Claude Jeannotte, chef de Gespeg et président du secrétariat Migmawei Mawiomi

Parc éolien d'Escuminac: les Micmacs comme actionnaires principaux

Les trois communautés autochtones de la Gaspésie s'approchent de l'obtention du feu vert environnemental qui consacrera leur rôle comme partenaires à parts égales d'un grand parc éolien, à Escuminac, d'une capacité de 150 mégawatts, nécessitant un investissement de 330 millions $.
Ils deviendront ainsi, avant les Blancs, les plus importants actionnaires régionaux d'un parc éolien majeur au Québec. Cette distinction couronne 12 ans de travail des Micmacs pour devenir partenaires d'un projet éolien.
Les autochtones de Listuguj, Gesgapegiag et Gespeg avaient mordu la poussière en 2002-2003, lors du premier appel d'offres d'Hydro-Québec, alors que leur projet n'avait pas été retenu. «En avril 2009, il y avait 1660 mégawatts installés en Gaspésie et ils ne généraient aucune retombée pour les Micmacs [...] On voulait être capable de partager les ressources et d'être directement engagé dans le développement économique en Gaspésie», précise le chef de Gespeg, Claude Jeannotte.
Les trois communautés autochtones, au moyen d'un organisme commun, le secrétariat Migmawei Mawiomi, ont mandaté leur directeur général Troy Jerome afin qu'il mette l'accent sur le développement éolien.
En mai 2013, ils ont enfin obtenu ce qu'ils réclamaient, un parc éolien de grande taille, confirmé par la première ministre Pauline Marois. Par la suite, les autochtones ont choisi un partenaire pour investir avec eux, et c'est Innergex, une firme de Longueuil détenue par un ensemble d'entreprises d'horizons variés, qui a gagné la faveur des Micmacs.
«Pourquoi Innergex? Il fallait un partenaire présent en Gaspésie, capable d'aider les Micmacs à obtenir les fonds nécessaires pour fournir leur part d'équité, et ayant déjà traité avec Hydro-Québec», précise Troy Jerome.
Les autochtones détiendront 50 % de l'actionnariat du projet, qui comptera de 50 à 89 tours, selon le modèle de turbine «le mieux adapté aux conditions de vent que nous avons. Pour le moment, je crois que nous serons plus proche de 50 tours, parce que notre choix tend vers une turbine de trois mégawatts», ajoute M. Jerome.
Emplois
Les Micmacs veulent aussi maximiser leur rôle dans les phases de construction et d'exploitation du projet. «Il y aura 300 emplois pendant la construction. On espère avoir 100 emplois. Il y aura donc 200 emplois pour les non-autochtones. Nous avons 60 travailleurs formés présentement», note le chef Jeannotte.
L'exploitation d'un parc de 150 mégawatts nécessite l'emploi d'une quinzaine de personnes. Une dizaine de Micmacs sont en formation pour l'entretien des éoliennes.
Claude Jeannotte estime que «l'exploitation du parc générera des revenus nets annuels de 7,5 millions $, à partager dans les trois communautés». De 60 à 65 % de cette somme sera consacrée à un fonds en fiducie servant à des initiatives économiques, alors que les autres revenus seront intégrés au budget de fonctionnement des réserves, dont les programmes sociaux.
Le chef Jeannotte n'hésite pas à dire que le secteur éolien «représente le plus important facteur de développement pour les autochtones de la Gaspésie depuis le jugement Marshall», sur les pêches commerciales, en 1999.
Sur le plan environnemental, le projet Mesgig'g Ugju's'n, qui signifie «grands vents», chemine auprès du Bureau d'audiences publiques en environnement, le BAPE. Le public a jusqu'au 28 février pour exprimer une demande d'audiences publiques.
Mardi, lors d'une assemblée d'information, Alain Poitras, de la Fédération des chasseurs et pêcheurs de la Gaspésie et des Îles, a posé des questions sur les aires fragiles, sur les 100 kilomètres de route à bâtir ou à élargir pour construire le parc et sur la nécessité d'informer les chasseurs de l'évolution du dossier mais en gros, il ne semble pas y avoir d'opposition au projet.
Un camionneur, Rémi Allard, a en fait souhaité que «le BAPE [prenne] des vacances le plus vite possible».
S'il n'y a pas d'audiences publiques, le BAPE devra soumettre ses recommandations avant la fin d'avril. Le ministre aura ensuite 45 jours pour approuver le projet. La construction devrait débuter à l'automne, pour une entrée en production le 1er décembre 2016.