Michel, Jacques et Simon Paquet... sur le quai Paquet à Lévis.

Paquet et fils: ancré à Lévis

Le Soleil fête cette année ses 120 ans. Dans la région de Québec, plusieurs autres entreprises peuvent se vanter d’avoir atteint et même dépassé cet âge vénérable. Nous vous en présenterons quelques-unes au fil de l’année. Aujourd’hui: Paquet et fils

Difficile de ne pas pousser des oh! et des ah! d’admiration en arrivant sur le quai Paquet à Lévis.

Imaginez, maintenant, des montagnes de charbon sur le site.

«Au début de l’année 1983, j’avais reçu un avis du gouvernement fédéral m’ordonnant de quitter les lieux avant la venue, l’année suivante, des grands voiliers et de la tenue des célébrations de Québec 1984. On nous disait que l’on brisait le décor. On nous accordait six mois pour déguerpir», se rappelle Jacques Paquet.

Le quai Paquet commémore le nom de l’une des plus vieilles entreprises de Lévis. 

Paquet et fils a vu le jour en 1902.

Pourquoi cet espace public situé entre la traverse de Lévis et le vieux chantier maritime A.C. Davie porte-t-il le nom de quai Paquet?

«Il y a un lien avec la course en canot du Carnaval de Québec», avance Jacques Paquet. «À Québec, les canotiers partaient du bassin Louise. L’endroit où ils arrivaient à Lévis n’était pas clairement identifié à l’époque. Ça se trouvait directement dans notre cour. En plus, il y avait une grande affiche annonçant le nom de l’entreprise. C’est comme ça, m’a-t-on toujours dit, que c’est devenu le quai Paquet.»

L’attachement de la famille Paquet à «son» quai demeure solide. En effet, l’entreprise familiale commanditait, l’été dernier, la «Navette Paquet», qui voyageait les clients de la Société de transport de Lévis entre les Galeries Chagnon et le quai Paquet. 

Cinquième génération

C’est maintenant la cinquième génération de Paquet qui est au gouvernail de l’entreprise familiale spécialisée dans la distribution de produits pétroliers.

Michel et Simon sont les fils de Jacques Paquet.

C’est leur arrière-arrière-grand-père, Joseph, qui a fondé l’entreprise il y a 115 ans. 

Il vendait principalement du charbon pour chauffer les habitations et du sel pour la conservation des aliments. Des matières premières qui arrivaient à Lévis par train et par bateau.

Le commerce avait alors pignon sur rue au bord du fleuve, sur la rue Saint-Laurent, en bas de la côte Bégin. «L’emplacement géographique de Lévis, ainsi que la configuration de ses rives et la présence de nombreux chemins de fer, facilitaient grandement le commerce de produits industriels et domestiques tels que le charbon et, plus tard, les produits pétroliers dérivés», rapporte La Seigneurie de Lauzon, la revue de la Société d’histoire régionale de Lévis.

Pendant une cinquantaine d’années, le charbon a été littéralement le pain et le beurre de Paquet et fils. 

Ensuite, il y a eu l’époque de l’huile à chauffage.

Aujourd’hui, Paquet et fils distribue toujours de l’huile à chauffage, mais aussi et surtout des lubrifiants et des carburants commerciaux.

Lorsqu’il a pris la relève de son père, Joseph-Arthur, en 1982, Jacques Paquet n’avait plus qu’un seul client pour son charbon : le Château Frontenac.

L’hôtel du Vieux-Québec utilisait ce combustible pour alimenter son four à pain.

«Il paraît même qu’une file se formait, le samedi matin, au Château Frontenac, par des gens désireux d’obtenir son fameux pain de ménage réputé, semble-t-il, pour son goût et sa croûte», raconte La Seigneurie de Lauzon.

Le nom de quai Paquet serait lié à la course en canot du Carnaval de Québec: l’arrivée de la course se trouvait directement dans la cour de l’entreprise Paquet, dont l’affiche était bien visible.

Cap sur la diversification

Comptable de formation, Jacques Paquet ne planifiait nullement d’assumer la relève au sein de l’entreprise familiale. Il gagnait bien sa vie comme vérificateur-contrôleur.

«Mon père ne m’a jamais mis de pression. Il estimait qu’il n’y avait pas suffisamment d’avenir pour moi dans la compagnie qui était, à l’époque, toute petite. À peine cinq ou six employés.»

Vieillissant et malade, Joseph-Arthur Paquet décide, un jour, de vendre l’entreprise. «C’est le comptable de mon père qui m’a approché afin que l’on rachète, ensemble, l’entreprise familiale. Je pense que mon père était fier de voir que l’entreprise allait demeurer entre les mains de son descendant.»

Jacques Paquet a insufflé un nouvel élan à Paquet et fils. 

Une percée importante a été réalisée dans le marché des stations-service et des dépanneurs. Aujourd’hui, le distributeur indépendant de lubrifiants et d’huile à chauffage est aussi à la tête d’un réseau de 26 postes d’essence affichant la bannière Paquet et d’une quinzaine de dépanneurs ICI dans la région de la Chaudière-Appalaches.

Il y a quelques années, Jacques Paquet a laissé la place à ses fils Michel et Simon.

Michel s’est joint à l’entreprise dès la fin de ses études universitaires en administration.

Simon, lui, a notamment exercé sa profession de comptable chez Arthur Andersen et Alcan avant de rejoindre l’entreprise familiale en 2004.

Paquet et fils est aujourd’hui l’une des trois divisions composant le holding Groupe Paquet, qui fait travailler près de 110 personnes et montre un chiffre d’affaires de 90 millions $.

Le Groupe Paquet possède des terrains et des immeubles et Équipements Plannord, une entreprise spécialisée dans le domaine des véhicules sur chenilles pour le damage des pentes de ski et l’entretien des rues et des trottoirs dans les municipalités du Québec et des Maritimes.

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Trois questions...

Q Quels sont les projets du Groupe Paquet et de Paquet et fils?

R «Pour vous dire bien franchement, nous n’avons pas un plan de match bien déterminé. Nous examinons toutes les opportunités qui s’offrent à nous», indique Simon Paquet, en soulignant que l’entreprise familiale avait même considéré, il y a quelques années, se lancer dans la vente de véhicules neufs et dans le développement domiciliaire. «Nous sommes surtout très prudents dans les investissements que nous réalisons», ajoute son frère aîné Michel.

Q Y a-t-il de l’avenir dans le marché des stations-service?

«Ne nous comptons pas d’histoires, le marché du pétrole est en déclin», affirme Simon Paquet.

Q Est-ce l’avènement du véhicule électrique qui provoque ce déclin?

R «Pas du tout», répond Simon Paquet. «Le véhicule électrique, c’est marginal. Penser que la voiture électrique va tout changer, c’est une chimère. Si le marché n’est plus ce qu’il était, c’est tout simplement parce que les nouveaux véhicules consomment moins d’essence. Point à la ligne. Aujourd’hui, un camion Ford F-150 consomme 30 % moins de pétrole qu’il y a trois ans. Ce n’est pas rien.»

Q À quel point cette nouvelle réalité affecte les résultats de vos postes d’essence?

R «Dans les circonstances, nous nous en tirons pas trop mal, car nous avons réussi à gagner des parts de marché sur nos concurrents au cours des dernières années», souligne Michel Paquet, en ajoutant que la division des lubrifiants et Équipements Plannord constituaient les principaux vecteurs de croissance du holding Groupe Paquet. «Puisque nos stations-service sont situées en région et que le parc automobile est généralement plus âgé qu’en milieu très urbain, nos résultats demeurent positifs», précise Simon Paquet.