La NBA et le Baseball majeur voient ces paris comme une façon d’augmenter l’intérêt des partisans et par le fait même, d’ouvrir de nouvelles sources de revenus.

Paris sportifs: les ligues tentent de se couvrir

WASHINGTON — En cour, les quatre principaux circuits sportifs nord-américains s’opposent à la contestation, par le New Jersey, de l’interdiction fédérale touchant les paris sportifs, qui sera entendue en Cour suprême des États-Unis la semaine prochaine.

À l’extérieur des tribunaux, trois de ceux-ci disent ouvertement qu’ils ne verraient pas d’inconvénient à perdre leur cause. Seule la NFL est demeurée sur sa position, que plusieurs de ses critiques estiment hypocrite, surtout en vertu du déménagement des Raiders vers Las Vegas, où ils prévoient s’installer dans un stade valant plus de 1 milliard $US tout près de la Strip.

Tandis que la Cour suprême des États-Unis se prépare pour cette audience où l’interdiction fédérale pourrait être révoquée, les ligues nord-américaines tentent de couvrir leurs arrières : elles se préparent à l’assouplissement des règles en la matière et espèrent avoir leur mot à dire sur la façon dont sera adoptée la légalisation des paris.

La NBA et le Baseball majeur voient ces paris comme une façon d’augmenter l’intérêt des partisans et, par le fait même, d’ouvrir de nouvelles sources de revenus. Ces ligues insistent toutefois pour que des règles appropriées soient mises en place afin de prévenir toute forme de corruption, ce qu’une décision en faveur du New Jersey dans le cas présent ne ferait pas, du moins, pas immédiatement.

Bien des choses ont changé depuis 2012, quand ces circuits et la NCAA ont poursuivi le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, pour l’empêcher de légaliser les paris sportifs dans les casinos et pistes de courses de son État. À ce moment, le Baseball majeur et la NBA étaient dirigés par des commissaires de la vieille garde, qui devaient tous deux vivre avec les stigmates du pari : Pete Rose au baseball et l’arbitre Tim Donaghy au basketball.

Bud Selig, alors commissaire du Baseball majeur, avait indiqué dans une déposition que les paris sportifs «sont mauvais, sèment le doute et détruisent votre sport».

Regard neuf

Selig et David Stern (NBA) ont depuis été remplacés, respectivement par Rob Manfred et Adam Silver, qui ont tous deux jeté un regard neuf sur les paris sportifs.

Silver s’est servi de la page éditoriale du New York Times, il y a trois ans, pour défendre la légalisation des paris sportifs. Manfred a déclaré plus tôt cette année que les paris peuvent représenter une forme d’engagement des partisans et qu’ils pouvaient alimenter la popularité d’un sport. Il a pris bien soin d’ajouter que le Baseball majeur désirait avoir un siège autour de la table si le Congrès devait considérer la légalisation.

Du côté de la LNH, Gary Bettman a dit que les paris sportifs ne constituaient pas un problème, compte tenu des faibles montants misés sur le hockey comparé aux autres sports. Son circuit est devenu le premier circuit majeur à installer un club à Las Vegas, où les paris sportifs sont légaux. La NFL suivra en 2019.

Dans les dernières années, la NFL a aussi disputé des matchs à Londres, où les amateurs peuvent parier en ligne. Le commissaire Roger Goodell a admis que sa position dans ce dossier «avait évolué».

«Je pense que plusieurs signes démontrent que les ligues sportives, y compris la NFL, regardent les paris sportifs d’un autre œil, dit Geoff Freeman, chef de la direction de l’American Gaming Association. Vous ne permettez pas à une équipe de s’établir dans le Nevada, à Las Vegas, pas plus que vous ne jouez au Wembley Stadium, où la plupart des spectateurs placent des mises sur leur téléphone pendant le match, sans comprendre que la situation a changé.»

Ces ligues n’ont toutefois rien contre les pools. Pour Goodell, il ne s’agit pas de pari sportif puisque les participants gagnent selon les performances individuelles des joueurs et non des résultats des matchs. Le représentant démocrate du New Jersey Frank Pallone n’achète pas cette explication.

«Les équipes de la NFL ont investi dans ces pools même si la Ligue ne l’a pas fait, explique-t-il. Quelle inconstance! Comment pouvez-vous statuer qu’il ne s’agit pas de paris sportifs?»

Le New Jersey conteste la constitutionalité de l’interdiction fédérale, adoptée par le Congrès en 1992. Seuls les paris sportifs dans les quatre États qui les avaient déjà légalisés sont toujours autorisés. Seules les lois du Nevada à l’époque permettaient de parier sur des matchs uniques.

«Si je vais dans le Delaware, c’est permis, mais dans mon propre État, ce ne l’est pas? C’est totalement ridicule», ajoute Pallone.

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UNE PRATIQUE RÉPANDUE

Les opposants à la légalisation pensent que les paris sportifs s’attaqueront aux gens vulnérables, mais l’AGA estime que que les Américains parient déjà 150 milliards $ annuellement. Seulement 3 % de ces paris seraient placés de façon légale. Bien que l’établissement de maisons de paris légaux pourrait entraîner une augmentation de la pratique dans la population, elle semble déjà largement répandue. Et comme les athlètes professionnels font maintenant des millions, il apparaît improbable que ceux-ci risquent leur carrière et d’être emprisonnés en participant au trucage de certains matchs.