L'imposition de frais supplémentaires pour les personnes payant avec une carte de débit est souvent pratiquée dans les dépanneurs où les consommateurs utilisent leur carte pour des achats aussi peu coûteux qu'un paquet de gommes.
L'imposition de frais supplémentaires pour les personnes payant avec une carte de débit est souvent pratiquée dans les dépanneurs où les consommateurs utilisent leur carte pour des achats aussi peu coûteux qu'un paquet de gommes.

Paiements par carte de crédit: l'augmentation des frais fait mal aux PME

Marie-Pier Duplessis
Marie-Pier Duplessis
Le Soleil
La décision du Tribunal de la concurrence, qui pourrait permettre aux commerçants de facturer un montant supplémentaire aux utilisateurs de carte de crédit, est très attendue de la part des petites et moyennes entreprises, surtout depuis que Visa et MasterCard ont fait savoir leur intention d'augmenter les frais de transaction qu'elles imposent aux commerçants.
La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) a publié un communiqué, vendredi, pour faire part de ses inquiétudes. MasterCard a en effet annoncé que ses frais passeront de 6,4 à 7,7 points de base en juillet, ce qui équivaut à une augmentation de 20 %.
«Cette majoration des frais de MasterCard est légèrement moins importante que celle de Visa, mais il est particulièrement surprenant que ces deux principales marques de cartes bancaires aient décidé de majorer leurs frais juste avant que le Tribunal de la concurrence ne fasse connaître sa décision au sujet du dossier qu'il a entendu contre elles», remarque Corinne Pohlmann, vice-présidente des affaires nationales à la FCEI.
Pratique «anticoncurrentielle et contraignante»
Rappelons qu'en mai dernier, le Bureau de la concurrence demandait au Tribunal d'abolir les règles imposées par les émetteurs de cartes de crédit, qui empêchent les commerçants de facturer un montant supplémentaire aux clients optant pour ce mode de paiement.
Selon l'organisme fédéral, cette pratique serait «anticoncurrentielle et contraignante» et pénaliserait tous les consommateurs. En effet, les petites et moyennes entreprises, «ligotées» par les frais liés aux transactions effectuées par cartes de crédit, se verraient dans l'obligation de vendre leurs produits plus cher pour éponger les pertes. Le porte-parole Bryan Parker a préféré ne pas émettre de commentaires, hier, de sorte que l'on ignore à quel moment la décision pourrait être rendue.
Il est à noter que, pour les commerçants, l'utilisation de la carte de crédit s'avère beaucoup plus dispendieuse que les autres modes de paiement. Entre 1,5 % et 3 % de la facture serait retenue à chaque transaction effectuée par carte de crédit. À titre de comparaison, les frais liés à l'utilisation d'une carte de débit sont fixés à environ 12 ¢, quel que soit le montant de la facture, alors qu'un achat effectué en argent comptant n'implique aucuns frais afférents.
À refiler aux consommateurs
À l'instar du Bureau de la concurrence, l'Union des consommateurs juge que les frais de transaction devraient être refilés aux utilisateurs. Le consommateur qui paie comptant n'a pas à payer plus cher son produit parce que d'autres optent pour la carte de débit ou la carte de crédit.
«En autant que ce soit bien indiqué et que les acheteurs sachent quels sont les frais afférents liés à chacun des modes de paiement», affirme le porte-parole Philippe Viel. Option consommateurs, que nous n'avons pas pu joindre vendredi, a pour sa part déjà publié un communiqué en 2011 qui va dans le sens contraire.
«La solution envisagée par le Bureau de la concurrence de surfacturer les consommateurs qui paient à l'aide d'une carte de crédit risque d'occasionner plus de mal que de bien», craint l'analyste financier Jean-François Vinet. «Rien n'indique que les économies réalisées par les commerçants seront transférées aux consommateurs.»
Selon Jean-Pierre Aubry, économiste retraité de la Banque du Canada, le fait que MasterCard et Visa décident d'augmenter leurs frais d'utilisation ne fait que démontrer l'urgence d'agir du gouvernement dans le dossier. M. Aubry déplore le quasi-monopole de ces entreprises bancaires et en a contre le fait qu'elles laissent miroiter une panoplie d'avantages liés à l'utilisation de la carte de crédit. «Les points et les assurances auxquels le client a droit avec sa carte de crédit n'ont rien à voir avec le produit qu'il va acheter, mais c'est la raison pour laquelle les détaillants sont autant chargés lors des transactions», expose-t-il.