Depuis juillet, la Fédération de l’UPA de la Capitale-Nationale–Côte-Nord a collaboré avec des agriculteurs et des producteurs pour attirer 1062 travailleurs étrangers dans la région pour répondre aux besoins de main-d’œuvre en vue de la prochaine saison des récoltes.

Pénurie de main-d'oeuvre: Québec à l'assaut des travailleurs étrangers

Devant la pénurie de main-d’œuvre qui frappe le Québec, les travailleurs étrangers sont pour plusieurs le remède. Le hic, du côté d’Ottawa, les demandes explosent depuis des mois et les délais de traitement de certains dossiers ont doublé.

Parmi les secteurs dont les travailleurs étrangers sont essentiels, on retrouve en première ligne depuis des années l’industrie de l’agriculture. 

Pour illustrer la forte demande, l’an dernier, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada comptait dans le cadre de son Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) plus de 22 700 permis de travail de type «agriculteurs» à travers la province. Il s’agit d’une progression de 81 % par rapport à la cuvée 2017.

Cette année, à moins d’un revirement de situation, cette hausse devrait se poursuivre, selon des données de Service Canada.

En début de semaine, La Terre de chez nous avançait que le nombre de demandes d’études d’impact sur le marché du travail déposé par des entreprises de la province avait bondi de 

33 %, passant de 5209 en 2017-2018 à 6925 en 2018-2019. Précisons que chaque demande effectuée peut être pour plusieurs travailleurs.

Cette étape qui s’inscrit dans le cadre du processus de recrutement à l’étranger est obligatoire pour les entreprises afin d’obtenir les autorisations nécessaires.

Elle consiste, entre autres, à prouver au gouvernement que l’employeur a bel et bien réalisé des démarches pour embaucher des talents locaux, mais en vain. La compagnie doit également prouver qu’elle peut assumer le salaire de son nouvel employé.

Comme quoi la demande est aussi en croissance à Québec, depuis juillet, la Fédération de l’UPA de la Capitale-Nationale–Côte-Nord a collaboré avec des agriculteurs et des producteurs pour attirer 1062 travailleurs étrangers dans la région pour répondre aux besoins de main-d’œuvre en vue de la prochaine saison des récoltes. L’an dernier, 912 personnes avaient été visées, notamment plusieurs Mexicains. 

«Notre année de référence est du 1er juillet au 30 juin et déjà nous avons reçu davantage de demandes (182) que l’année précédente», note Richard Brousseau, conseiller technique en main-d’œuvre agricole à la Fédération. 

Cette dernière accompagne les agriculteurs et les producteurs durant leur recrutement dans le cadre du PTET. Ce ne sont pas toutes les entreprises de la région qui font toutefois affaire avec cette division de l’UPA pour dénicher des talents à l’international. 

«Nous sommes surpris par ce nombre. Certaines entreprises recherchent des travailleurs spécialisés, mais il y a aussi beaucoup de nouveaux employeurs qui désirent avoir des gens pour la cueillette», avance M. Brousseau. 

«C’est certain que pour une entreprise qui n’a pas encore déposé de demande pour cet été, la situation est inquiétante», poursuit-il, en raison des délais d’attente et du taux de chômage sous la barre du 4 %.

Nous reviendrons sur les délais un peu plus loin.

Du côté de la Chaudière-Appalaches, 415 paires de bras sont actuellement réclamées, selon des données fournies au Soleil par la Fédération de l’UPA responsable de ce territoire. Il s’agit d’un bond de 26 % par rapport à l’exercice précédent.

Quant à la moyenne du délai de traitement des demandes d’études d’impact dans le secteur de l’agriculture au Canada, elle a grimpé en l’espace d’un an de 20,9 jours en 2017-2018 à 42,2 en 2018-2019, selon des données publiées par La Terre de chez nous.

Une situation qui préoccupe certains intervenants du milieu. 

D’ailleurs, ils aimeraient bien qu’Ottawa allège le processus. 

Justement, récemment, le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 3,4 millions $ pour l’ensemble du Canada, dont 1,7 million $ au Québec, pour gérer l’accroissement des demandes et réduire les délais de traitement. 

Actuellement, dans le domaine agricole, il faut prévoir entre six et sept mois entre le dépôt d’une demande et l’arrivée du travailleur, souligne M. Brousseau. Pour les emplois non agricoles, comme pour le secteur de l’aménagement paysager, les délais grimpent à neuf mois.

14 000 ouvriers

Du côté de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME), qui aide aussi les entrepreneurs à recruter à l’étranger, la direction affirme avoir attiré en 2018 au Québec 14 000 ouvriers, dont 10 800 pour le milieu agricole. Il s’agit d’une augmentation d’environ 20 % par rapport à l’année précédente.

«Avec la pénurie de main-d’œuvre à travers la province, le nombre de demandes va continuer d’augmenter», prévient Chrystian Couture, coordonnateur et service à la clientèle, qui craint encore une augmentation des délais. 

«Actuellement, une entreprise qui souhaite avoir des travailleurs pour le mois d’avril doit entreprendre les démarches au mois d’août. C’est parfois difficile, car elle prévoit sa production en fonction de ses contrats. Au mois d’août, ce n’est pas vrai que toutes les ententes sont signées», poursuit-il.

Par ailleurs, depuis le 1er janvier 2019, les travailleurs étrangers doivent fournir leurs empreintes digitales ainsi qu’une photo pour venir travailler en sol canadien.