Sylvain Guay, président du Syndicat des salariés du Massif de Petite-Rivière-Saint-François, n'interprète pas le vote partagé comme un manque de confiance envers l'éxécutif syndical.

Petite-Rivière-Saint-François : menace de lockout au Massif si le syndicat persiste

Le Massif de Charlevoix pourrait fermer les portes de sa station de ski de Petite-Rivière-Saint-François dès lundi. La direction brandit la menace du lock-out et donne jusqu'à vendredi soir aux syndiqués pour accepter la recommandation de la médiatrice. Dans le cas contraire, elle interrompra les activités de la station.
La réaction du Massif fait suite au rejet de la recommandation de la médiatrice par le Syndicat des salariés du Massif de Petite-Rivière-Saint-François (CSN) lundi soir dernier. Soixante-trois pour cent de l'assemblée de 89 personnes avait voté contre la proposition, faisant fi de la recommandation de l'exécutif syndical.
Le taux de participation de 38 % lors de ce vote incite le Massif à renvoyer le syndicat consulter ses 230 membres, d'autant plus, selon lui, qu'il s'agit d'une proposition «raisonnable» dans la situation économique actuelle. Dans un communiqué qu'elle a également transmis à tous ses employés, la direction du Massif «s'explique mal le rejet» de cette recommandation, alors qu'elle était appuyée par l'exécutif syndical. Le Massif déplore également les conséquences de la position syndicale sur l'économie locale et la station de ski, puisqu'elle «nous place face à un conflit potentiel». Il y a un peu plus d'une semaine, le Massif avait également vu son offre dite «finale» (9,5 % augmentation sur six ans) rejetée à 90 %.
Le contrat de travail des syndiqués de la station de ski est échu depuis le 30 décembre dernier. La proposition actuellement sur la table prévoit une hausse salariale de 11,5 % sur six ans et «ne comporte aucune diminution des avantages acquis», précise le Massif. Le salaire moyen des travailleurs de la station de ski est actuellement de 14 $ l'heure. Une fois la totalité de la hausse obtenue, le salaire moyen passerait donc à 15,61 $ l'heure. Dans le cas où la recommandation de la médiatrice est rejetée par les syndiqués, le Massif fermera les portes de sa station lundi «pour une durée indéterminée».
Nouvelle assemblée générale
Une nouvelle assemblée générale a donc été convoquée par le syndicat pour demain soir, à Petite-Rivière-Saint-François. Une troisième rencontre en 11 jours pour les syndiqués et qui survient aux limites du moment butoir imposé hier par l'employeur.
«L'exécutif syndical est extrêmement déçu de la façon de faire du Massif. C'est comme il y a six ans. Considérant ses responsabilités envers ses membres, le syndicat tiendra une assemblée générale», résume Ann Gingras, présidente du conseil central de la région de Québec-Chaudière-Appalaches. Toujours selon Mme Gingras, cette menace patronale n'est pas une surprise pour la partie syndicale: «Groupe Le Massif aime fonctionner avec des ultimatums.»
Méfiants, les travailleurs demandent «le respect» et ont encore sur le coeur la réouverture de leur convention collective il y a six ans. À l'époque, il s'agissait de l'une des conditions évoquées par le promoteur Daniel Gauthier pour la réalisation du projet récréotouristique de 300 millions $ qui inclut la montagne, mais également l'Hôtel La Ferme de Baie-Saint-Paul et le Train touristique. Le conflit actuel ne touche que la station de ski de Petite-Rivière-Saint-François.
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Conséquences locales
Le spectre de la fermeture de la station de ski de Petite-Rivière-Saint-François laisse planer des conséquences économiques importantes pour la région touristique de Charlevoix à l'aube de la semaine de relâche. «En cas de fermeture, les retombées négatives seront énormes», prédit le directeur général de l'Association touristique de Charlevoix, Jacques Lévesque. S'il n'est pas en mesure de chiffrer l'impact économique du Massif et de sa station de ski, il prévoit «un contrecoup important» dans le milieu touristique si les menaces de lock-out ou de grève se concrétisent.
Déjà, le conflit actuel entre le Massif et ses syndiqués a eu un effet, créant un climat d'incertitude. Le Massif déplore quant à lui, notamment, des annulations de réservation à son hôtel de Baie-Saint-Paul.
Cet hiver, Tourisme Charlevoix avait planifié une campagne promotionnelle de 400 000 $. En février-mars, le taux d'occupation voisine normalement les 42 % dans Charlevoix, et ce sont les mois forts de la saison hivernale. «S'il arrive quelque chose avec le Massif, nous devrons travailler très fort pour maintenir l'achalandage», croit M. Lévesque.