La Fromagerie de l’Île-aux-Grues a été contrainte de cesser sa production pendant cinq jours.

Pas d’eau... pas de fromages à la fromagerie de l’Île-aux-Grues

La sécheresse de cet été dans le Bas-Saint-Laurent aura donné une bonne frousse à la Fromagerie de l’Île-aux-Grues qui a été contrainte de cesser momentanément sa production.

En septembre, les puits de l’entreprise étaient à sec et le procédé pour produire du fromage nécessite de l’eau. Une première dans l’histoire de l’établissement qui fabrique plus de 200 000 kilos de fromage par année.

«Nous nous sommes rendu compte de cette problématique le vendredi. Nous avons été en mesure d’opérer de peine et de misère jusqu’à mardi avant de fermer durant quelques jours, soit jusqu’à samedi», raconte le directeur général, Daniel Leduc. L’établissement, qui compte une vingtaine de travailleurs, est reconnu à travers la province et il est prisé des touristes pour ses cheddars et ses produits à pâte molle comme le Riopelle de l’Isle et le Mi-Carême.

Le patron de l’entreprise artisanal ne le cache pas. Cette situation aurait pu entraîner d’importantes conséquences financières si la pénurie d’eau avait duré plusieurs semaines. Ce qui n’a pas été le cas.

«Il y a des enjeux à la fromagerie de l’Île-aux-Grues, entre autres insulaire. Sur l’île, nous dépendons de la nappe phréatique avec nos puits», explique-t-il. Ce dernier estime avoir minimisé les impacts pour son entreprise et la région. «Les producteurs laitiers de l’île ont obtenu les autorisations pour expédier du lait à l’extérieur afin qu’il n’y ait pas de gaspillage et nous avons travaillé fort pour identifier des camions-citernes disponibles pour aller chercher de l’eau potable pour approvisionner notre unité de fabrication», poursuit-il.

Les importantes pluies des dernières semaines ont permis au directeur général de pousser un soupir de soulagement. Le niveau d’eau est de retour à la normale ou presque. Afin d’éviter une autre situation similaire, l’entreprise a récemment instauré des mesures de contingence, notamment un réservoir d’eau de secours a été installé sur le site pour permettre d’opérer une journée de production. 

Quant à l’impact financier de cet événement, M. Leduc n’est pas en mesure de fournir de chiffres au Soleil. Il affirme toutefois que l’inventaire de la compagnie permettra d’atténuer les ecchymoses. 

«Je ne dirais pas qu’à la fin on va finir avec des pertes financières. On va être capable de se reprendre en terme de production», avance-t-il. «Nous avons des inventaires importants. Si on regarde pour rattraper notre production, au cours des prochains mois, on va peut-être valoriser davantage un produit. Si nous avions été fermés durant un mois, cela serait une autre histoire», poursuit-il.

Défis de production

Ce n’est pas la première fois que la fromagerie, une propriété de la Société coopérative agricole de L’Isle-aux-Grues, doit relever des défis pour sa production. Il y a cinq ans, un producteur laitier de l’île avait perdu ses installations dans un incendie. Il avait par la suite changé de vocation. Il y a quelques années, après un accident de travail, un autre producteur à cesser sa production. 

Mentionnons que pour une question de coût et de caractérisation du produit, l’établissement ouvert en 1977 doit s’approvisionner sur l’île.

«Nous avons un plan pour assurer la pérennité laitière pour les prochaines années. Dans le contexte, on vit avec le lait que nous avons. On travaille de plus en plus à valoriser des produits», explique M. Leduc, assurant que son entreprise ne manque pas de lait pour l’instant. «Il y a trois ans, la structure de la fabrication a été remaniée en fonction de la capacité laitière. Il y a des choix qui ont été faits. Certains produits ne sont plus fabriqués, comme le fromage en grains, et nous avons accéléré le développement pour d’autres», ajoute-t-il.

La Fromagerie de l’Île-aux-Grues produit quatre fromages fins ainsi que des cheddars vieillis, soit de 6, 12 ou 24 mois. Elle enregistre un chiffre d’affaires de 3 à 5 millions $.

Mercredi, l’entreprise a appris avoir remporté pour son Riopelle de l’Isle la première place dans la catégorie fromage à pâte molle, brie et camembert Royal Agriculture Winter Fair, à Toronto. Et le cheddar fort de l’entreprise — 1 an — a remporté la deuxième place dans sa catégorie. «Dans la vie, on ne peut pas juste avoir des problèmes», conclut avec humour le patron.