La Petite-Rivière-Saint-François compte environ 800 habitants.

Petite-Rivière-Saint-François: les maux de tête du manque de bras

Avec la construction d’une usine de production et de transformation du cannabis et l’arrivée d’un Club Med dans Charlevoix, le maire de Petite-Rivière-Saint-François, Gérald Maltais, craint qu’il n’y ait pas assez de paires de bras disponibles dans la région pour combler les besoins de main-d’oeuvre.

«D’après moi, présentement, nous ne sommes pas en mesure de pourvoir tous ces postes», tranche le patron de la municipalité de 800 habitants. La MRC de Charlevoix compte environ 13 400 citoyens.

Et si on regarde du côté du taux de chômage, il oscille aux alentours de 4 %. Rien de rassurant pour les employeurs.

C’est pourquoi M. Maltais estime que Québc et Ottawa devront encore modifier et assouplir certaines règles en matière d’immigration s’ils veulent que les entreprises des régions continuent de fleurir.

Mercredi, il a notamment participé à une rencontre avec d’autres élus de la MRC de Charlevoix pour faire le point sur les enjeux pressants.

«L’immigration est vraiment notre priorité», dit-il, espérant que la pénurie de main-d’oeuvre tire à sa fin.

Il rappelle que plusieurs commerçants ont été forcés de revoir leurs heures d’ouverture au cours des derniers mois, faute de personnel. Certains restaurants ont même dû fermer.

725 personnes

Pour son projet d’usine de cannabis de 100 millions $ à des fins thérapeutiques et cosmétiques, le promoteur, le Groupe Kaméléon, prévoit avoir besoin à terme d’environ 400 travailleurs.

L’établissement d’une superficie de 41 000 pieds carrés avec une serre d’un million de pieds carrés serait construit à proximité de l’entrée de la municipalité de Petite-Rivière-Saint-François, en bordure de la route 138.

Il pourra transformer annuellement près de 100 000 kilos de cannabis et ses résidus. La production devrait débuter vers la fin 2019 ou au début 2020.

Du côté du Club Med, plus ou moins 325 cerveaux supplémentaires seront nécessaires pour opérer les nouvelles installations du Massif de Charlevoix, notamment un complexe hôtelier de 300 unités. Il s’agira du premier village de ski tout-inclus au pays de la chaîne française.

La facture du projet pourrait franchir le cap des 120 millions $. L’ouverture est prévue pour 2020.

«Ce qui peut aider notre situation, c’est le fait que Club Med embauche des employés d’un peu partout à travers le monde. La direction prévoit leur donner la possibilité de venir vivre l’expérience Québec-Charlevoix», affirme M. Maltais, doutant tout de même de la viabilité des projets si les gouvernements ne dénichent pas des solutions pour contrer la pénurie de main-d’oeuvre.

Il assure toutefois être enjoué à l’idée d’accueillir ces nouveaux joueurs sur son territoire. Cela entraînera, entre autres, des taxes supplémentaires dans les coffres de la municipalité et une augmentation de l’achalandage touristique.
«Mais actuellement, nous avons déjà de la difficulté à recruter dans certains secteurs. Plusieurs commerces ont des postes disponibles. À la municipalité, nous avons ouvert un poste d’entretien ménager pour les bureaux, l’église et l’école, et la personne est partie. Nous voulions créer un autre poste, mais personne n’était intéressé. [...] Il faut qu’une compagnie offre de très bons salaires et des avantages sociaux pour conserver ses employés», avance-t-il.

Sans solution à court terme, le patron de la Ville craint que les plus gros joueurs dévalisent de leurs talents les plus petits.


« Ce qui peut aider notre situation, c’est le fait que Club Med embauche des employés d’un peu partout à travers le monde. La direction prévoit leur donner la possibilité de venir vivre l’expérience Québec-Charlevoix »
Gérald Maltais, maire de Petite-Rivière-Saint-François

Selon la directrice générale de la MRC de Charlevoix, Karine Horvath, les employeurs devront faire preuve «d’imagination» et de «créativité» au cours des prochaines années pour combler leur besoin de main-d’oeuvre.

Elle est aussi d’avis que le prochain gouvernement devra davantage épauler les régions dans leur processus d’immigration, notamment en offrant un meilleur encadrement aux nouveaux citoyens.

«La main-d’oeuvre est un enjeu, surtout que nous sommes une région touristique. La saison bat son plein et le retour à l’école vient actuellement s’ajouter au problème de pénurie. C’est la même chose pour l’agriculture», avance au Soleil Mme Horvath.

«Il y a plusieurs mesures qui ont été avancées pour améliorer la situation, notamment le report de l’entrée en classe. Mais, il faut également jouer sur les conditions de travail et aussi faciliter la mobilité entre les projets. Par exemple, une personne pourrait travailler l’hiver dans une station de ski et l’été sur un terrain de golf. Il y a des partenariats à développer entre les entreprises touristiques», poursuit-elle.

La directrice générale estime aussi qu’on pourrait faire de Québec une destination pour apprendre le français. Elle rappelle que plusieurs jeunes partent durant l’été dans l’Ouest canadien afin d’apprendre la langue de Shakespeare.
«On pourrait essayer de jumeler la main-d’oeuvre à l’apprentissage du français. Depuis deux ans, à Baie-Saint-Paul, nous accueillons des groupes d’étudiants qui viennent apprendre le français en immersion», dit-elle.

Autres projets

Plusieurs autres projets sont aussi dans les cartons d’entrepreneurs de Charlevoix. Par exemple, Fibrotek caresse l’idée de construire d’ici «cinq à dix ans» une usine de fibre de carbone. L’investissement pourrait atteindre les 100 millions $.

Le hic, c’est que l’entreprise spécialisée en matériaux de composite peine à répondre à la demande en raison du manque de personnel. Une situation qui pourrait d’ailleurs lui faire perdre des contrats.

Lors d’une entrevue avec Le Soleil en juillet, le patron de Fibrotek, Luc Tremblay, concédait que le manque d’employés pourrait miner certains de ses projets.

«Aujourd’hui, nous sommes une centaine et si j’avais 200 travailleurs de plus, j’aurais du travail pour eux. C’est beau avoir des projets, mais il faut combler la base qui est la main-d’œuvre».
Pour info, vendredi, sur le site d’Emploi-Québec, 5764 postes étaient à pourvoir dans la Capitale-Nationale, dont 95 à Baie-Saint-Paul et 79 à La Malbaie.

Gérald Maltais, maire de Petite-Rivière-Saint-François