Pour 10 des 13 substances nutritives analysées, aucune différence significative a été trouvée. L'enquête a toutefois révélé une teneur en nitrogène plus élevée parmi les produits issus de l'agriculture conventionnelle, alors que les aliments biologiques contenaient plus de phosphore et d'acide titrable.

Pesticides dans les aliments: les consommateurs de bio pas trop inquiets

Les trois quarts des Québécois qui achètent des fruits et légumes biologiques ne craignent pas le risque potentiel que représentent les pesticides, selon des données obtenues par Le Soleil. Un tel résultat devrait réconforter les producteurs biologiques au lendemain de la diffusion d'un reportage révélant que près de la moitié des fruits et légumes bio analysés depuis deux ans par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) présentaient des traces de pesticides.
Le rapport a été obtenu par un journaliste de Radio-Canada au Manitoba qui ne mentionnait pas le nombre d'échantillons ni la province d'origine des aliments produits au Canada. Il précisait par contre que seulement un cinquième des aliments analysés avaient poussé au pays et que 43 % d'entre eux présentaient au moins une trace de pesticide.
Dans le milieu de la production biologique, l'information a créé un certain inconfort.
Ce genre de nouvelle n'est jamais agréable, mais pas vraiment surprenant, a commenté Gérard Bouchard, président de la Fédération des producteurs biologiques du Québec. La production biologique ne représente qu'une fraction de l'ensemble de l'agriculture de la province et du pays. Malgré le respect de règles strictes, elle est susceptible d'être contaminée, dit-il. Selon ce producteur laitier et de grandes céréales du Saguenay, les adeptes sont conscients de cette situation.
«Ce qui compte, c'est d'encourager les aliments produits sans pesticides.»
Le président de la Filière biologique, Daniel Dubé, se disait quant à lui très confiant dans la qualité des aliments biologiques du Québec. La province a des critères d'inspection très sévères, assure-t-il.
Chez Écocert, l'un des six certificateurs biologiques autorisés au Québec, France Gravel se montrait prudente. On ne connaît pas le nombre d'échantillons analysés, pas plus que la définition des «traces» relevées par l'ACIA, dit-elle. Le travail des certificateurs consiste à s'assurer qu'il n'y a pas eu d'utilisation indue de pesticides de synthèse et à gérer la contamination potentielle. Selon elle, les inspecteurs «ne trouvent pas énormément» de pesticides.
La directrice générale du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV), l'organisme responsable du contrôle de la norme biologique, soulève elle aussi des questions sur le rapport qu'un seul journaliste a vu. Entre autres, on ne sait pas s'il s'agissait d'aliments certifiés, souligne Anne-Marie Granger-Godbout. Or, le Québec a une loi très stricte à cet égard, contrairement à d'autres juridictions. Pas de certification, pas d'appellation biologique. Quant aux aliments importés, ils doivent répondre eux aussi aux normes canadiennes, dont la surveillance relève de l'ACIA.
Cette nouvelle a pu inquiéter des consommateurs, reconnaît-elle, mais cela démontre justement l'importance d'avoir un suivi rigoureux.
L'«effet biologique»
La firme de marketing et communication Varium a fourni pour sa part au Soleil des données étonnantes sur les consommateurs de fruits et légumes biologiques. Lors de sondages réalisés en 2006, 2007 et 2011 auprès de la population en général, près de la moitié (47 %) des répondants ont dit avoir acheté à un moment ou un autre un produit biologique. De ce nombre, les trois quarts disaient ne pas s'inquiéter du risque potentiel que présentaient les pesticides.
«C'est quand même fascinant», disait hier le président François Houde, alors qu'on s'attend à ce que les gens achètent ces aliments entre autres parce qu'ils ne sont pas censés contenir de produits chimiques.
Il appelle ce phénomène l'«effet biologique», qu'il décrit comme une perception positive qui va au-delà de la réponse aux risques que l'on veut éviter, ce que les spécialistes appellent «l'effet placebo du marketing».