Pétrole albertain: les élus québécois sont «ignorants», selon un maire qui boycotte la FCM

«Ce n’est rien contre les citoyens québécois: nous en avons contre les élus du Québec, qui sont mal informés, mal alignés, ignorants.»

Le maire de Medicine Hat en Alberta, Ted Clugston, explique ainsi la décision de sa municipalité de boycotter le congrès annuel de la Fédération canadienne des municipalités (FCM) qui s’amorçait jeudi à Québec.

Il reproche au Québec de bloquer les projets d’oléoduc - qui permettrait à l’Alberta d’exporter son pétrole à l’étranger - mais de bénéficier abondamment des versements de péréquation fédérale largement issus de l’Alberta.

Il ne sert plus à rien de rencontrer ses homologues québécois à la FCM et de tenter de les sensibiliser aux intérêts albertains, puisque la discussion n’a jamais rien donné en 40 ans, depuis le début des années 1980 et la Politique nationale de l’énergie, a-t-il tranché.

«Des bâtons dans les roues»

«En toute franchise, parler avec le Québec ne semble pas fonctionner, a dit M. Clugston dans une entrevue avec La Presse canadienne. Le Québec a mis des bâtons dans les roues de l’Alberta pendant toute ma vie, depuis 51 ans.»

Il a indiqué que les élus ignorants qui colportent des faussetés sur le pétrole albertain étaient les députés de l’Assemblée nationale, le premier ministre François Legault, l’actuelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, et son prédécesseur, Denis Coderre «exceptionnellement mal informé».

Rappelons que le premier ministre François Legault a déjà qualifié de «pétrole sale» les hydrocarbures issus des sables bitumineux de l’Alberta, en plus de dire non en avril à un nouveau pipeline provenant de l’Alberta, faute d’»acceptabilité sociale».

Selon M. Clugston, les élus québécois ne comprennent pas que les pipelines sont plus sécuritaires que le recours au transport ferroviaire ou aux pétroliers provenant d’outre-mer.

«S’ils veulent réduire les émissions (de gaz à effet de serre), qu’ils agissent sur la demande (pas sur l’offre).»

À l’opposé, «la majorité des Québécois a bien compris», ils préfèrent être approvisionnés en pétrole albertain plutôt que d’être alimentés par l’Arabie saoudite, a-t-il argué en évoquant un sondage.

Péréquation

Le maire de Medicine Hat est particulièrement irrité par le fait que le Québec, tout en disant non aux projets de pipeline sur son territoire, accepte néanmoins volontiers les versements fédéraux issus des provinces qui contribuent à la péréquation, dont l’Alberta et la Saskatchewan.

«C’est en quelque sorte une grande ironie, s’est-il offusqué. C’est très frustrant.»

Il a assuré que 97 pour cent des citoyens qui s’étaient exprimés sur sa page Facebook étaient favorables à sa position, tandis que les 3 pour cent d’opposants étaient des «socialistes issus du Nouveau Parti démocratique et des Québécois venus pourtant travailler dans l’industrie en Alberta, mais restés attachés à la Belle Province», a-t-il dit.

M. Clugston aurait bien aimé que d’autres municipalités emboîtent le pas et adhèrent à son mouvement, et cette option a été discutée à l’association albertaine des municipalités, mais toutes ont plutôt décidé d’aller au congrès de la FCM.

D’ailleurs, des délégués seront dépêchés pour représenter la Municipalité régionale de Wood Buffalo (Alberta), qui comprend la ville de Fort McMurray, la capitale des sables bitumineux.

Le maire de Wood Buffalo, Don Scott, a dit à La Presse canadienne qu’il avait même réservé pour le congrès une «suite d’accueil» ouverte à tous, pour discuter avec des élus du Québec et de partout.

D’autres maires veulent discuter avec le Québec

L’avis de M. Clugston est loin d’être représentatif du sentiment des délégués albertains présents à Québec, selon le président de l’Association des municipalités urbaines de l’Alberta (AUMA), Barry Morishita.

M. Morishita souligne qu’il y a quelques centaines de délégués albertains à Québec.

«À ma connaissance, à ce jour, je ne connais pas un autre maire qui dit qu’il veut boycotter la ville de Québec. L’opinion de Medicine Hat est mal avisée», a affirmé le maire de la ville de Brooks en entrevue téléphonique.

M. Morishita a dit croire que les élus au Québec ne sont pas «ignorants de la situation des ressources au pays». Il a affirmé être à Québec pour avoir une «conversation» sur l’acceptabilité sociale de projets.

«Je suis conscient qu’il y a une certaine résistance (aux) oléoducs au Québec, mais je veux que les Québécois prennent eux-mêmes ces décisions, et qu’elles soient fondées sur des faits importants. C’est pourquoi nous avons cette conversation», a-t-il fait valoir.

Le congrès de la FCM se déroulera au palais des congrès de Québec jusqu’à dimanche. Le premier ministre Justin Trudeau s’adressera aux élus de la FCM vendredi matin.

La FCM comprend plus de 2000 municipalités membres au pays. Pas moins de 2000 délégués sont attendus au congrès.

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L’Alberta met officiellement fin à sa taxe sur les émissions de carbone

EDMONTON — Le gouvernement conservateur de l’Alberta a aboli jeudi la taxe provinciale sur les émissions de carbone, ouvrant la voie à une confrontation avec le fédéral.

La taxe sur l’essence à la pompe et sur le mazout a été éliminée à minuit et une minute, jeudi matin.

Plus tard dans la journée, l’Assemblée législative devait adopter en dernière lecture le projet de loi abrogeant la taxe sur le carbone. Cette mesure était une promesse de Jason Kenney lors de la récente campagne électorale qui a porté au pouvoir le Parti conservateur uni.

M. Kenny a défendu son projet de loi en disant que la taxe n’avait pas freiné l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale et qu’elle nuisait aux familles.

«Nous sommes en poste depuis à peine un mois et déjà, nous accordons aux Albertains le plus important allègement fiscal de l’histoire de la province», a-t-il lancé sous les applaudissements nourris des membres de son caucus.

À Ottawa, la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a déploré la décision albertaine, la qualifiant de projet «pour permettre la pollution gratuite».

Mme McKenna a ajouté que le gouvernement fédéral agirait rapidement pour imposer à l’Alberta la taxe fédérale sur les émissions de carbone.

M. Kenny a promis de contester la taxe fédérale si le gouvernement fédéral l’imposait dans la province, imitant ainsi la Saskatchewan et l’Ontario. Il fera sans doute valoir qu’Ottawa n’a pas le pouvoir constitutionnel de percevoir une telle taxe.

La taxe albertaine sur les émissions de carbone avait été adoptée le 1er janvier 2017 par le précédent gouvernement néo-démocrate. Les automobilistes payaient le litre d’essence sept cent de plus, tandis que la taxe sur le gigajoule de gaz naturel pour le chauffage s’élevait à 1,51 $. Selon Energy Efficiency Alberta, un ménage albertain consomme en moyenne 120 gigajoules de gaz naturel par an.

La taxe fédérale est de 20 $ la tonne de gaz à effet de serre, mais doit augmenter chaque année pour atteindre 50 $ la tonne en 2022.

La taxe albertaine a rapporté environ 2 milliards $, dont une grande partie a été reversée aux familles à faible et à moyen revenu. Elle a également financé une série de projets écologiques allant du transport en commun rapide aux ampoules permettant d’économiser de l’énergie. Dean Bennett, La Presse canadienne