Vue de l’intérieur du laboratoire L’Atelier Pierre Thibault. D’un côté, l’espace de travail, de l’autre, la cuisine

Pénurie de main-d'oeuvre: faire voyager ses employés

La pénurie de main-d’œuvre touche la grande majorité des industries du Québec. Des chefs d’entreprise optent pour la créativité quand vient le temps de contrer ce problème. Les six quotidiens du Groupe Capitales Médias ont répertorié une douzaine de «bonnes idées». À lire jusqu’au 16 janvier.

«Plusieurs souhaiteraient que nous retournions en Scandinavie. Il y a aussi l’Italie dans le décor. Venise présentera, en 2018, sa biennale en architecture.»

L’un des visages les plus connus de l’architecture au Québec, Pierre Thibault, fait voyager sa ribambelle de jeunes talents aux quatre coins de la planète.

Plus tôt cette année, les architectes de l’Atelier Pierre Thibault de Québec — en compagnie de leur patron —  se sont rendus aux États-Unis. 

Ils se sont arrêtés au Texas, au Nouveau-Mexique et en Arizona pour examiner les fins détails des œuvres de maîtres de la trempe de Frank Lloyd Wright et de Louis Kahn.

«En Arizona, nous avons pu nous entretenir avec d’anciens collaborateurs de Frank Lloyd Wright qui, à la fin de sa carrière, avait troqué le froid et l’humidité de Chicago pour la chaleur et la sécheresse du désert.»

Ces dernières années, Pierre Thibault et sa bande ont transporté leur baluchon en Asie, en Europe et en Amérique du Sud.

«Au début de chaque année, je convie mon équipe composée d’une douzaine d’architectes à réfléchir sur l’identité de la prochaine destination. Une fois le lieu déterminé, nous attribuons à chacun la responsabilité de documenter une partie du voyage et de préparer les visites.»

Sa renommée l’aidant, Pierre Thibault est évidemment dans la mire des jeunes diplômés en architecture à la recherche d’un premier emploi.

«C’est vrai, je reçois beaucoup de demandes. Avant d’embaucher un nouvel architecte, je m’assure toujours qu’il y aura des atomes crochus entre le nouveau collaborateur et l’équipe. C’est pourquoi des membres de mon équipe participent aux entrevues d’embauche et au processus de recrutement.»

L’âge moyen des architectes à l’emploi de l’Atelier Pierre Thibault, fondé en 1988, est d’à peine 30 ans.

Généralement, ils quittent l’entreprise au bout de six ou sept ans. Pour voler de leurs propres ailes dans la majorité des cas. Ou tout simplement parce que la vie les amène ailleurs.

«La jeune génération refuse systématiquement la stagnation. Elle carbure aux défis nouveaux. Et c’est bien comme ça», confesse Pierre Thibault. «J’apprécie le fait que quelqu’un ne veuille pas s’encrasser dans la routine. Je suis comme ça, moi aussi. Comme employeur, je ne suis pas là pour retenir les personnes, mais pour les laisser évoluer.»

Tout au long de leur carrière, les employés de l’Atelier Pierre Thibault peuvent consulter une personne spécialisée en ressources humaines pour les guider, pour échanger sur l’avenir au sein de l’entreprise ou ailleurs.

«Nous faisons tout dans la mesure du possible pour les accommoder.»

Pierre Thibault et son équipe de créateurs partent généralement une fois par année pour un séjour d’une semaine à l’extérieur du pays. Une semaine durant laquelle les architectes reçoivent, en plus, leur plein salaire.

Il arrive également qu’ils fassent des voyages de plus courte durée.

Les voyages, un électrochoc

«Pour un architecte, c’est essentiel d’aller voir sur le terrain les choses les plus belles, les plus extraordinaires. Et notre plaisir, c’est d’y aller tous ensemble. De voir toutes ces créations architecturales en même temps. De partager et de commenter ce que nous voyons», explique Pierre Thibault qui est aussi professeur agrégé de l’École d’architecture de l’Université Laval.

«Nous rencontrons aussi des architectes du monde entier dans leurs ateliers.»

«Moi, je dis toujours que pour innover dans notre profession, il faut aller voir des choses innovantes. Alors, pourquoi s’en priver!»

Pierre Thibault y voit un effet stimulant incomparable. Un véritable électrochoc!

«Nous rentrons toujours d’un voyage à l’étranger gonflés à bloc. Nous venons de voir les bâtiments les plus beaux, les plus originaux qui soient. C’est comme si nous venions de recharger nos batteries pour les 12 prochains mois! Plein de nouvelles idées germent dans nos têtes.»

«Nous n’aimons pas faire de la répétition. Nous aimons innover. Nous essayons de concevoir ce qui n’existe pas.»

Ce qui explique l’implication de Pierre Thibault avec Pierre Lavoie et Ricardo Larrivée dans le projet Lab-École qui vise à concevoir l’école de demain. «La façon dont nous construisons nos écoles n’a pas changé depuis 50 ans.»

En amenant sa troupe en voyage et en lui fournissant un milieu de travail «agréable et stimulant», Pierre Thibault estime faire sa part pour faire en sorte que les architectes puissent évoluer aussi bien à titre de professionnel que d’être humain heureux et accompli.

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VISION HOLISTIQUE DU TRAVAIL

«Aujourd’hui, les travailleurs passent beaucoup de temps les yeux rivés sur leur écran d’ordinateur. Il faut leur apporter de la diversité.»

L’Atelier Pierre Thibault loge sur la rue Saint-Joseph à Québec. Il déménagera bientôt sur la rue Saint-Jean, dans un immeuble appartenant à l’architecte. Dans le nouveau local, il y aura un poêle à bois et une cour arrière.

«Ici, les gens déjeunent souvent en arrivant au travail. Nous avons une bonne cafetière et les collègues s’achètent des croissants chemin faisant.»

Aucun des employés de l’Atelier Pierre Thibault ne se rend au boulot en auto. Y compris le patron. Et très peu en transport en commun. La marche et le vélo sont les moyens de locomotion.

«Nous avons l’habitude de nous réunir à la grande table et de manger ensemble. Nous avons une terrasse et un jardin dans lequel nous cultivons des légumes.»

«Nous avons voulu créer un espace de vie dans lequel l’humain est important. Sans que cela nous coûte des sous. Nous avons seulement acheté des matériaux pour construire quelques cabanes en bois dans notre grand laboratoire.»

Quand le temps le permet, les réunions d’équipe se tiennent sur la terrasse.

«Nous partageons une vision holistique du travail. Le travailleur n’est pas seulement un producteur de biens et des services. C’est aussi quelqu’un qui aime cultiver des tomates et cuisiner avec ses collègues.»