un joueur important des télécoms au Canada

TORONTO — Avant l’arrestation de la directrice financière de Huawei Technologies, Meng Wanzhou, à Vancouver le week-end dernier, l’entreprise chinoise n’était pas très connue au Canada et ne faisait certainement partie de la même ligue qu’Apple, Samsung ou BlackBerry.

Considérée par plusieurs alliés du Canada comme étant une menace à la sécurité, l’entreprise s’est toutefois discrètement taillé une place de choix, s’affirmant comme un important fournisseur de technologies essentielles aux infrastructures de télécommunications canadiennes, une situation qui n’est pas près de changer.

La part de Huawei sur le marché canadien des téléphones intelligents est infime, soit environ 3,8 pour cent selon une étude d’IDC Canada, mais à l’étranger, la société est un poids lourd qui a supplanté Apple plus tôt cette année en matière de vente de téléphones intelligents et qui emploie plus de 170 000 personnes à travers le monde.

Fondée en 1987 par un ancien officier de l’armée populaire de libération de la Chine, Huawei a connu une croissance explosive au cours des 10 dernières années et devrait afficher des ventes de plus de 102 milliards $ US pour 2018.

Pour l’industrie canadienne des télécommunications et le gouvernement fédéral, Huawei a toujours été un important fournisseur d’équipements, un fournisseur que les États-Unis considèrent cependant comme une menace à la sécurité nationale.

C’est surtout parce que l’équipement fourni par Huawei est utilisé pour les réseaux sans-fil, qui pourraient potentiellement servir à recueillir des renseignements confidentiels pour le gouvernement chinois.

«Il existe de nombreuses preuves laissant entendre qu’aucune compagnie chinoise majeure n’est réellement indépendante du gouvernement et du Parti communiste de la Chine, et Huawei, que le gouvernement et l’armée de la Chine ont présenté comme un «fleuron national», ne fait pas exception à la règle», ont écrit les sénateurs américains Mark Warner et Marco Rubio en octobre dans une lettre au premier ministre Justin Trudeau.

Toutefois, les représentants du fédéral et des grandes entreprises de télécommunications du pays soutiennent avoir mis en place des mesures de protection pour s’assurer que Huawei ne représente pas une menace pour la sécurité ou la vie privée, et ce, bien avant que les États-Unis ne tirent la sonnette d’alarme.

À l’instar du Canada, le Royaume-Uni n’a pas interdit à Huawei de contribuer à la construction et au maintien de ses réseaux, malgré les avertissements du gouvernement américain disant que les Britanniques pourraient mettre en péril le Groupe des cinq, un partenariat de cinq pays en matière de partage de renseignements de sécurité.

Lawrence Surtees, le vice-président de la recherche en communication pour IDC Canada, a indiqué que le Royaume-Uni et le Canada étaient les deuxième et troisième plus importants membres du Groupe des cinq après les États-Unis et avant l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

«À mon avis, Ottawa et Londres sont dans une position où ils peuvent rétorquer: «Nous collaborons beaucoup avec vous en termes de partage de renseignements de sécurité et nous n’allons pas compromettre nos réseaux. Nous savons quoi faire.»»

Selon M. Surtees, les équipements de Huawei ont déjà été utilisés par au moins cinq réseaux sans-fil canadiens qui ont recours à la quatrième génération de la technologie LTE, et il serait très dispendieux de les remplacer.

L’entreprise chinoise travaille aussi avec Bell et Telus pour développer des équipements qui serviront aux réseaux sans-fil 5G, qui devraient devenir de plus en plus importants pour les entreprises de télécommunications canadiennes et leurs clients au cours de la prochaine décennie.

«L’importance des contrats que Huawei a ici serait un facteur déterminant, les compagnies canadiennes risquant de dire à Ottawa qu’il est maintenant trop tard», a précisé Lawrence Surtees.

Il a ajouté que le bassin de fournisseurs d’équipements pour le réseau 5G était limité et qu’il n’y avait donc pas beaucoup de solutions de rechange.

La société suédoise Ericsson, le principal fournisseur d’équipements pour les réseaux sans-fil de Rogers, et la compagnie finlandaise Nokia sont des joueurs internationaux importants au Canada, mais M. Surtees considère Huawei comme étant le chef de file sur le marché.

Huawei est présente au Canada depuis 2008 et compte actuellement 960 employés au pays, dont environ 600 en recherche et développement.

Le siège social canadien de Huawei est situé à Markham, en Ontario, alors que son centre de recherche se trouve à Ottawa. L’entreprise a également des installations de recherche à Markham, Waterloo, Montréal, Edmonton et Vancouver.

Huawei fabrique aussi des téléphones intelligents pour les réseaux sans-fil actuels vendus au Canada par Bell, Rogers, Telus et Videotron sous leurs principales marques ainsi que sous certaines marques secondaires comme Virgin Mobile, Fido et Koodo.