Pétrole d'Anticosti: une aventure impossible sans Québec

Les pétrolières Junex et Pétrolia, dont les sièges sociaux sont à Québec, sont catégoriques : sans Québec, l'aventure pétrolière à l'île d'Anticosti n'aurait jamais eu lieu.
«Si le gouvernement n'avait pas lancé un message clair d'avancement, il aurait été très difficile de mener à terme le projet dans le contexte québécois. Il devait y avoir une vraie volonté de développer les ressources», évalue Dave Pépin, vice-président aux affaires corporatives et chef des finances chez Junex.
Ce contexte québécois, M. Pépin l'associe aux événements qui ont suivi l'exploration du gaz de schiste dans la Vallée du Saint-Laurent.
«C'est une compagnie privée qui avait pris le risque financier de faire l'exploration et elle s'est fait barrer la route avec le moratoire. On comprend que ça peut en refroidir certains pour l'exploration à Anticosti actuellement», continue-t-il.
Ainsi, pour aller plus loin dans un projet d'exploration de pétrole, le gouvernement devait s'investir au même titre que les compagnies privées et partager le risque, selon le vice-président de Junex.
«Les compagnies veulent prendre des risques géologiques et économiques, mais ils veulent aussi avoir une assurance au niveau gouvernemental», complète M. Pépin. Depuis 2001, Junex a investi 67 millions $ en exploration pétrolière sur l'ensemble du territoire québécois.
Chez Pétrolia, on attendait cette annonce avec impatience également. «Québec devait s'impliquer dans le projet pour s'assurer que la ressource et ses gains restent à l'intérieur de la province», affirme Isabelle Proulx, vice-présidente.
«On veut que la ressource reste entre les mains des Québécois et on veut mettre en valeur le potentiel de l'île», poursuit la vice-présidente. Et pour cela, la compagnie tenait «absolument» à avoir la participation de Québec. «Le gouvernement apporte de l'argent et sécurise les Québécois.»
Mme Proulx insiste également sur le choix de la compagnie Morel & Prom comme partenaire financier. «On a un partenaire qui n'est pas trop gros. Pourquoi? Parce qu'on veut que les ressources et les redevances restent ici. Tout simplement.»
Leur plus grand but maintenant : «donner de l'information et donner confiance aux Québécois que la fracturation peut se faire de façon sécuritaire et respectueuse».
La compagnie Junex doit encore trouver un autre partenaire financier. C'est d'ailleurs un défi de taille que devra relever la pétrolière. Sans dévoiler des investisseurs potentiels, Dave Pépin prédit que l'annonce de l'engagement du gouvernement provincial devrait aider grandement ses recherches.
«Modèle trop simpliste»
«Le modèle proposé par Marc Durand est trop simpliste», avance Dave Pépin de chez Junex. Il explique que l'arithmétique trop simple de Durand ne considère pas tous les éléments.
Marc Durand, ingénieur géologue, a soulevé que la quantité de pétrole estimée serait surestimée et qu'il était «scandaleux» de mettre des fonds publics dans ce projet.
«Marc Durand oublie que les tests se font étape par étape et que nous avons toujours dit que 2 à 5 % de la ressource serait extraite. Il y a des centaines de milliards $ de ressource énergétique là-bas. C'est peu cher payé [115 millions $] pour un si fort potentiel», a répliqué Pétrolia.
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À chaque milieuses spécificités
Les pétrolières Junex et Pétrolia comparent le projet québécois de l'île d'Anticosti avec le modèle d'Utica en Ohio. Type de sol équivalent avec forage horizontal et investissement initial estimé entre 150 et 200 millions$ aussi similaire. À cet endroit pourtant, c'est une compagnie privée, Chesapeake Exploration, qui avait pris le risque de financer l'exploration. La compagnie Total y a acquis une participation de 25 %. Une différence majeure, le territoire couvert à l'île d'Anticosti est de 6000 km2, et celui d'Utica, 2500 km2. Chez Pétrolia, on fait un certain lien, mais on souligne que chaque milieu a ses spécificités et que l'exploration dévoilera la rentabilité du projet.