Les chauffeurs de taxi sont reconnaissants de la vague de soutien exprimée à l'égard de la communauté musulmane depuis les événements de dimanche dernier, mais soulignent qu'ils peinent toujours à être pleinement acceptés par la société québécoise, surtout en matière d'intégration sur le marché du travail.

Pas évident de se sentir chez soi aussi sur le marché de l'emploi

Karim, chauffeur de taxi d'origine marocaine, profite d'une pause entre deux arrêts consécutifs qu'il doit faire à l'aéroport de la ville de Québec pour prendre le tapis suspendu au mur de son semi-remorque et le placer au sol pour faire sa prière du soir.
À l'autre bout de l'étroit véhicule, on peut voir sur une télévision la cérémonie funéraire tenue à Montréal, jeudi, en la mémoire de trois des six victimes de la fusillade ayant fait six morts et plusieurs blessés au Centre culturel islamique de Québec.
Les chauffeurs de taxi tels que Karim - qui a seulement voulu s'identifier par son prénom - sont reconnaissants de la vague de soutien exprimée à l'égard de la communauté musulmane depuis les événements de dimanche dernier, mais soulignent qu'ils peinent toujours à être pleinement acceptés par la société québécoise, surtout en matière d'intégration sur le marché du travail.
L'homme de 53 ans est arrivé au Québec en 1991 et a complété une maîtrise en gestion à l'Université Laval en 1996. S'il dit avoir fait parvenir «des centaines de curriculum vitae» depuis qu'il a obtenu son diplôme, il soutient n'avoir été rencontré en entrevue qu'à deux reprises.
Plus tôt cette semaine, le vice-président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, a évoqué les efforts vains d'une des victimes de l'attentat, Azzaddine Soufiane, à trouver un emploi à son arrivée dans la province. Celui qui a tenté d'arrêter le tireur, au moment de la fusillade, avait donc décidé d'ouvrir un magasin, avait dit M. Labidi aux journalistes.
«Allez aux présentoirs de chauffeurs de taxi et vous verrez des post-doctorants et des personnes détenant des maîtrises puisque nous ne trouvons pas d'emplois ici», avait-il lancé.
Même formés ici...
Un programmeur informatique de formation qui est arrivé d'Algérie en 2011, Bachreir Ikhlef, était au départ «plein d'énergie» quand il est arrivé dans sa province d'accueil, a raconté le chauffeur de taxi de 37 ans alors qu'il attendait son prochain passager à quelques kilomètres de la Place d'Youville.
Un conseiller en orientation lui avait suggéré d'obtenir un diplôme au Québec afin d'agrémenter son curriculum vitae.
«Nous étions 25 à avoir commencé le programme, a dit celui qui avait alors opté pour un certificat en programmation. Et à la fin, seulement 12 d'entre nous avons fini.»
«Ni moi ni un type venant de la Tunisie n'avons pu obtenir un stage. Aucun d'entre nous n'a trouvé un travail dans notre domaine», a ajouté M. Ikhlef.
Selon l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) - un groupe de réflexion connu pour ses positions plutôt portées à gauche du spectre politique - 43 % des immigrants étaient surqualifiés, en 2016, pour l'emploi qu'ils occupaient.
Jeudi, lors de la cérémonie funéraire qui se tenait à Montréal, le premier ministre Philippe Couillard a souligné que la société québécoise «a les mêmes démons auxquels d'autres font face», mentionnant notamment la xénophobie, l'exclusion et le racisme.
Il a appelé les employeurs à engager des personnes en se basant sur leurs compétences et non leur nom de famille, demandant tout haut pourquoi le taux de chômage était plus élevé parmi les immigrants.
Le chauffeur de taxi Taoufik Essekkouri - arrivé du Maroc en 2010 - espère de son côté que ces mots mèneront à des actions concrètes, faisant valoir en entrevue que la surqualification des nouveaux arrivants par rapport à leur emploi est un problème connu depuis longtemps, mais qui tarde à être résolu.