Ce n'est que le 6 août que la haute direction a été mise au courant d'un sérieux problème de liquidités avec les PCAA. Le pdg Henri-Paul Rousseau n'en sera saisi que trois jours plus tard.
Ce n'est que le 6 août que la haute direction a été mise au courant d'un sérieux problème de liquidités avec les PCAA. Le pdg Henri-Paul Rousseau n'en sera saisi que trois jours plus tard.

Papiers commerciaux adossés à des actifs: la Caisse a ignoré les signaux

Michel Corbeil
Michel Corbeil
Le Soleil
La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a ignoré les signaux d'alarme qui s'allumaient devant les papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA) pour continuer d'acheter pendant des semaines, à coups de centaines de millions de dollars, cet outil de placement à haut risque.
Le vice-président des affaires juridiques de la Caisse, Claude Bergeron, a fourni cette indication, mardi matin. À sa comparution devant les parlementaires cherchant les raisons qui ont provoqué des pertes colossales à la CDPQ, en 2008, M. Bergeron a aligné avec précision les dates, illustrant le fait que les gestionnaires n'ont pas ralenti lorsqu'il y a eu danger droit devant.
Selon lui, une «certaine panique» en provenance des États-Unis s'est installée sur les marchés s'intéressant aux PCAA, à la mi-juillet 2007. Les gestionnaires de la Caisse se rassureront, en se fiant notamment à l'agence de cotation DBRS.
Ils continueront de transiger des PCAA même si la Banque Royale a décrété, le 27 juillet, qu'elle n'en vendait plus parce qu'ils étaient contaminés par certains actifs toxiques, avait annoncé la Banque.
Malgré les signes alarmants, la CDPQ «n'a pas cru bon de se prémunir» contre le risque qui pointait, a rapporté Claude Bergeron. Ce n'est que le 6 août que la haute direction a été mise au courant d'un sérieux problème de liquidités avec les PCAA. Le pdg Henri-Paul Rousseau n'en sera saisi que trois jours plus tard.
M. Bergeron a admis que, dans «l'incertitude du marché, les gestionnaires ont manipulé un produit de placement dont ils ne connaissaient pas toutes les ramifications», d'autant qu'il s'agissait de PCAA non bancaires, les titres les moins sûrs.
Le critique péquiste François Legault ne parvient pas à comprendre pourquoi les achats de PCAA se sont poursuivis dans ce contexte. Il a soulevé que les spécialistes de la CDPQ ont acheté pas moins de 893 millions $, entre le 6 et le 10 août. «Le problème était le niveau de risque. Tout était permis au nom du rendement», a commenté M. Legault devant les journalistes.
«Ce que je savais, c'est qu'il y avait un problème, en quelque part, sur le roulement des échéances», s'est contenté de lui répondre Richard Guay, patron de la Caisse pendant quelques semaines à peine, de septembre à novembre 2008.
Le député adéquiste François Bonnardel a pour sa part tenté d'obtenir une analyse de la politique du risque de la Caisse, réalisée par la firme Pricewaterhouse, à la demande même des dirigeants de la Caisse. En vain. Le dossier contient des informations stratégiques dont le dévoilement compromettrait les investissements de la CDPQ, s'est fait répondre le critique pour l'Action démocratique du Québec.
La Caisse de dépôt et placement a perdu 40 milliards $, l'an dernier, dont 13 milliards $ dans les PCAA. Mardi, les hauts fonctionnaires de l'institution ont continué de défendre les politiques régissant aussi bien les façons d'investir que de rémunérer les spécialistes.
L'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic a profité de l'examen parlementaire pour critiquer le système de bonis à la performance. L'AQRP a calculé que les grands patrons de la Caisse ont empoché des primes totalisant 4,9 millions $, ces trois dernières années, alors que le rendement moyen de la Caisse, lui, a régressé de 3,2 %. L'Association réclame l'abolition des primes au rendement et une commission d'enquête sur l'institution.