Les petits entrepreneurs de la rue des Carougeois.

Petits entrepreneurs au boulot!

Six ans et demi à peine, Frédérique Jutras sait déjà qu'elle aura son restaurant au jour. Samedi, la petite blonde à lunettes ne mijotait pas que des brownies, elle mijotait aussi son esprit entrepreneurial.
«La fée des gâteaux», comme elle s'appelle, vendait ses douceurs deux dollars. Elle a toujours aimé cuisiner. Son imaginaire à elle, c'est une nouvelle recette, la couleur d'un menu, le nom d'une création culinaire. Pas de doute, il fallait inscrire la mini-chef à la Grande journée des petits entrepreneurs.
La rue des Carougeois, où Frédérique avait installé son comptoir à gâteaux, avait d'ailleurs des allures de petit marché public. Une dizaine d'enfants goûtaient à leurs premières expériences d'entrepreneurs. Ils étaient quelque 4 200, âgés entre 5 et 12 ans, à être déployés aux quatre coins de la province pour vendre leurs idées, leurs créations.
Cette «grande journée» est née à Québec, il y a quatre ans, et ne cesse de gagner en popularité. «Les valeurs entrepreneuriales sont des valeurs fondamentales qui touchent le Québec en entier. Le Québec est ambitieux, il est fier, il est créatif, résiliant. Il faut que ça rentre dans l'esprit des enfants», assure la cofondatrice de l'activité, Isabelle Genest.
À travers leurs préparatifs, les aspirants-entrepreneurs ont eu à boucler leur projet, l'organiser, le commercialiser. Sans nécessairement s'en rendre compte, les enfants touchent à la réalité des affaires. Lors du jour J, ils cherchent à séduire les acheteurs et les convaincre que leur produit en vaut la peine.
Parlez-en à Joseph Larouche, 10 ans. Impossible de résister à son invitation d'en apprendre davantage sur les sauces piquantes qu'il confectionne avec sa soeur, Rachelle, 8 ans. Ce qu'il aime le plus? «Vendre, lance le brunet. Ramener le monde à mon kiosque, c'est super, mais le plus important, c'est qu'on se fait du fun, c'est ce qui est cool».
Un plus loin, une étrange machine attire le regard. C'est la vieille machine à tricoter de la mamie de Joseph Arseneault, 10 ans. Il a fouillé sur Internet pour apprendre à s'en servir, confie sa mère. Maintenant, il tricote sacoches et bas et maman partage les images sur Facebook. «Ce sont des commandes, je fais rien à l'avance», tranche-t-il, convaincu.
Si certains en sont à leur première tentative, d'autres sont là depuis plus longtemps. William, Gabrielle et Kate ont d'abord vendu de la limonade. À leur troisième année, le trio offre des produits perlés comme des porte-clés. Les ventes vont bon train. L'an dernier, Gabrielle a même pu financer son camp équestre.
«C'est pas grave s'ils ne deviennent pas tous entrepreneurs», précise Mme Genest. «Ils vont être fiers d'eux, d'avoir fait un beau projet comme ça [...] Le but c'est de partager les valeurs entrepreneuriales, il faut les vacciner avec ces valeurs-là. Il faut qu'il ait le plus d'enfants possible qui y participent».
En plus d'innombrables parents et bénévoles, la Grande journée des petits entrepreneurs reçoit le soutien de la Caisse de dépôt et placement du Québec. La quatrième édition s'est déroulée sous la présidence d'honneur de Michèle Boivert de la Caisse, et du dragon Serge Beauchemin, qui ont salué la participation des jeunes par vidéoconférence.