Parce qu’ils ne sont pas touchés directement par le projet-pilote pour Uber, les chauffeurs de taxi de Lévis n’ont reçu comme indemnisation que 1000 $ pour compenser les pertes entraînées par l’arrivée de l’entreprise américaine dans l’industrie du transport rémunéré.

Permis de chauffeur de taxi à Lévis: grosse perte, petite indemnisation

Même si la multinationale Uber n’a légalement pas le droit d’opérer sur le territoire de Lévis en raison du projet-pilote du gouvernement, la valeur des permis des chauffeurs de taxi de la Rive-Sud a chuté de près de 30 000 $ depuis 2014.

Selon des données fournies par la Commission des transports du Québec, la valeur moyenne d’un permis est passée de 104 725 $ à 74 813 $ en 2018. 

Et puisqu’ils ne sont pas touchés directement par le projet-pilote pour Uber, les chauffeurs de taxi de Lévis n’ont reçu comme indemnisation que 1000 $ — le montant de base — pour compenser les pertes entraînées par l’arrivée de l’entreprise américaine dans l’industrie du transport rémunéré.

À titre de comparaison, dans la région de Québec, les chèques ont varié entre 1000 $ et 46 700 $, car Uber a obtenu le feu vert du provincial pour sillonner la Ville.

«Nous avons écrit au ministère et à la Commission des transports pour faire valoir nos droits. Depuis l’arrivée d’Uber, on constate une diminution de la valeur de nos permis», note Mourad Ouali, porte-parole des chauffeurs de l’organisation Taxi 4000. «Ce que nous avons eu comme réponse, c’est que les calculs ont été bien faits et que nous n’étions pas touchés par le projet-pilote. Même si Uber n’est pas censé être à Lévis, du mal a été fait», poursuit-il.

Le responsable déplore notamment le fait qu’aucun membre de son organisation n’a pu participer aux discussions avec le gouvernement dans le cadre du projet-pilote visant à encadrer le covoiturage urbain. Il ajoute qu’il aurait bien aimé que le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, appuie davantage leur bataille.

«Depuis l’arrivée d’Uber, la valeur de nos permis a chuté d’environ 30 %. On compte une cinquantaine de permis à Lévis. C’est aberrant lorsqu’on regarde comment la distribution des sommes a été réalisée», dit M. Ouali. «La diminution a été moins importante dans certains secteurs de Québec et ils ont eu plus d’argent que nous. Par exemple, à Beauport et à Charlesbourg, les chauffeurs ont reçu 32 800 $ comme à Québec et à Sainte-Foy», ajoute-t-il. 

À titre d’information, toujours selon les données fournies par la Commission des transports, pour la région de Québec, le prix moyen est passé de 190 988 $ en 2014 à 142 817 $ en 2018, soit une diminution de 25 %.

«C’est une véritable blague. Il y a un déséquilibre. Il y a un problème. En plus, aujourd’hui, on parle de l’arrivée d’un nouveau joueur, la coopérative Eva. Je suis sceptique par rapport à notre avenir», s’inquiète M. Ouali, précisant qu’il voit parfois des chauffeurs d’Uber sur son territoire.

La compagnie américaine de covoiturage Lyft lorgne aussi la province depuis quelques mois.

Colère

Le chauffeur Hicham El-Abed partage aussi la grogne de son collège. Il ne cache pas qu’il éprouve aujourd’hui des difficultés financières. Il était jusqu’à récemment détenteur de quatre permis à Lévis. Aujourd’hui, il ne lui en reste plus que deux.

«Avec Uber et le manque de chauffeur, je n’étais plus en mesure de les conserver. Beaucoup de conducteurs travaillent aujourd’hui pour Uber, ce qui fait que j’ai un problème de personnel. J’ai vendu deux de mes permis à 77 000 $. Je les avais achetés à 115 000 $ en 2014. Ce qu’on voit avec les indemnités, c’est qu’un groupe de gens se sont partagé la tarte et que les autres n’ont rien ou presque. Pour moi, ma perte est de 130 000 $ et je suis pris avec mes permis. C’est difficile. Que je travaille ou pas, je dois payer au moins 6000 $ par mois», poursuit M. El-Abed.

Ce dernier mentionne avoir tenté de contacter des responsables de la Commission des transports du Québec, mais il n’a pas eu de réponse.

Il souhaite aujourd’hui être dédommagé au même titre que les chauffeurs de Québec afin d’être «équitable». Il précise ne pas avoir demandé son indemnité au gouvernement, car il refusait ce montant. «Je n’acceptais pas cette entente».

Responsable de la majorité des transactions de permis de taxi dans la grande région de Québec, le notaire Alain Fecteau affirme que depuis l’arrivée Uber, une importante perte de la valeur des permis à Lévis a été observée. Il trouve «injuste» le fait que ces chauffeurs n’aient reçu que 1000 $.

«Lorsqu’on regarde pour l’ensemble de la province, à Val-d’Or ils ont, par exemple, enregistré une légère hausse de la valeur et ils ont aussi reçu 1000 $», compare-t-il. 

En octobre dernier, La Cour supérieure a autorisé un recours collectif (Trudel Johnston & Lespérance) pour que les chauffeurs de taxi puissent poursuivre le gouvernement du Québec.